chronique concert

Paris, Point Éphémère - 12 octobre 2011

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Avec un album acclamé par la critique (enfin pas toute...) sous forme de synthèse accessible de tous les mouvements issus de la Bass Music (dubstep, broken beat, 2-step, uk garage...), le tout en injectant une dose de canailleries pop, l'anglais SBTRKT s'est ouvert à un nouveau et large public, dépassant désormais largement les frontières du milieu clubbing dans lequel il s'était jusqu'alors imposé. C'est donc une foule hétéroclite qui se presse gaiement à l'entrée du Point Éphémère, complet à cette occasion.

Avant de s'embarquer dans un concert masqué, c'est le petit prodige Becoming Real qui anime cette première partie. Difficile d'affirmer si son set est un mix ou un live laptop sur Ableton, mais l'on penche clairement vers la seconde option, ne connaissant aucun morceau de la playlist. Si la forme - un mec seul devant son ordinateur qui agite quelques boutons et ses bras désarticulés - n'est franchement pas adapté au format concert, si la musique elle même s'avère bien trop dansante pour ouvrir à une heure pareille, son live n'en demeure pas moins brillant, de la vraie bass music comme on l'aime, extrême, sale, sans concession, avec une réel talent de composition et un goût pour les textures électroniques froides, on sent le petit blanc gavé de Grime mais l'ayant poussé vers de nouvelles frontières, dans ses retranchements les plus techno. Ce set, un peu en décalage, ce mercredi au Point Éphémère, aurait fait merveille et impression un jeudi soir au Social Club.

SOV

La salle est bondée pour l'arrivée d'Aaron Jerome et son comparse habituel, chanteur et instrumentiste, Sampha. Le duo entame avec Heatwave, la salle bouillonne d'impatience. Il continuera sur ce qui restera le moment fort du concert, un enchaînement des meilleurs morceaux de l'album et du superbe single qui l'annonçait, Hold On (bien plus puissant en live que sur disque au passage), Living Like I Do, Something Goes Right et enfin Ready Set Loop, le tout sans interruption, le public frissonne de plaisir grâce aux voix inspirées de Sampha, essentiellement sur Living Like I Do et Something Goes Right. La fin de cette séquence est particulièrement réussie puisqu'elle s'achève sur le toujours aussi pertinent Ready Set Loop.
La suite, malheureusement, ne sera pas à la hauteur. La première moitié du concert a été sublime, mais la seconde sera pour le moins décevante. Cet avis semble aller à l'encontre de la majorité du public qui semble frémir en entendant le (médiocre) single Wildfire. Les voix sont en playback, la chanteuse de Little Dragon étant absente : c'est bien là le seul moyen de faire passer le single que tout le monde attendait, mais forcément, outre mon aversion pour le morceau, le résultat perd beaucoup en impact scénique et en émotions avec un tel procédé. Si le public semble apprécier, mon électrocardiogramme, lui, retombe à plat et ce n'est pas la fin précipitée avec les médiocres Trials Of The Past et Pharaohs, pourtant une des meilleurs compositions de l'album mais, une fois du plus, proposée en playback, qui rattrapera l'ennui guettant depuis la fin de Ready Set Loop. Pas plus d'ailleurs que le toujours aussi décevant Right Thing You Do, joué en rappel.

SOV

Au final reste la même impression mitigée que celle découlant de l'écoute de son album. Si, parfois, SBTRKT touche à son but avec virtuosité, le reste du temps, cela tombe à plat et on s'ennuie. Pour nous, habitués des concerts de rock urgents et tendus, sur la corde raide, c'est particulièrement décevant. Ici tout est millimétré, et si nous avions l'impression que le duo était heureux d'être là, outre les moins bons morceaux, qui, quoiqu'il en soit, le sont aussi sur disque, certains détails, comme ces scandaleux playbacks et les irritantes percussions ayant depuis quelques années envahi tout les concerts indés) ternissent le bilan.
Au moins, Becoming Real s'en tient à ce qu'il savait faire : un live frondeur, dancefloor et techno. Très rares sont ceux qui arrivent à sortir la musique électronique des clubs avec crédibilité, SBTRKT en a le potentiel comme en témoignait cette superbe entame de concert, mais il doit certainement encore faire des efforts, n'est pas James Blake qui veut.

Hybu, 17 octobre 2011

setlist
Non disponible
photos du concert