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easy life

Maybe In Another Life

easy life - Maybe In Another Life
Chronique Album
Date de sortie : 07.10.2022
Label : Island Records
4
Rédigé par Adonis Didier, le 4 octobre 2022
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C’est l’histoire d’un mec. Un mec à la vie facile. Ce mec il a surtout percé en racontant ses cauchemars. D’ailleurs ce n’est pas un mec, mais ce sont en fait cinq mecs, même si tout ça c’est peut-être que dans sa tête. Bref, comme les gens ont trouvé ses cauchemars vraiment géniaux, il a continué à raconter sa vie, et la vie est une plage. Là, ça fait un an, alors il revient, et comme il sait rien faire d’autre, il raconte encore sa vie. Peut-être dans une autre vie.

Notre nouvelle histoire commence donc dans l’indie pop la plus pure, alors que le héros se fait larguer. Deux petits couplets râpés plus tard, comme son couple, et celui-ci part en club, au fond d’un Basement agité, qui fait schboum schboum comme jaja, complètement éclaté aux pilules, dans le bad de son ex, à se demander s’il fait déjà jour et ce que David Guetta fait dans cette cave. Le bad de cette Dear Miss Holloway, parlons-en : sur un petit piano mélancolique mais sautillant, nostalgique avec une touche d’espoir sur les notes bémol. Le temps de se dire que peut-être dans une autre vie, et de s’envelopper de papier bulle, parce que mieux vaut vivre prisonnier de ses illusions que d’affronter la douleur qui nous travaille. Et vivre Bubble Wrap dans des illusions, entouré d’aussi belles mélodies, entre voix pleine de tristesse, sur le fil, et avec un piano repoussant la souffrance doublement accrochée, on se dit que pourquoi pas. Mais en fait non. Alors il repart en boîte, cette fois-ci avec BENEE, il en prend carrément trop, et il finit par se parler à lui-même, parce que là c’est grave, surtout quand la guitare est elle aussi tellement défoncée qu’elle se met à imiter le gros bourdon qui traîne, invisible et omniprésent, dans la pièce.

Un petit blackout des familles plus tard, et notre fameux mec se remet de tout ça, enfin il sort, vit sa meilleure vie, parce que se remettre en faisant la fête et en chopant des meufs barjos qui michtonnent, c’est clairement ça les Silver Linings. Pour le coup, on ressort les meilleures Stan Smith sur le dancefloor, et ça envoie du flow et du piano jazzy comme Dafuniks et Hocus Pocus, oserais-je mentionner le I Said Hey de Macklemore à l’époque où celui-ci faisait encore du hip-hop de qualité.
Surprise, surprise, la méthode miracle n’aura pas fait long feu, et ce mec à la vie facile nous sort encore des larmes, lui, et puis nous aussi, pendant qu’en face ça pleure surtout des Crocodile Tears. Petite trompette, petit saxophone, le piano se purge de toutes ses mauvaises ondes en tapant aigu, aigu, et encore un peu plus aigu, bienvenue à la Nouvelle-Orléans. Qui dit Nouvelle-Orléans dit Floride, finalement pas si loin. Qui dit Floride dit Miami, et qui dit Miami dit sud-plage. Notre héros termine donc sur la plage, une guitare classique dans les mains, un pote à la slide à côté, les deux copains se soutenant mutuellement dans une amitié virile pleine de Moral Support.

Malheureusement pour lui, le réveil sonne, ah oui c’est vrai on est lundi, et l’histoire de ce mec c’est aussi d’aller taffer. Forcément, quand on travaille à Leicester et qu’on se réveille sur la plage à Miami, c’est compliqué. Alors il appelle son boss pour se faire porter pâle, seulement quand ton pote encore bourré et au chômage joue toujours de la trompette dans le fond, ça arrange pas trop les choses. Comme ça fait maintenant onze chansons qu’on mate sa vie dans tous les sens, notre héros s’agace un peu, prend le mic, demande un beat à Selecta, et nous envoie nous mêler de nos Beeswax. Dommage pour lui, comme dans le Truman Show, on va continuer à "regardécouter", et ce même si on le Buggin' out sérieusement. Dommage aussi pour lui, l’écran cathodique de sa persistance rétinienne semble avoir définitivement freezé sur l’image de son ex, et il va sans dire que ça va prendre un certain temps au service technique de Gus Dapperton pour pouvoir appliquer l’Antifreeze.

Nous retrouvons donc ce mec, dont c’est toujours l’histoire, quelques temps plus tard, qui semble enfin sorti de cette pièce sombre, nostalgique, gelée à -22°C. Visiblement bien aidé par ses 343 visionnages de Toy Story et ses 247 visionnages de Monsters, Inc., il nous quitte comme il nous a tout d’abord invité chez lui, s’asseyant au piano, et empruntant à Randy Newman son sens inné du jazz amical et souriant. Assurant la pompe de la main gauche, il nous tend un Fortune Cookie de sa main libre, en nous demandant si un jour, on pourrait écrire une chronique musicale qui ressemble vaguement à une chronique. Peut-être dans une autre vie, mec.
tracklisting
    01. Maybe in Another Life
  • 02. Growing Pains
  • 03. Basement
  • 04. Dear Miss Holloway (feat. Kevin Abstract)
  • 05. Bubble Wrap
  • 06. Ott By Easy Life (feat. BENEE)
  • 07. Memory Loss
  • 08. Silver Linings
  • 09. Crocodile Tears
  • 10. Moral Support
  • 11. Calling in Sick
  • 12. Beeswax
  • 13. Buggin'
  • 14. Antifreeze (feat. Gus Dapperton)
  • 15. Fortune Cookie
titres conseillés
    : Silver Linings, Bubble Wrap, Basement, Antifreeze, Fortune Cookie
notes des lecteurs