chronique album

Go Tell Fire To The Mountain

Date de sortie : 13.06.2011
Label : L Y F Recordings/PIAS
****
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La World Unite/Lucifer Youth Foundation est le secret le mieux gardé depuis Radiohead : un groupe composé de quatre jeunes Mancuniens mais aussi une organisation de plus de 900 fervents adeptes défenseurs de la jeunesse et de ses vérités. A l'admission : un foulard blanc, dont les premiers détenteurs pourront se servir comme pass gratuit à vie pour les concerts du groupe. WU LYF ont réussi, ces derniers mois, à créer le buzz alors qu'ils n'avaient sorti qu'une poignée de titres, parfois même à l'état de démo. Puis arrive Heavy Pop, tel un condensé de rage et de fureur théâtrale faisant taire les mauvaises langues quant à la qualité de la musique des mystérieux Anglais. C'est épique, grandiloquent et, surtout, ça ne laisse personne indifférent.

Au départ, difficile de savoir qui est derrière ce projet tant WU LYF aiment brouiller les pistes : chasses au trésor, sites énigmatiques ; les quatre jeunes (la vingtaine en moyenne) tiennent à préserver leur identité comme une jouvencelle tiendrait à sa chasteté. Ils déclarent dans une interview exclusive à Libération l'an dernier qu'ils ne tiennent pas à parler aux médias britanniques, lesquels ne s'intéressent qu'au buzz et pas à la musique. Difficile de faire autrement, surtout quand ce buzz ne cesse d'être alimenté. Ils expliquent leur univers par un projet artistique et non marketing ; même si nous avons peine à le croire, ce qu'ils nous proposent nous fait allègrement dépasser le côté un peu hype de la chose.
Loin de ne rien avoir à revendiquer, Ellery Roberts et ses petits camarades semblent poser l'Histoire et la religion comme toile de fond de l'imagerie du collectif, comme pour tenter de prouver que WU LYF n'est pas un groupe Kleenex mais qu'il compte bien livrer un projet profond. Seulement voilà, on réalise qu'ils n'ont en fait rien à prouver, ce n'est pas leur but. Reste maintenant à savoir si la stratégie pour nous convaincre a de la substance à l'écoute de Go Tell Fire To The Mountain .

Une voix éraillée, une rage à peine contenue et cet orgue d'église qui semble sonner le glas. Quelque chose de primaire, qui vous prend les tripes à pleines mains. On se dit que le mystère et le quasi-anonymat qui entourent le groupe se posent plus comme une préservation que comme une excitation en tant que telle. Ceux qui revendiquent l'ennui comme leur grande influence désiraient enregistrer l'album dans les conditions du live, avec ses ratés, pour garder la dimension humaine. La musique se veut narrative et l'auditeur se fait contemplateur du bruit et de la mélodie, des hurlements plaintifs. Intransigeants sur leur volonté de diriger leur compositions, WU LYF ont préféré l'auto-produire, pour ne pas céder aux compromis.
En résulte un album époustouflant : on ouvre sur un orgue d'église très solennel (LYF), puis la guitare arrive avec son lot de sonorités atmosphériques, la batterie au rythme soutenu et tribal. Une grosse ligne de basse sous-tend tout au long le chant déchiré, hurlant la tristesse et la souffrance d'une génération désabusée. Puis vient Cave Song, plus pop. Malgré un chant parfois poussif, WU LYF restent toujours mélodieux. Ellery Roberts crache de la façon la plus brute qui soit sa rage et son désarroi, les guitares deviennent brûlantes et les chœurs fantomatiques, planants, nous plongent dans la noirceur de leur monde. Such A Sad Puppy Dog, relevant en un titre l'antinomie du groupe (une pureté originelle entachée par la perversion) arrive comme une marche révolutionnaire : la batterie métronomique conduit l'hymne de l'anti-jeunesse dorée, celle qui semble prête à se salir les mains pour que débute la révolution, qu'elle soit musicale ou plus globale.
A l'entame de Summas Bliss, on pense aux Américains d'Animal Collective, eux aussi friands des sonorités tribales. Cependant, la comparaison s'arrête dès qu'Ellery commence à chanter : WU LYF ne ressemblent plus à quoi que ce soit de connu. Chose rare ces dernières temps, ils imposent leur propre son. L'album se déploie au fur et à mesure des titres ; souvent, on ne comprend rien aux paroles mais cette musique nous parle, peut-être parce qu'elle réussit à transcender la superficialité pour venir titiller notre cerveau reptilien, celui de nos instincts primaires. Enfin, Heavy Pop vient clore le premier chapitre de l'aventure WU LYF : sa longue introduction au piano de plus de deux minutes, magistrale, inquiétante, laissant présager l'apothéose d'un album déjà époustouflant. Pour une ultime fois, Ellery hurle plus fort que jamais, jette à nu ses dernières émotions d'une façon remarquable. On retient son souffle et on rouvre enfin nos yeux humides.

Fondre public et médias dans le mystère, on peut se le permettre lorsqu'on pond une pépite comme Go Tell Fire To The Mountain . Le smog de Manchester a probablement déteint sur les compositions grises du groupe. WU LYF: des anges déchus; leurs chansons: des cantiques et cet album: une messe. Finalement, comme le clame si bien leur leader « Fuck all this mystery bullshit. WU LYF is, has always been and remains four kids... for kids » .

Amandine, 14 juin 2011

tracklist
  1. LYF
  2. Cave Song
  3. Such A Sad Puppy Dog
  4. Summas Bliss
  5. We Bros
  6. Spitting Blood
  7. Dirt
  8. Concrete Gold
  9. 14 Crowns For Me And Your Friends
  10. Heavy Pop
titres conseillés
LYF, Summas Bliss, Heavy Pop
notes des lecteurs
notes des rédacteurs
**** Fab
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