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Kate Tempest

Everybody Down

Kate Tempest - Everybody Down
Chronique Album
Date de sortie : 19.05.2014
Label : Big Dada
3
Rédigé par Kris, le 23 juillet 2014
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A entendre rapper Kate Tempest pour la première fois, on se dit qu'on a dû manquer quelque chose, que des éléments ne nous ont pas été fourni au préalable, qu'une version de démos circulait. Everbody Down ne se laisse pas aisément dompter.

Le son est condensé, les strates sont nombreuses et superposées, voire carrément entremêlées. Cette impression de chaos permanent perdure et ne se délite pas. Les productions DIY électroniques big beat sont quant à elles enrichies d'un permanent buzz, et le flow mi-mâché mi-roulé d'une ancienne poétesse de théâtre qu'était Kate Tempest donne vie à cette couleur apocalyptique d'Everybody Down. Car Tempest décrit son univers contemporain via les histoires de ses Pete, Victor et Becky, tels des personnages de Gregg Araki : désabusés, dystopiques mais furieusement colorés et pleins de vie.

Alors évidemment, on ne passe pas aisément à travers ces couches et barrières que nous impose l'anglaise. Il faut le déchiffrer, en comprendre ses codes et ses langages, et se faire à sa langue et à ses mots. Il y a peu de moments pour respirer au sein de cet album (entrée froide sur Marshall Law), comme si elle nous menait en apnée dans les méandres de ce Londres fantasmé où la désillusion est monnaie courante. Les destins y sont constamment brisés, voire pire, y sont inexistants. Pour autant Kate Tempest parvient à leur donner corps et âmes, parfois maladroitement mais résolument avec conviction. Un des défauts notables de ce premier album - et qui de manière peu surprenante est aussi une de ses qualités - sera le flow de Kate Tempest. Difforme, ou tout du moins atypique, on entend une gouaille loquace, mais semblant toujours hors ton, hors tempo, sans alternance et dont les variations d'intensité difficile à percevoir pour cause de constante pression. Or, dans le contexte qu'elle nous impose, la seule réponse possible au chaos du néant du quotidien semble être cette recherche inaltérable de vivacité, et d'existence.

Sorti chez Big Dada, ce premier album de Kate Tempest est dans la lignée de ses prédécesseurs dans le hip-hop alternatif mêlant musicalité électronique et radicalité d'un rap tranchant. La différence tiendra surtout dans cette lisibilité diffuse d'une production tantôt nébuleuse, tantôt bruitiste sans finalité outre-mesure. On notera d'ailleurs que les titres les moins "brouillons" seront les plus facilement compréhensibles, et foncièrement les plus recommandables (Lonely Daze et son côté The Streets dont elle s'inspire ouvertement tout au long de l'album) par leurs objectifs avérés : ambiance, tranchant et vitalité.

Inégal, mais prometteur, ce premier album dépeint une Kate Tempest qui ne se laisse que peu aisément amadouer, storyteller froide et porte-parole ressemblant à ces épisodes de non-vie qu'elle relate.
tracklisting
    01. Marshall Law
  • 02. The Truth
  • 03. Lonely Daze
  • 04. Chicken
  • 05. The Beigeness
  • 06. Theme From Becky
  • 07. Stink
  • 08. The Heist
  • 09. To the Victor The Spoils
  • 10. Circles
  • 11. A Hammer
  • 12. Happy End
titres conseillés
    Lonely Daze, Marshall Law, The Becky Theme
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