chronique album

Hotel Shampoo

Date de sortie : 14.02.2011
Label : Ovni/Turnstile
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Entre les frasques dissonantes en gallois de son premier album solo Yr Atal Genhedlaeth et la pop-folk doucereuse de Candylion, on pouvait s'attendre à tout de la part de Gruff Rhys pour ce nouvel effort.

A la première écoute de son Hotel Shampoo, on se dit que le doux-dingue se serait quelque peu assagi mais lorsqu'on connaît la genèse du projet dans sa globalité, on peut être pleinement rassuré; en effet, le chanteur avoue son goût prononcé pour les flacons de shampooing et autres échantillons offerts dans les hôtels. Il explique que depuis ses premières tournées avec Super Furry Animals en 1995, il a été fasciné par ces objets et en est venu à devenir cleptomane. Au fur et à mesure que sa collection grandissait, il a réalisé la quantité effarante de plastique utilisée et de l'impact environnemental provoqué. C'est alors qu'il eut pour la première fois l'idée d'une installation artistique en rapport avec ces miniatures. Un lac de savon ? Tout était encore flou. Dès que sa collection fut suffisante, il déclina finalement son idée d'Hotel Shampoo : un véritable hôtel construit avec les objets amassés durant des années et dans lequel il dormirait. Cette idée a vu le jour récemment et est exposée au Chapter Arts de Cardiff. Concrètement, voici le résultat. Il dit vouloir illustrer, un peu comme les journaux le font quotidiennement, le fil de sa vie, de ses voyages, autour de ces objets témoins de sa vie de bohème.

Le problème de cet album, c'est peut-être justement que toute la folie réside dans sa genèse et le projet dans lequel il s'insère et non véritablement dans la musique comme on aurait pu le penser venant d'un personnage haut en couleurs comme l'est le Gallois.
Tout commence pourtant plutôt bien avec Shark Ridden Waters et son refrain calibré pour rester en tête pendant des heures mais au final, on se rend compte que certains titres tels que Christopher Columbus ou At The Heart Of Love se révèlent plus que dispensables. Pour la première fois dans sa carrière solo, on constate une grande homogénéité et une unité dans cet album qui ne part pas dans tous les sens au gré des humeurs du barbu. On regrette que le côté lo-fi qu'on lui connait ait été délaissé et remplacé par un son beaucoup plus propre et travaillé. Son imagination et son inspiration débordantes ont parfois pu l'emmener sur des pentes savonneuses mais elles lui permettent plutôt ici de revisiter le format standard de la chanson pop; ainsi, Honey All Over se nourrit des percussions des Beatles et des harmonies vocales des Beach Boys. Gruff Rhys nous offre également un charmant duo avec El Perro Del Mar, Space Dust, des ballades pop certes sans grande originalité mais faisant leur petit effet, à l'image de Take A Sentence. Pour mettre son auditeur en joie, il fait appel à un orchestre de mariachis sur Sensations In The Dark. Le tout, malgré quelques longueurs, reste tout de même très agréable mais sensiblement frustrant de sagesse.

Gruff Rhys, dans ce nouvel album, a donc pris le virage de la simplicité, mettant de côté son psychédélisme pour une œuvre plus contenue manquant parfois de relief. Sa créativité insatiable semble parfois avoir été bridée mais il nous tarde de le voir dans quelques jours en concert pour constater que sa fougue est restée intacte.

Amandine, 20 février 2011

tracklist
    01.Shark Ridden Waters
  1. Honey All Over
  2. Sensations In The Dark
  3. Vitamin K
  4. Take A Sentence
  5. Conservation Conversation
  6. Sophie Softly
  7. Christopher Columbus
  8. Space Dust
  9. At The Heart Of Love
  10. Patterns Of Power
  11. If We Were Words (We Would Rhyme)
  12. Rubble Rubble
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