chronique concert

Paris, Alhambra - 30 mars 2012

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La recette du cocktail whiskey Sour : beaucoup de whiskey pour la puissance, de l’Angostura pour l’amertume qui éveille les sens, un jus de citron vert pour l’exotisme et du sucre de canne pour faire passer tout cela, avec tendresse et douceur.
Pour ceux qui ont la chance de parvenir jusqu’au barman qui officie au premier étage de la Motown Night à l’Alhambra – bracelet rouge obligatoire - ce cocktail est une fabuleuse mise en bouche, bien chargé en alcool et en émotions mais agissant tout en douceur avec cette pointe d’amertume qui évite l’ennui du trop sucré. Le parfait accord avec l’affiche proposée.

La première partie de soirée est placée sous le signe du hip-hop et de la soul, bien aidée par l’ex animatrice de Radio Nova, Aline Afanoukoué, une pointure s’il en est en matière de soul musique et dont la voix est successivement passée d’Europe 1 à France Inter pour malheureusement disparaître des ondes à la rentrée dernière.
Milk Coffee & Sugar, deux MCs français officiant du coté du Slam et du hip-hop accompagnés d’une formation de sept musiciens jazzy empruntant (les costumes tout du moins) aux Blues Brothers, tirent toute l’amertume et la force d’un rap jazzy qui mettra tout le monde d’accord et le public en condition pour la suite de la soirée qui s’annonce tardive avec trois groupes et deux set de DJs locaux.

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Ces deux ingrédients artistiques vont contribuer à faire de l’affiche principale, la nouvelle égérie de la soul anglaise, Michael Kiwanuka, un moment de nostalgie puisé dans le meilleur des années 60s/70s du mythique label de Detroit de Berry Gordy. Michael Kinawuka, qui a assuré les premières parties d’Adele, est, à la base, un musicien de studio Anglais, originaire d’Ouganda, passé de l’autre coté du miroir de la cabine voix un peu par hasard.
Avec sa formation batterie, guitares, basse et claviers Hammond au son si cher à Ray Charles ou Ray Manzareck, Michael Kiwanuka use des bonnes recettes qui ont fait la légende de son label : la reverb à fond sur la voix et des trémolos sur un clavier qui prend le dessus sur tous les autres instruments.

Tale Me A Tale, titre phare de son premier album et de la playlist de nombre de radios de qualité, en est l’exemple parfait : les solos de son pianiste feront durer le plaisir plus de six minutes. Souvent comparé, avec justesse, à des artistes mythiques comme Otis Redding ou Randy Newman, Michael Kinawuka est la « pépite noire » de ce début d’année 2012 qui voit la sortie de son premier album, Home Again.

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C’est dire si les attentes, en termes d’image et de public sont grandes ce soir lorsque Michael et son groupe entrent en scène sur les coups de 21h30. Soudainement, le bar se vide, le fumoir s’oxygène et les rangées assises du balcon se remplissent d’un auditoire trié sur le volet où les attachés de presse et les chefs de produit des différentes de maison de disques Parisiennes maîtrisent un silence quasi religieux pour déguster jusqu’à la dernière goutte de leur coktail, chèrement acquis, et se délecter de l’ambiance des chœurs de basse et de la voix déjà si mature, pour ses 24 ans, de Michael Kiwanuka, notamment sur le titre Bones.

Avec simplicité, une grande maîtrise technique vocale et sa guitare acoustique, Michael enivre son public et laisse derrière lui un parfum d’été californien (I'll Get Along), empli d’espoir dans un monde en crise à la fin des années 60s, assis sur un quai du Waldo Pier de Sausalito, regardant les navires entrer et sortir de la baie.

Olivier Kalousdian, 3 avril 2012

setlist
Non disponible
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