Arctic Monkeys : Scummy Man
Les Arctic Monkeys ne font pas comme tout le monde et le prouvent une fois encore avec ce Scummy Man, DVD composé de deux courts-métrages inspirés de la chanson When The Sun Goes Down, écrits et réalisés par Paul Fraser, ainsi que de la vidéo de cette même chanson.Les premiers plans de Scummy Man annoncent le ton du film : amer, sinistre, défaitiste. Un van passe dans une cité lugubre tandis que tombe la neige. Quelques notes mélancoliques de When The Sun Goes Down retentissent sur des images ralenties et floues du centre-ville de nuit, et de ses activités quelconques et insignifiantes. Alors que s'affiche le titre du film, un homme, assis sur une banquette miteuse, met la main dans son caleçon avant de boire une gorgée de son verre de vin blanc : c'est lui ; le « scummy man », l'anti-héros. Sur la table voisine, un verre de jus d'orange : on comprend qu'il attend quelqu'un. Le jaune terne et usé des objets de la pièce – le mur, la banquette, le contenu des verres – envahit l'écran.
George, car c'est ainsi qu'il s'appelle, se fait virer par un homme que l'on devine être le chanteur de son groupe. Il va errer tout le long du film dans Sheffield, en quête de sexe. D'un magicien qu'il emmène dans une chambre d'hôtel mais qui se refuse à lui, à Nina, prostituée de quinze ans qu'il traite comme du bétail, en passant par la gérante de l'hôtel dont il complimente grossièrement la poitrine, il recherche auprès de quiconque ce qu'il considère comme de l'affection.
Parallèlement, est dépeint le quotidien de Nina. Elle rencontre Jock, le chauffeur de taxi qui les avait conduits elle et George à l'hôtel. En voyant qu'il l'a suivie, elle ne peut concevoir que c'est pour autre chose que coucher avec elle, même lorsqu'elle apprend qu'il ne la prend sous son aile que parce qu'elle lui rappelle sa fille disparue il y a seize ans. Elle rencontre également le magicien qui lui propose de devenir son assistante mais qui abuse d'elle après que celle-ci se soit droguée et assoupie.
Pendant quinze minutes, un huis clos étouffant et tragique se met en place. Les personnages se croisent, se recroisent ; s'aiment, se détestent ; se cherchent, se trouvent. La boucle est bouclée, comme il se doit : George et le magicien partent en tournée – comme dans le premier plan, la voiture passe dans la même cité, en sens inverse, la neige plus intense que jamais – pendant que Nina reste dans la rue, amochée et désemparée, toujours vêtue de son grotesque habit d'assistante. Le film aurait pu s'appeler Just Another Day.
Just Another Day, par contre, n'aurait pu s'appeler Scummy Man puisqu'y est décrit le quotidien de Nina, mais cette fois de son propre point de vue. « J'ignore sur qui je vais tomber ou ce que je vais faire. Tout peut arriver. Ils veulent tous quelque chose. Oui, vous voulez tous quelque chose » dit-elle en voix-off. De son regard désabusé, on imagine les épreuves endurées et ce qu'il en découle : la dépendance, le détachement de soi, la soumission devant l'autre, l'indifférence face à la vie.
Les personnages de Jock et sa femme Janet prennent peu à peu de l'ampleur jusqu'à ce que Nina se détache de la position centrale qu'elle occupe dans le film, remplacée alors par l'absence – absence de la fille, d'échanges, d'émotions. Si Scummy Man est le côté sombre de l'ordinaire de Nina, Just Another Day en est son pendant rassurant, plein d'espoirs quant à son dénouement. Le titre du film s'avère dès lors ironique, presque malsain vis-à-vis de la tournure positive que prennent les événements. La résignation et la fatigue que l'on pouvait déceler sur le visage de Nina au début du film laissent place à l'espoir et au dessein que lui offre Jock et sa femme au sein de leur famille.
Scummy Man et Just Another Day se répondent, s'emmêlent, s'enivrent du désoeuvrement, de la perdition de l'âme. On reste tout aussi fasciné que Jock par Nina tant elle préfère se replier sur elle-même plutôt que renoncer à s'évader de son corps, comme si la moindre évolution dans sa vie était à présent inaccessible : elle croit se réfugier dans le sexe pour se protéger des bouleversements extérieurs alors qu'elle ne fait que perdre progressivement pied dans ses propres agissements, à l'image des personnages de Gus Van Sant et Ken Loach (Elephant, Last Days, Sweet Sixteen, ...).


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