chronique concert

Paris, Nouveau Casino - 10 décembre 2009

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Dans le cadre des soirées Custom, organisées tous les mois par les Inrockuptibles, BEAK> se produisait en concert au Nouveau Casino, juste après la courte prestation des Britanniques de Tought Forms et avant celle des Français de Success.

En règle générale, il n’y a pas trente-six raisons expliquant une salle de concert (en l’occurrence Le Nouveau Casino) déserte à Paris sur les coups de 19h30 : soit la vie professionnelle n’est pas encore finie à cette heure-ci, soit le groupe d’ouverture ne plaît pas, soit le prix du billet est trop élevé. Ce soir, pour la soirée Custom mensuelle, si le talent de Thought Forms, groupe programmé en toute première partie, devait se mesurer à l’applaudimètre, force est de constater qu'il aurait été difficile de le distinguer ; car c'est devant une demi-dizaine de personnes que les anglais ont commencé leur set pour le terminer seulement devant une petite vingtaine de personnes. Dommage, car le post-rock du trio captive autant qu’une mygale dans un bocal rebute, et son shoegazing, lourd et puissant, forme une antidote parfaite contre Le Téléphone Pleure de Claude François que j’ai, à ce moment là, dans la tête.
Trois musiciens sont sur scène : un guitariste, une guitariste-chanteuse et un batteur. Visuellement, rien ne casse vraiment la baraque, chacun des membres étant enfermé dans sa petite bulle de concentration impénétrable. Mais musicalement, le groupe nous fait le coup des montagnes russes, oscillant entre des routes planes à la douce accalmie et des montées ou descentes dignes des plus grands périples électriques de Mogwai ou de GodSpeed Black Emperor (les violons en moins). C’est envoutant et sincère, quoiqu’un peu abscons pour les non-initiés du genre mais, surtout, trop court.

Quand BEAK> fait son entrée, l’audience est déjà nettement plus conséquente. Emmené par Geoff Barrow, tête pensante de Portishead, le trio mène son set à la perfection, enchaînant titre sur titre de son premier album éponyme dans une ambiance à la fois froide et cotonneuse, que l'on apprivoise réellement qu'au bout de quelques morceaux (Granby Hill, Pill).
Une fois rentré dans l'univers robotique des musiciens, on ne le lâche plus : les yeux restent fixés sur le robotique Geoff - roi de la cadence à la batterie et chanteur-ovni dont la voix ultra réverbérée évoque les ténèbres et l'outre-tombe de la cold wave, avec Bauhaus ou Joy Division en nobles ambassadeurs. Matt Williams, lui, à l'air de bien s'amuser en triturant ses claviers et ses machines au rythme de son compère Billy Fuller, qui joue de la basse assis mais reste fascinant.
Le résultat sonore claque, chaque note et rythmique venant se loger directement dans la peau sans qu'on ait eu vraiment le temps de comprendre le mécanisme faisant opérer notre attirance pour la musique du trio. Sans doute est-ce parce que chez elle, tout respire la liberté et l'intuition, aussi claustrophobes, contenus, électriques et hypnotiques soient les titres joués ce soir (I Know, Cornubia, Blagdon Lake). Si sur disque, Beak peut captiver au risque que son style répétitif finisse par être difficile à supporter sur la longueur, sur scène, ses morceaux prennent toute leur dimension organique et instrumentale (Battery Point, Ham Green, Dundry Hill), ce qui rend le concert bien plus chaleureux qu'on aurait pu le penser avant d'entrer dans la salle.

22 heures bien passées, Success prend ensuite la relève sur scène. La foule est toujours là, à en croire que BEAK> n'était, finalement, peut-être pas la formation la plus attendue de la soirée. Et bien mal nous a pris de rester pour écouter ces Français, car à l'écoute deleurs premiers morceaux interprétés, on a plutôt l'impression de s'être trompé de soirée. Et pour cause, le style de ces frenchys diffère totalement de ceux des deux précédents shows. N'allez pas voir Success pour vous transporter d'émotions mais plutôt pour vous dégourdir les jambes. Car la musique du groupe se veut un mélange de rock n'roll, d'électro et de musique clubbing, revigorant et énergique à souhait. La basse venant des machines et les deux batteries font efficacement bouger la salle, tout comme le jeu de scène (tout de même poussé à l'extrême) du chanteur - imposant avec son costard et ses cheveux plaqués - mais tout dans ce groupe respire le pastiche d'une mode vide, surfant sur l'électro-rock sans âme ni grande originalité.

Emeline, 12 décembre 2009

setlist
THOUGHT FORMS
Non disponible

BEAK>
Granby Hill
Pill
I Know
Ham Green
Iron Acton
Cornubia
Green Machine
Dundry Hill
Blagdon Lake
Battery Point
photos du concert

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