chronique album

Chopped & Screwed

Date de sortie : 28.03.2011
Label : Rough Trade Records
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Le premier album de Micachu, Jewellery, sorti en 2008, était un réjouissant bijou pop créé par une surdouée de la musique savante. Mica Levi, toute jeune à l'époque, montrait qu'elle avait beau avoir été formée dans les meilleures écoles et avoir travaillé avec des orchestres symphoniques, elle savait quand même s'amuser.

Si Chopped and Screwed n'est pas vraiment la suite de Jewellery, puisque ce n'est pas un album studio (il s'agit d'un enregistrement live, seulement coupé en quelques endroits); il peut apparaître plutôt comme son pendant sérieux. Sans doute que son auteur détesterait cette distinction entre le savant et le populaire de sa musique, puisqu'elle l'avait brillamment rendue caduque avec un premier opus nourri de sa culture électro-classique et léger comme une bulle de savon. Mais Chopped And Screwed, c'est sûr, n'est pas simple d'accès.
Il est le fruit d'une collaboration entre Mica Levi et son groupe The Shapes (Raisa Kahn et Marc Pell) d'une part, et le London Sinfonietta d'autre part, formation classique donc. En résulte le fruit d'un échange entre un compositeur et un orchestre. Le label Rough Trade, qui avait déjà sorti Jewellery après avoir entendu la dernière découverte du producteur Matt Herbert, continue d'accompagner Micachu pour Chopped and Screwed, mais en présentant le disque comme le tout premier élément « musique classique » de son catalogue.

Bien sûr, Micachu n'a pas viré sa cuti subitement et on retrouve sur cet album ce qui faisait déjà la richesse du précédent : des instruments créés pour l'occasion, artisanalement; un goût pour l'électronique; une voix modulable et une désinvolture certaine envers la gamme tempérée. Simplement, ce travail avec un orchestre a visiblement été l'occasion pour la musicienne de s'aventurer vers une musique plus expérimentale, qui la rend plus difficile d'écoute pour tous ceux qui n'auraient pas été éduqués à Boulez et à Stockhausen. Rythme lent à l'extrême, paroles difficilement audibles ou compréhensibles, ambiance feutrée du live à King's Place qui transparaît dans l'enregistrement.

Le talent évident de Mica Levi n'est pourtant pas oblitéré par l'exercice. On tient là un concept album, pensé loin des impératifs de diffusion en radio ou des sorties de singles, ce qui lui permet de prendre de la consistance dans la durée. Par ailleurs, la grande idée mise en œuvre ici, avec un certain succès, est de transcrire les sons de l'électro, les blips et les beats digitaux, avec des instruments classiques. Une façon de boucler la boucle - ce qui est au demeurant le grand sujet de l'électro - en renversant le processus d'imitation habituellement à l’œuvre dans la musique contemporaine.
On trouve habituellement sous cette étiquette, chez les disquaire, la musique du temps présent mais seulement tant qu'elle n'est pas écoutée par plus d'une centaine de geeks de plus de cinquante ans. Micachu voudrait visiblement qu'on abandonne la stupidité de cette étiquette snob (une entreprise qui n'a plus été menée depuis, disons, le rock progressif) en montrant qu'on peut utiliser les techniques du hip-hop avec un ensemble symphonique (le titre de l'album provient de la technique américaine dite du « chopping and screwing »). Elle perdra sans doute quelques fans en route, mais rien n'y fait, on continue à attendre le successeur studio de Jewellery avec impatience.

On l'avait déjà dit et, cela mérite d'être répété : Micachu est une des musiciennes les plus talentueuses de sa génération, toutes catégories confondues.

Chloé Thomas, 14 avril 2011

tracklist
  1. Not For Sure
  2. Fall
  3. Low Dogg
  4. Medicine Drank
  5. Freaks
  6. Average
  7. Everything
  8. Unlucky
  9. State of New York
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