chronique concert

Paris, Alhambra - 11 avril 2012

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Le bleu était à Fire Like This ce que le rouge est aujourd’hui à In Time To Voices : en l’état, c’est peu dire que l’Alhambra est donc parfaitement dans les tons (tentures murales, voilures, tapis) pour accueillir la première date de la nouvelle tournée de Blood Red Shoes. Les britanniques reviennent fouler les planches après un long hiatus, et ce sont sûrement eux qui, les premiers, ont souffert de cette trop longue absence. Il n’empêche que les parisiens prouvent ce soir qu’ils savent faire preuve de mémoire, et c’est au devant d’une salle copieusement remplie que le duo aura à s’exécuter.

La pénombre envahit bientôt la salle, annonçant l’arrivée imminente des héros de la soirée. Le public exulte, et lorsque Laura-Mary et Steven font leur entrée, c’est sous un feu nourri d’encouragements. Exit la marinière qui le rajeunissait plus que de rigueur, le batteur donne désormais dans le tee-shirt rouge sang, comme pour mieux se fondre dans la nouvelle identité visuelle développée par le groupe. La jeune femme, quant à elle, n’a pas changé : timide devant l’éternel, la belle nous gratifie d’un rapide signe de la main, avant de de rejoindre son spot, plongé dans la pénombre (les jeux de lumières la laisseront volontairement dans les ténèbres tout le set durant). Affronter la salle du regard, très peu pour elle. Tout le contraire de Steven, qui a toujours été le plus décontracté des deux, et qui semble encore avoir gagné en assurance : ça se voit, ça se sent, le gamin a pris de la bouteille.

SOV

Nouvelle tournée, nouvel album, et ce dernier se devait évidemment d’être mis à l’honneur ce soir : c’est donc avec Cold, leur dernier single en date, que Blood Red Shoes lance le bal. De quoi satisfaire les amateurs du rock à guitares, et reprendre les choses où nous les avions laissées : dans la pure veine de tous ces morceaux qui ont concouru à faire la la réputation du groupe, Cold est l’occasion pour Steven de rassurer tout le monde sur sa toujours impressionnante puissance de frappe. Avec lui, c’est précis, ça claque fort, et c’est d’autant plus impressionnant que le bonhomme pousse bien souvent la chansonnette en parallèle. Si Laura-Mary reste moins expressive que son partenaire, monté sur ressort, elle apparait néanmoins comme plus à l’aise que lors du dernier concert parisien donné par le groupe au Trabendo fin 2010). De bon augure pour la suite.

Histoire de ne pas faire retomber la pression trop vite, Blood Red Shoes vont enchainer avec l’un de leurs morceaux phare, un Don’t Ask unanimement plébiscité par la fosse. De manière générale, et ce malgré le tournant pop emprunté par le groupe à mesure des albums, la setlist du soir ne va pas laisser grande place à l’accalmie, l’inévitable When We Wake constituant l’un des rares moments de douceur proposés par nos deux britanniques. En résulte une prestation carrée, énergique comme à l’habitude, ponctuée de belles montées d’adrénaline (le public restera cependant assez sage, comme Steven le fera lui-même remarquer), et qui constituera au bout du bout une belle synthèse de la discographie du groupe. Aucun des titres que le public est venu chercher ce soir ne manquera à l’appel : It’s Getting Boring By The Sea, I Wish I Was Someone, In Time To Voices, Light It Up... Au bout d'une cinquantaine de minutes, la sanction tombe tel un couperet : rideau !

SOV

Et la lumière fut, à nouveau. Deux minutes à peine se seront écoulées, et voilà que Blood Red Shoes reviennent déjà fouler les planches. Certes, c’est un formidable lieu commun que le rappel, mais quand celui-ci vient prolonger le plaisir éprouvé tout un concert durant, difficile de ne pas l’accueillir les bras ouverts et le sourire bête. Avant, dans ce cas-là du moins, de déchanter. Si l'on s’attendait à ce que le groupe nous propose Colours Fade en fin de set, comme il en a pris l’habitude depuis la sortie de Fire Like This, le morceau est franchement trop redondant (outrepassant allègrement cette ligne jaune que d’autres titres écrits par le groupe ont eu le bon goût de ne pas franchir) pour passionner au delà des seuls aficionados. « Et ben, c’est pas leur meilleure celle-là ! », me soufflera-t-on ainsi à ma droite.
Je Me Perds, lui aussi on l’attendait : taillé pour le live, ce qui n’est autre que le titre le plus violent jamais écrit par le groupe ne pouvait être absent de leur setlist. Punk devant l’éternel, le morceau est cependant très court, et alors que le KO aurait pu être aussi complet qu’expéditif, voilà que Blood Red Shoes nous laissent sur notre faim. Tout s’arrête trop vite, sans que le climax n’ait pu être atteint. C’était là l’ultime morceau de la soirée. Déception.

Certes, ce soir, le clou n’aura pas été enfoncé jusqu’au bout. Pour autant, c’est heureux que l’on se dirige vers les portes de l’Alhambra, prêt à s’engouffrer dans la station de métro la plus proche. Avec Blood Red Shoes, il n’y a pas de place pour les surprises et les prises de risques, mais c’est toujours avec une formidable efficacité que Steve et Laura-Mary livrent leurs performances live. De quoi largement se délecter de chacun de leur passage.

Julien Soullière, 15 avril 2012

setlist
Cold
Don't Ask
It's Getting Boring By The Sea
Heartsink
Say Something Say Anything
In Time To Voices
When We Wake
This Is Not For You
Down Here In The Dark
Light It Up
Keeping It Close
You Bring Me Down
Lost Kids
I Wish I Was Someone Better
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Colours Fade
Je Me Perds
photos du concert