chronique concert

Paris, Nouveau Casino - 16 avril 2010

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Le Nouveau Casino fut l'une des premières salles de concerts de la génération « radio Nova », portée par la renaissance du quartier Oberkampf – Ménilmontant. Attenante au Café Charbon à laquelle elle appartient, elle a vu passer nombre de stars montantes du rock indie et, de nos jours, les tendances « new folk », « bobos » ou « 80s » s’y font et s’y défont au grès des humeurs de son public. Nous sommes bien dans un haut lieu de la mode et des tendances artistiques à venir.

Sourya ont eu la chance d’avoir Alan McGee comme premier fan et producteur, et sont sortis du landernau Parisien où ils se produisaient dans de petits bars comme le Bar 3 pour aller faire des papiers en Angleterre. Alan McGee n’étant pas moins que le découvreur d’Oasis et ancien manager des Libertines ! Ils se produisent maintenant le plus souvent au Royaume-Uni. Formé en 2005, ce groupe est jeune à tout point de vue et utilise à merveille les instruments avec lesquels il est né. Une guitare unique semble à elle seule contenir tout l’héritage « classique » hérité par ces quatre bidouilleurs d’électronique.
Heureusement, aucun nuage de cendres n’est venu gripper leurs circuits imprimés. On a même enfermé les fumeurs dans une jolie cellule vitrée d’un mètre cinquante sur trois à l’étage minuscule du nouveau casino... Malgré toutes ces précautions, l’ordinateur central affiche quelques déboires en plein set et Sourya Voravong, le chanteur, doit prendre sa voix et sa guitare seules pour assurer la transition, en attendant le dépannage de PC 30' ! Mais tout revient à la normale et l’électronique reparle enfin du haut de ses fréquences torturées, de ses nappes trop communément utilisées et de sa puissance poussée par les potentiomètres d’un ingénieur du son à qui l’on demande sans cesse de monter le volume !
Il faut leur reconnaître une prise de risque du fait d’accompagner ces compositions minimalistes par des textes, en anglais, durement poussés par la voix fluette de Sourya. Ce que ni Justice, ni Vitalic ne se risquent à faire, ou alors pas plus que quelques mots ou onomatopées. Quelques envolées ici ou là, plutôt bien senties, quelques beats coupés net pour laisser place à des accords de guitare venant laisser souffler le public innovent dans le genre, mais mettent mal à l’aise quand durant la majeure partie du concert toutes leurs voix sont déformées voire samplées…
L’ambiance est d’ailleurs témoin de cet amateurisme pardonnable, le public boit, discute, jette un œil et j’en vois même une qui remue quand le rythme le permet… Beaucoup de morceaux possèdent des tempos lents et ne s’agitent que sur la fin pour combler le vide. Il ne s’agit pas seulement de savoir transformer une Nintendo en instrument de musique comme ce fut le cas pour le premier morceau ; Sourya, c’est un peu un site web 3.0 qui voudrait s’imposer comme une nouvelle norme. Ambitieux et novateur mais toujours « under construction » !

Après un interminable changement de matériel sur scène et une rallonge de temps dûs à la prise de son direct organisée par leur producteur ce soir-là, We Have Band s’installent. Voilà trois musiciens qui semblent tout droit sortis d’une boutique Lacoste ou Marc Jacob’s. « Tendance » à en faire se déplacer Anna Wintour, Dede, la jolie blonde, arbore pour la soirée une chevelure géante et frisée, une choucroute folle à la « Working girl » ! Elle danse de long en large au rythme de celui qui joue de la batterie et chante debout, Darren Bancroft. S’il partage la coupe de cheveux d’un Dave Gahan, tôt dans sa carrière, sa voix grave a elle aussi un timbre qui n’est pas sans rappeler les débuts de Depeche Mode. Une basse lourde aux mains de Thomas WP finit de sceller des titres balancés par cette vision de la musique électronique. Musique riche d’énergie, des chants qui, pour une fois, sont clairs et limpides au milieu de tous les arrangements synthétiques, non sans rappeler quelques sonorités de Kraftwerk.
Pour faire danser, c’est assez efficace. Il y a une vraie complicité entre ces trois-là et ils combinent intelligemment des rythmes simplistes aux sonorités 80’s avec des mélodies entêtantes dont on se souvient. Il y a là du Peaches version pacifiste, la voix et les pas de danses énergiques de Dede y étant pour beaucoup. Plus une bonne dose de techno souriante comme savait la composer un Luke Slater.
La salle ne s’y trompe pas et saute sur place, les mains au ciel, au fil des chansons qui s’égrènent. Parfait dans le look, bons dans les rythmes et les samples sombrant lentement puis remontant à toute vitesse dans des tempos entre 90 et 120bpm, ils ont quelque chose du groupe de l’année que Canal+ pourrait promouvoir au sein du « Grand journal » de Michel Denisot. Ou comment We Have Band nous démontre en moins de cinq minutes quoi porter, quoi écouter et comment danser !
Sur le troisième titre, plus aucun doute n’est permis, il y a là, sinon une reprise délibérée, tout au moins un fort hommage à Just Can't Get Enough des Depeche Mode. Les sons, les rythmes, la voix de Darren, tout chez eux nous ramène à cette anthologie des années 80 sur laquelle nous avons tant dansé. Plus qu’un pillage en règle, je pencherais pour un réel talent dans la continuité de leurs aînés.

Après tout la musique n’est souvent qu’un concentré de mélodies, de rythmes, de tons repris ici et là dans le catalogue universel de la musique. Quand il s’agit de reprendre le flambeau d’un groupe comme Depeche Mode, il n’y pas trop de doutes à avoir quant à l’avenir commercial des We Have Band qui, après ce soir à Paris, ville de leurs débuts il y a quelques années, pourront maintenant afficher : « We have success » !

Olivier Kalousdian, 19 avril 2010

setlist
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