chronique album

He Who Saw The Deep

Date de sortie : 25.10.2010
Label : IRL/Talitres
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Sea Of Regrets, Hope Is Not Enough, Progress Is A Snake, A Divorce Before Marriage : I Like Trains aiment enfin la vie et nous le font savoir sur ce second album, trois années après le grand Elegies To Lessons Learnt.

Si He Who Saw The Deep peut voir le jour cette année, c'est notamment grâce à la générosité des fans de I Like Trains. Financé non pas par un label ni même par le groupe, ce second album est l'aboutissement des donations, via Internet, du public qui a eu en retour l'honneur de recevoir, une fois l'enregistrement terminé, une copie gratuite de l'album. Un procédé singulier et économique permettant de conserver un lien fort entre les fans et l'objet, et a fortiori avec le groupe. Et l'on ne peut que fortement remercier toutes ces personnes, car la formation de Leeds, même amputée d'Ashley Dean, n'a rien perdu de sa superbe.
Le single Sea Of Regrets, masterpiece long de huit minutes représentatif des multiples facettes de l'album, avait placé la barre très haut l'année dernière et fera inévitablement des déçus lors des premières écoutes de He Who Saw The Deep. Mais I Like Trains ont eu l'intelligence de se diversifier, de progresser et proposer ainsi des compositions qui ont l'ambition de Sea Of Regrets, mais dissimulée derrière une sobriété apparente. Une fois cette fine couche brisée, ce sont des pans de lyrisme et de mélodies qui éclatent aux oreilles de l'auditeur.

Plus homogènes et aérés, les dix titres rassemblés autour de Sea Of Regrets conservent le post-rock inquiétant si caractéristique du groupe et la démesure qui vient parsemer, cette fois plus modérément, He Who Saw The Deep. Du sombre When We Were Kings à un Doves dénué de tout artifice, l'album est, comme ses prédécesseurs, essentiellement porté par la voix de Dave Martin, lequel possède une intensité unique et cette force de persuasion même lorsqu'il murmure son texte. Des titres comme A Father's Son et Hope Is Not Enough n'auraient probablement pas la puissance et l'impact qu'ils possèdent ici sans sa présence.
Les instrumentations des trois autres membres du groupe ne sont heureusement pas en reste, entre l'avalanche de chœurs sur la fin de A Divorce Before Marriage, l'air de violon mélancolique de Broken Bones, Progress Is A Snake et son break s'imiscant pour basculer le titre dans un déluge de percussions et d'électricité, ou encore la formidable montée en puissance de Sirens, annonciatrice d'un refrain des plus épiques. Même si He Who Saw The Deep, plus que PROGRESS, REFORM et même Elegies To Lessons Learnt, est davantage centré autour du chant de Dave, il n'en demeure pas moins un disque de post-rock dans sa structure ambitieuse et graduelle, interprété au coup de batterie et au grain de voix près.

Cependant, puisque l'album parfait n'existe que très rarement, He Who Saw The Deep a pour seul défaut d'avoir délaissé les thèmes historiques qui faisaient l'originalité de leurs chansons. Les textes de Dave Martin se font à présent plus personnels, notamment sur un A Father's Son dépeignant les relations implicites et délicates entre un père et son fils. Tout aussi amers et détaillés, les textes se focalisent ainsi sur des thématiques plus classiques telles que les regrets, le défaitisme et l'amour perdu. On est donc hélas très loin des mises en scène musicales et inventives de l'assassinat du premier ministre britannique, du Grand Incendie de Londres ou du suicide de Donald Crowhurst...

Plus cadré et agencé que Elegies To Lessons Learnt, He Who Saw The Deep parvient tout de même à surprendre, sublimant les ardeurs tapageuses du post-rock grâce au chant ténébreux de Dave Martin. Si l'enregistrement du prochain album nécessite quant à lui qu'il faille noyer des chatons pour que I Like Trains ne trouvent pas le bonheur et nous inondent une fois encore de leurs mélodies et leurs textes plus pessimistes les uns que les autres, je signe de suite la pétition. Tiens, le chat de la voisine...

NB : Comment sortir du lot quelques titres quand tous ont leur importance, leur profondeur et leur place au sein de ce He Who Saw The Deep ? En plaçant subtilement ci-contre l'excellent titre inédit A Kingdom You Deserve, que vous pouvez télécharger légalement via cette adresse !

Johan, 26 octobre 2010

tracklist
  1. When We Were Kings
  2. A Father’s Son
  3. We Saw The Deep
  4. Hope Is Not Enough
  5. Progress Is A Snake
  6. These Feet Of Clay
  7. Sirens
  8. Sea Of Regrets
  9. These Broken Bones
  10. A Divorce Before Marriage
  11. Doves
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A Kingdom You Deserve
notes des lecteurs
notes des rédacteurs
**** Fab

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