interview
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Avec Detachments, Bastien Marshal est à l'origine de l'un des meilleurs albums de l'année 2010 mais aussi l'un des plus inattendus. Proche de la musique électronique, aidé par le magicien James Ford, son premier album explore avec puissance et pertinence les musiques sombres de la Cold Wave, Synth-Pop et Post-Punk. Alors que la France commence peu à peu à le découvrir, nous avions décidé de le rencontrer dans les coulisses de son concert à la Cigale...

Peux-tu nous présenter ton projet Detachments ?

Le projet Detachments a officiellement commencé début 2007 quand le label Thisisnotanexit a sorti notre premier single, Fear No Fear. Au départ, il aurait du être sorti par Ivan Smagghe sur son label Kill The DJ, ça ne s'est pas fait... Simon de Thisisnotanexit a pris le relai et il a été disponible début 2008. J'avais publié le morceau sur Myspace puis l'avais envoyé aux personnes que je connaissais à Londres. Certains sont venus me parler en me disant qu'ils étaient intéressés par ce que je faisais mais j'ai mis du temps à prendre les offres aux sérieux, j'étais un peu frustré par l'abandon des plans que j'avais avec Ivan Smagghe.

Comment travailles-tu tes compositions ? Seul ou avec ton groupe ?

Juste moi. Bien sûr, quand on répète, cela m'inspire, mais au final ce n'est que moi. Je suis un peu maniaque, je contrôle tout, je joue de tout les instruments, je sais comment produire et mixer. Avant, je faisais aussi de la peinture, et tu sais, quand tu peins, tu n'as pas besoin d'aide, donc pour moi c'est assez naturel de tout faire moi-même. C'est ainsi que je fonctionne.

As-tu joué dans d'autres groupes avant ?

Pas vraiment, mais j'ai travaillé avec mon frère (ndlr : David O'Malley) dans son projet IDM Remote qui était signé sur le label d'Andrew Weatherall, Rotters Golf Club. J'ai commencé comme ça.

Quelles sont tes influences ? Le post-punk, la cold wave, l'EBM ?

Oui... C'est une coïncidence que ma musique sonne comme de l'EBM, ce n'était pas mon intention. Même si j'aime et respecte des groupes comme Front 242, c'est plutôt un hasard, pas une influence directe.

As-tu été influencé par ton histoire avec la dance music ?

Bien sûr, j'ai toujours été très branché dance music. Je viens du nord-est de l'Angleterre. Dans la région, il y a eu cet espèce d'explosion de Manchester avec ces groupes indie qui mélangeaient les influences sixties avec l'avant garde de la dance music de l'époque. J'ai donc toujours été intéressé par un compromis entre ces deux formes d'expression musicale. Avec Detachments, j'essaye de ne pas me confiner dans un genre de musique.

Et les clubs ?

J'avais l'habitude de me rendre souvent dans les clubs. j'allais à NagNagNag, à la Fabric, ce genre de lieux...

Est-ce pour cette raison que tu as signé avec un label plutôt orienté dance music et fait créer des remixes ?

Je comprends la dance music car j'ai été impliqué dedans. Je marche un peu par période, je passe quatre ou cinq mois à écouter de la musique électronique, puis un mois du hip-hop puis je retourne à l'indie pour encore trois ou quatre mois. Je m'ennuie si je reste collé à un territoire. Donc, le produit que l'on propose est le résultat de cet éclectisme. Et puis évidemment, je me suis énormément intéressé aux nouvelles formes de musiques électroniques, impossible de passer à côté du Dubstep à Londres par exemple.

H.A.L me fait vraiment penser à du grime...

C'est une bonne remarque parce que très peu de gens ont fait le lien. C'est clairement le résultat de mon intérêt pour le grime, les rythmes hip-hop et syncopés plus généralement. Il y a une sorte de mouvement qui m'ennuie vraiment à Londres, les mecs sont des puristes un peu bornés. Ils me parlent de trucs gothiques... Je leur ai dit qu'ils sont fous. Je m'intéresse au Grime, au dubstep au hip-hop mais ils ont une sorte d'aversion pour ce dernier...

Peux-tu me dire ce que t'a apporté de travailler avec des gens tels que Trevor Jackson, James Ford ou Andrew Weatherall ?

Au départ, ils ont été intéressés par nos premiers disques, puis notre label a gardé contact avec eux et de fil en aiguille, des échanges musicaux ont eu lieu. Tu sais, on a reçu un e-mail de Trevor Jackson disant qu'il voulait travailler avec moi, j'ai été impressionné. Après les collaborations se sont passées assez classiquement. Parfois ça marche, d'autre non... C'était génial d'être associé à Trevor Jackson par exemple, c'est quelqu'un que je respecte énormément, qui a une vraie approche artistique et pas seulement commerciale de la musique. J'adorais son label Output et ses groupes, en particulier Colder dont j'étais un énorme fan, je suis triste qu'ils n'aient pas duré plus longtemps. Wrong Baby est une de mes chansons préférées ! Concernant Andrew Weatherall, j'ai adoré le travail qu'il a fait avec moi.

Et comment s'est passé l'enregistrement avec James Ford ?

C'était fantastique. On était enfermés dans son studio et entourés de synthétiseurs vintage et de boites à rythme, comme une TR808 originale que tu ne peux même pas caler dans le tempo habituel. Tu vois, ça te donne des 107,3 bpm, ce genre de choses. D'ailleurs, tout cela a rendu le travail avec lui très difficile vu que je compose tout sur ordinateur. Mais ça donne un super son, plus organique avec des textures pleines et plus lourdes. Et même en terme de production, j'ai appris énormément. Par exemple, il utilisait les enregistreurs de bandes Revox...

En live, quel matériel utilises-tu ? Analogique ou numérique ?

En live, on privilégie l'efficacité, donc le rendu sonne comme que le matériel analogique mais on utilise du numérique. De toutes façon, en fonction de la salle, des enceintes ou de l'ingénieur, le son va énormément varier, donc ça ne sert à rien de tout prendre. On doit faire des concessions et on se satisfait alors d'émulations de synthétiseurs.

Quels groupes aiment tu en ce moment en Angleterre ?

En 2010... Pas évident, j'en connais un bon... Detachments ! Non, franchement il y a assez peu de chose que j'ai écouté. Il y a un artiste hip-hop qui s'appelle Drake, mais il n'est pas anglais... Ici je ne sais vraiment pas... Kylie Minogue (rires) ? J'adore le dubstep et le grime dont nous avons déjà parlé, Chase & Status ou Jamie. Il n'est pas signé sur un label, n'a ni manager ni tourneur, mais il a du se produire dans une vingtaine de festival cet été. Ce n'est pas un mec qui va vendre des disques, il ne vas pas jouer de l'eurodance ou de la pop, je le respecte beaucoup.

Est-ce toi qui a choisi les artistes qui ont remixé tes morceaux, comme Ikonika ?

En fait, ce sont eux qui sont venus à moi ! Ils ont contacté le label ou moi, et c'est comme ça que ça s'est fait.

Ton dernier clip faisait référence à Jean Luc Godard, le cinéma est-il une influence ?

Sûrement. Quand j'écris mes morceaux, j'ai énormément d'éléments visuels qui me viennent à l'esprit, ça peut également être des sortes de paysages. Ça vient très naturellement. Et puis, quand j'écris une chanson, il m'arrive de me dire qu'il serait bien qu'elle soit utilisée dans un film. J'en regarde énormément depuis que je suis enfant, ma mémoire est très imprégnée de ce que j'ai pu voir à la télévision ou au cinéma à cette époque.

Te souviens-tu de ton premier show en France à la Flèche d'Or, il y a deux ans ?

Ah, la Flèche d'Or, oui oui, ça fait longtemps maintenant. J'adore la France et Paris. Nous jouions en première partie de The Rumble Strips mais, musicalement, nous n'avions vraiment rien en commun avec eux. trèshyper stressé de jouer là-bas

La salle a fermé puis ré-ouvert depuis...

A Londres, c'était un peu mythique et légendaire de jouer à la Flèche d'Or. Le lieu avait une réputation très flatteuse à cause de sa programmation. On était donc très contents d'y jouer !

Maintenant que ton album est sorti, qu'elles sont les prochaines étapes pour Detachments ?

Nous pensons sortir Audio/Video en single avec des remixes. Et après ça, j'espère qu'on aura la chance de tourner dans les festivals et peut-être d'écrire de nouveaux morceaux. J'écris déjà de la musique aujourd'hui, tous les jours... Je me réveille le matin, avec une idée en tête, je vais sur l'ordinateur... Dessus, j'ai des dossiers avec des centaines d'idées musicales que je développe au fur et à mesure au format chanson. Au final, je travaille toujours sur ma musique, c'est presque involontaire, je ne peux pas m'en empêcher.

Hybu, 3 février 2011