chronique album

Strength In Numbers

Date de sortie : 16.06.2008
Label : EMI
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Quatre ans déjà que l’on n'avait plus aucune nouvelle de ce jeune groupe si talentueux qui s’imposa d’emblée en 2002 avec un premier disque éponyme à la fois délicieusement moderne dans les rythmiques et furieusement rock n' roll dans l’esprit. Pourquoi donc ? The Music, où l’exemple typique d’un deuxième album mondialement attendu au tournant et méchamment raté, tant l’aspect commercial et putassier de Welcome To The North (et ce malgré une poignée de morceaux miraculeux) a brisé en 2004 l’avenir doré tout tracé pour ce groupe de Leeds. Ainsi, 2008 signe le retour du quatuor avec un troisième disque plus qu’intéressant qui rectifie intelligemment le tir en visant tout simplement cette fois la bonne cible.

En découvrant l’album pour la première fois, impossible de ne pas penser à l’incroyable habitude qu’a pris The Music de démarrer leur disque tambours battants avec des morceaux fiévreux et incroyablement dansants (The Dance et Take The Long Road And Walk It en 2002, Welcome To The North et Freedom Fighters en 2004)... eh bien, première excellente nouvelle, ils n’ont pas changé à ce sujet !
Le premier single éponyme déboule plein pot, annonce la couleur (froide, électronique et implacable) de l’album et replace immédiatement le style si particulier de the Music dans les oreilles et dans le cœur. Pas le temps de respirer que The Spike (deuxième single choisi), plus langoureux mais encore plus entraînant reprend le même schéma (couplet rythmé, pont aérien puis refrain explosif) pour enfoncer le clou et laissant la voie royale à l’immense Drugs dont le couplet dance-funky-floor et le refrain incroyablement chanté par Robert Harvey s’enchevêtrent à merveille pour créer une boucle mélodique imparable.

Après être pleinement rassuré sur l’entrée en matière de ce troisième album ainsi que des capacités retrouvées de The Music, il suffit juste maintenant de vérifier si nos quatre anglais ont su cette fois éviter le piège des chanson mi-tempo "de stade" afin de maintenir la pression du début à la fin de leur Strength In Numbers : honnêtement, si tout n’est pas aussi parfait dans la suite, ils sont cette fois parvenus à retrouver une homogénéité certaine et en conséquence une fraîcheur qui ne se retrouvait absolument pas dans Welcome To The North
L’exemple parfait est la chanson Idle qui a la lourde tâche de succéder à l’incroyable trio de tête de cet album mais qui se paie le luxe de garder du début à la fin du morceau une ambiance électronique traînante à la Massive Attack : pas de refrain classique, une mélodie juste simple et entêtante, sans excès d’ego ni problème d’identité sonore incompatible.
Plus loin, c’est l’introduction inquiétante de The Left Side qui surprendra alors que le début de Fire nous fera craindre un instant l’effet "reprise de U2" sensiblement perçu dans leur disque précédent.. mais la rythmique démentielle du morceau parviendra heureusement à l’emmener en moins de 3 minutes plus près du bonheur que du Bono.
Au fur et à mesure des écoutes, on se rendra compte avec joie du plaisir retrouvé par The Music à venir rejouer sur son terrain de prédilection: du bon vieux rock classique à base de riffs Page-iens brûlants mais taillés pour les dance-floors donc et passés à la moulinette d’une rythmique glaciale aussi dansante que désincarnée (The Left Side, parfaite).

Ce serait quand même mentir que de dire que la deuxième moitié de ce Strength In Numbers est aussi puissante que la première; si des morceaux comme l’imparable Vision ou l’aérienne The Last One tiennent très bien la route, une chanson comme No Weapon Sharper Than Will sent à l'évidence la redite alors que l’ignoble ballade acoustique Inconceivable Odds ne doit avoir de l’intérêt que pour Robert Harvey lui-même qui doit régler ici quelques comptes avec sa dangereuse descente aux enfers qui l’a entraînée dans les méandres de la drogue et de l’alcool ("How do I fight these inconceivable odds that are bringing me down?").
Mais heureusement des morceaux tout juste corrects comme Cold Blooded ou Get Through It (qui s’inspire méchamment du thème de Miami Vice, non ?) sont sauvés par cette production toujours très "distante" qui fait sonner l’ensemble comme un robot ancienne génération jeté aux oubliettes qui lutterait encore et toujours pour accéder à un zeste d’humanité (oui moi aussi, les drogues, j’arrête demain c’est promis !)... mais toujours meilleur que l’horrible impression de "Jesus descendant faire passer son message à ses disciples dans un stade de football de 80000 personnes" laissé par l’album précédent.

Si ce Strength In Numbers ne peut donc pas tenir la comparaison avec leur premier album, il a le mérite de remettre The Music en selle, d’effacer le douloureux souvenir de l’échec de leur deuxième effort et de réjouir à nouveau les fans par leur formule gagnante de rock taillé pour les pistes de danse et non pas pour les stades!
La meilleure nouvelle de ce retour c’est peut-être aussi de se dire que le meilleur de The Music n’est pas encore arrivé : l’incroyable morceau caché (No Danger) est en effet là pour nous rappeler que ce groupe n’est jamais aussi bon que quand il se libère de toute contrainte commerciale, et l'on peut raisonnablement penser qu’en resserrant la production de ce nouveau disque sur une sonorité beaucoup moins universelle, les membres de The Music auront pu se rassurer pleinement avant d’attaquer de plein pied la réelle deuxième moitié de leur carrière.

David, 19 juin 2008

tracklist
  1. Strength In Numbers
  2. The Spike
  3. Drugs
  4. Idle
  5. The Left Side
  6. Fire
  7. Get Through It
  8. Vision
  9. The Last One
  10. No Weapon Sharper Than Will
  11. Cold Blooded
  12. Inconceivable Odds
  13. + No Danger (ghost track)
titres conseillés
Drugs, No Danger, The Spike, The Left Side
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