interview
Bookmark and Share

L’hôtel Amour... Quel beau nom pour un établissement de passage ! Un nom qui colle comme une guimauve cuite à la braise au trio devenu célèbre en jouant de la batterie debout dans des tenues et un esthétisme à la plastique transparente ou fluo, We Have Band. Dede, Thomas et Darren y sont présents pour une promo marathon et un showcase prévu dans la boutique Agnés B, Rue du Jour à Paris, le soir même. C’est dire la hype qui encercle ce groupe issu pour moitié des Fluo Tribes et pour moitié du renouveau new wave.

Dans une chambre donnant directement sur la rue, les trois anglais me reçoivent comme chez eux, entre deux valises ouvertes, un sèche-cheveux posé sur le lit et quelques sous-vêtements de couleurs éparpillés...

Vos premiers papiers dans la presse sont parus sur le très respecté NME et sur le Dazed & Confused en Angleterre, peu après votre passage à Glastonbury. Vous attendiez-vous à un succès d’estime si rapide de la part de la presse ?

Thomas : C’est vrai que ce fut assez rapide... Mais n’est-ce pas là le propre de notre société actuelle ? Tout va très vite, mais tout repart aussi vite d’un autre coté ! On te voit comme un champion un jour et, celui d’après, ils tirent la chasse et tu disparais ! Nous avons été évidemment ravis de lire tout ça, mais nous sommes restés très prudents et réalistes sur le coté éphémère du succès...

Vous ne vous êtes pas sentis sous pression ou un peu effrayés par la rapidité de votre exposition médiatique ?

Thomas : Il faut relativiser. Nous n’étions pas sur un gros label et nous n’avions pas une si grosse pression que ça, au-delà de celle qui nous pousse à avoir un ou deux coups d’avance pour nos prochaines compositions ou nos concerts.
Darren : Nous avions enregistré le premier album sur nos propres deniers et avant même de signer avec notre label ; nous avons donc évité la pression qu’auraient pu engendrer des attentes trop élevées. Vraiment, tout ce qui nous est arrivé à cette époque où nous débutions sur de grandes scènes n’était que du bonheur et nous l’avons pris comme cela arrivait.

On a du vous demander cela mille fois, mais d’où vient le nom We Have Band ?

Dede : Non, en fait, cela fait pas mal de temps qu’on ne nous l’a pas demandé (rires) ! En fait, nous aurions du nous appeler We Have A Band ! Mais l’expression grammaticalement incorrecte nous plait dans sa prononciation et il s’agit également d’un nom trouvé spontanément par des musiciens qui ne voulaient pas trop s’embêter ! Ça nous ramène à l’enfance selon moi...

Vous êtes un groupe visuel autant que sonore, vous aimez expérimenter les tenues délirantes sur scène et vous êtes très précis dans votre son et lumière. Pensez-vous que la musique doit plus être que, bruit, transpiration et poussière ?

Thomas : Ça, c’est une question (rires) !
Darren : Nous aimons le spectacle, tout simplement ! Ce qui est certain, c’est que nous ne sommes pas un groupe de shoegazing ! Nous aimons faire la fête sur scène et le montrer pour la faire partager.
Dede : Ça nous vient naturellement quand nous sommes en tournée. Les tenues, les lumières vives ou les sons secs et entraînants, c’est notre style. Nous ne nous posons pas la question de savoir si le rock doit être de la sorte ou pas...

Lors de votre dernière tournée, vous avez intégré un batteur sur scène. Votre musique et votre nouvel album nécessitaient ce nouveau musicien ?

Thomas : Au tout début, nous jouions surtout de la musique électronique avec des samples et des rythmes préenregistrés ou joués sur scène par Darren, en plus du chant. Et c’était vraiment intéressant de fonctionner ainsi debout sur scène. Cela donnait une bonne dynamique en live, mais il apparaissait de plus en plus nécessaire, pour ne pas dire logique, d’intégrer un batteur à part entière pour appuyer nos nouveaux titres où la batterie est beaucoup plus lourde et recherchée. Trois mois après avoir intégré notre batteur, nous avons joué un concert en Norvège, sans lui. Cela nous a semblé affreux ! Nous n’avons pas du tout aimé le résultat sans lui...
Dede : Nous avons sûrement avancé dans notre vision de la musique à ce niveau.

Vous avez eu un emploi du temps très chargé après la sortie de votre premier album. Etait-ce une période difficile ou agréable à vivre ?

Darren : Parfois, c’était dur... Dans Ternion, nous parlons de cette dualité entre le plaisir d’être souvent sur scène et la fatigue que cela entraîne. Mais nous sommes conscients de la chance que nous avons de pouvoir vivre de notre musique et de voyager si souvent. »

A quoi ressemblaient vos vies avant We Have Band ?

Dede : Je faisais de l’administration pour un label de musique.
Thomas : Moi aussi !

C’est donc là que vous deux vous êtes rencontrés ?

Dede : Exactement !
Darren : Je travaillais dans un bar de l’est de Londres. On s’est rencontrés là-bas parce que je faisais de très mauvais cocktails Cosmopolitan !
Dede : Et le pire, c’est qu’il me faisait payer pour ça (rires) !

Votre nouvel album, Ternion, sonne beaucoup plus confidentiel et moins axé sur les rythmes dance et les sons électro robotiques qui ont fait votre marque de fabrique. Vous ne vouliez plus être catalogué comme un groupe qui fait danser dans les bonnes discothèques et les Free Party ?

Thomas : Tu n’as pas tort ! On ne peut pas nier que nos premières amours et nos premiers désirs de musiciens étaient axés sur ce genre et sur le fait de pouvoir faire remuer le public, que ce soit en concert, en discothèque ou dans des fêtes, sûrement parce que nous aimons écouter cette musique. Nous n’avons pas abandonné cette idée là mais nous avons voulu nous renouveler et explorer d’autres contrées. Si les mélodies et les sons avaient quelque chose de robotiques, comme tu l’as dit, les voix étaient également assez froides et nous avions besoin de distiller un peu plus de chaleur pour cet album. Plus de profondeur et d’émotions. J’espère que Ternion le démontre.
Darren : Tu ne peux pas renier ce que tu as fait auparavant. L’idée n’est pas de dire que nous sommes un nouveau groupe, nous avons juste enregistré un tout nouvel album, la nuance est là. Mais si nous restons les mêmes et aimons toujours aborder la scène comme un lieu vivant et animé, reprendre les recettes de notre premier disque pour ce nouvel opus aurait été une erreur.

We Have Band fait-il toujours partie des groupes que l'on écoute pour danser ?

Thomas : Bien sûr ! Ternion contient toujours de nombreux titres et rythmes fait pour cela ! Notre ambition est toujours de faire remuer les gens, peut-être plus sur le plan émotionnel cette fois-ci. Nous en sommes au troisième concert avec nos nouveaux titres et il y a au moins trois ou quatre nouveautés qui font danser notre public.
Darren : Nous avons créé ces titres et, en studio ou sur scène, nous avons toujours envie de bouger et de danser sur nos nouvelles compositions. C’est un bon signe à nos yeux.
Dede : Je continue de danser comme je le fais depuis nos débuts, que ce soit sur nos anciens titres que nous aimons jouer sur scène ou sur nos nouvelles compositions.

Avez-vous modifié votre processus d’écriture et de composition pour cet album ? Qu'avez-vous changé depuis la réalisation du premier album ?

Thomas : Pour la composition, nous utilisons toujours le même processus avec une basse, une guitare, une batterie et un ordinateur en tant que studio portable. Mais, pour l’écriture, nous avons effectivement expérimenté un nouveau cheminement. Nous avons privilégié nos textes et recherché des paroles qui pourraient porter notre musique, et non l’inverse.
Dede : L’écriture de Ternion est beaucoup plus personnelle. Prends le titre What’s Mine, What’s Yours que Darren avait initié. A nos débuts, nous aurions peut-être tous contribué à en achever l’écriture mais, cette fois-ci, le but était de développer, chacun de notre côté, les paroles et thèmes que nous voulions aborder de manière personnelle.

La musique vient donc en premier ?

Darren : Normalement, oui, mais il arrive, suivant qu’il s’agisse de Dede, Thomas ou moi que les paroles inspirent notre musique...

Pour le titre What’s Mine, What’s Yours, les paroles semblent être inspirées de manière autobiographique...

Darren : Oui. Cela parle d’une relation que j’entretenais avant de connaître Dede et Thomas. C’était une amitié qui durait depuis des années et qui s’est terminée depuis. J’y parle de la difficulté à conserver cela, les gens changent et changent de routes également...

Vous avez enregistré avec le producteur Luke Smith pour la première fois. Comment l’avez-vous connu ?

Thomas : On avait constitué une liste de producteurs avec qui nous voulions travailler et Luke était l’un deux. Après en avoir rencontré plusieurs, Luke a clairement montré sa parfaite approche de nos titres et sa parfaite compréhension de nos attentes. Il s’est beaucoup investi et il nous a aidés à trouver une autre facette de notre groupe.
Dede : Nous aimons son travail à la base et il a tout de suite senti ce que nous ne voulions plus faire pour cet album et ce que nous voulions à nouveau.

Pensez-vous qu’Internet et le téléchargement illégal sont des menaces pour les groupes qui n’ont pas un label derrière eux ?

Darren : C’est une question très difficile. Il y a dix ans, tu aurais été obligé d’avoir un contrat pour te faire connaître. Aujourd’hui, tu peux écrire une chanson dans ta chambre, la mettre en ligne et te faire connaître. Tu peux littéralement te mettre en ligne, toi-même et, pourquoi pas, organiser des concerts en ligne. Bien sûr, les rentrées d’argent ne seront jamais les mêmes ! Le problème c’est que quand tu vis de cela, et qu’en tant qu’artiste tu crées une œuvre qui te prend beaucoup de toi-même et même parfois d’argent personnel, il est très difficile de t’y retrouver dans ce modèle économique.
Thomas : Je pense qu’il faut quand même augmenter la protection des artistes sur Internet. Prends l’exemple du mec qui télécharge vingt albums par semaine illégalement, c’est une blague de dire qu’il n’est pas coupable de quoi que ce soit ! Ils trouveront toujours une parade aux blocages donc les lois ne sont pas inutiles à mon sens. Je ne désire pas qu’on aille jusqu’à pendre quelqu'un par les pieds pour en faire un exemple, ce ne serait pas juste non plus, mais j’ai la sensation qu’on ne protège pas assez les groupes et donc les labels qui vivent des ventes de disques.
Darren : C’est encore plus difficile pour les labels. Les groupes pourront toujours jouer en live pour faire de l’argent...
Dede : Les Labels veulent être créatifs et veillent à trouver de nouveaux talents... C’est une question dont la réponse ne peut être, ni toute noire, ni toute blanche...

D’un autre côté, certaines majors mettent tous leurs moyens sur un ou deux artistes bankables et oublient ceux à qui il ne reste plus qu’Internet pour se faire connaître...

Darren : Tu as raison. Rihanna va vendre beaucoup de disques, donc dépêchons-nous de faire son très dispendieux vidéo clip ! C’est parfois pathétique.
Thomas : Historiquement, ils investissaient l’argent gagné avec les principaux artistes pour leurs autres groupes, plus indie. Aujourd’hui, je ne suis pas sûr que cela soit encore vrai. Si tu ne vends pas de disques dés le premier album, tu es vite remercié ! Je connais quelques artistes qui n’ont même pas vu leur disque sortir car les radios nationales ne voulaient pas jouer leur musique.
Dede : Ils n’ont même pas pris le temps de savoir si ces groupes avaient un avenir ! C’est triste comme constat.

Quelle musique vous accompagne aujourd'hui à Paris ?

Dede : Ce matin, nous écoutions Girls. Mais aussi Warpaint, Caribou, The Horrors...

Surtout des groupes récents ?

Dede : Pas quand nous sommes sur la route, étrangement ! Dans ce contexte, plutôt Kate Bush, The Cure, Prince ou Neil Young. Notre tour manager a même emporté un disque des Black Eyed Peas avec lui (rires) !
Darren : Mais quand il met ça en conduisant, tout le monde se réveille et hurle (rires) !

Que ferez-vous écouter en premier à vos enfants quand ils auront l’âge requis ?

Dede : Je pense que je leur ferais écouter les Pink Floyd.
Thomas : Moi, ce serait plutôt Neil Young et Harvest. Quelque chose qui soit qualitatif en termes d’écriture pour les motiver à être de bons auteurs !
Darren : J’espère que, quand nous aurons des enfants, ces groupes ne seront pas passés dans le domaine public ! Peut-être que même Girls ou We Have Band paraitront comme de vieux groupes has been à nos enfants (rires) !

Olivier Kalousdian, 5 février 2012