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Paris International Festival Of Psychedelic Music

Paris, Paris International Festival Of Psychedelic Music, du 1er au 5 juillet 2015

Live-report publié par Olivier Kalousdian le 12 juillet 2015

vendredi 3
Cinquante ans après les premiers concerts des Pink Floyd, version Syd Barrett à l'UFO Club de Londres, le psychédélisme qui, pensait-on se serait perdu et dissous dans les grandes messes populaires des groupes de rock progressif ou Krautrock, refait surface et bénéficie de son propre festival et de plusieurs soirées de concerts dans la capitale française.
Pour sa deuxième édition, le Paris International Festival Of Psychedelic Music se déroule non pas sur trois, mais sur cinq jours, du 1er au 5 juillet 2015, et dans non pas trois, mais dans six salles : Le Trianon, La Machine Du Moulin Rouge, La Gaîté Lyrique, La Maroquinerie, Le Point Ephémère et Le Monseigneur.
Avec des groupes comme, Clinic, King Gizzard & The Lizard Wizard, Camera, Jessica93, Rendez-Vous ou Wall/Eyed, La Machine du Moulin Rouge affiche un programme et un remplissage maximum en ce vendredi de canicule à Paris.
Jouant sur deux scène – celle de la chaufferie en sous-sol et la principale au rez-de-chaussée – les groupes français et anglais du jour vont s'enchaîner et se juxtaposer, obligeant les festivaliers à descendre et monter les escaliers et à changer de climat, à chaque changement de set.

Le groupe Rendez-Vous, qui démarre le premier set à 20h, est une formation parisienne aux looks plus proches de Taxi Girl que des formations habituées aux champignons magiques. Des champignons géants recouverts de tâches colorées que l'on retrouve en décor de la chaufferie. Crées dans un carton-pâte aux teintes fluorescentes, ils donnent la sensation de se retrouver perdu au milieu d'Alice au Pays des Merveilles. Avec des rythmes binaires répétitifs orchestrés sur une batterie électronique datant des années 80 et un chanteur bassiste aux vocalises souterraines, la musique de Rendez-Vous renvoie bien plus à The Cure ou The Mission, premières époques, qu'aux errements improvisés et aux sonorités distordues de la musique psychédélique en tant que telle. Un titre comme The Others et sa guitare larmoyante pourraient tout à fait figurer dans une des nombreuses compilations gothique/new wave des années 80.

Wall/Eyed jouent quant à eux sur la scène principale. Français issus de la capitale également, ils entrent eux, parfaitement, dans le moule du Paris International Festival Of Psychedelic Music avec leurs intros cinématiques et leurs propensions aux improvisations, que ce soit sur un clavier inquiétant ou des chants quasi apocalyptiques. Confondant souvent bruit et psychédélisme (Mental Traveler), Wall/Eyed ne convainquent que leur fan base, venue en nombre.

Jessica93 est, à lui seul, un nom de scène bien étrange. Originaire de Bondy, en Seine St Denis, Geoff Laporte – l'homme derrière l'identité fantôme de Jessica93 – sortira le 3 novembre prochain son très attendu nouvel album sur Teenage Menopause et Music Fear Satan. Car, Jessica93 c'est un projet musical totalement solo. Accompagné d'une bande son et seul à la guitare, Geoff Laporte ne semble pas décontenancé devant le nombreux public, revenu dans la chaufferie qui lui fait face. Il faut dire qu'au-delà de sa musique lugubre et souvent noisy et de ses vocalises à fond de reverb, la chaufferie est climatisée, elle. À l'étage, trente degrés. Au sous-sol, seulement vingt-trois. Ceci expliquant également cela...

Les Australiens de King Gizzard & The Lizard Wizard forment le gros des troupes très attendues en cette troisième soirée de festival. À sept sur la scène principale, ils honorent le festival en proposant enfin une musique digne de ce nom. Sur des sonorités de guitares quasi indiennes et des compositions qui n'en finissent plus de monter et descendre, dans les breaks et les arpèges, Stu Mackenzie, Joe Walker, Eric Moore, Ambrose Kenny, Smith Lucas Skinner, Cook Craig et Michael Cavanagh, signés sur le label Heavenly Recordings, vont donner un set de dix titres qui va faire monter la température à des niveaux désertiques. Un titre à lui seul, I'm In Your Mind, détaille tout le talent des Australiens. Avec deux batteurs, les rythmes lourds s'envolent et retombent pour laisser la place des riffs de guitares suraiguës et des chants dont l'écho porte au loin. Le tempo est rapide, le chant rare et l'harmonica, parfois bluesy très distordu. Les filles et les garçons qui se risquent dans la fosse où le mercure atteint les quarante degrés dansent comme des forcenés sur des compositions à deux temps et une exploration sonique limite garage qui donnent le tournis.
À la fin du set, des centaines de festivaliers se ruent dehors, à la recherche d'un peu d'air sans fraîcheur, torses nus ou les vêtements trempés de sueurs et les robes transformées en mini-jupe.

Seule formation allemande du festival, les Camera sont réputés pour improviser tout au long de leur set. Invitant parfois d'autres musiciens du line-up à jouer avec eux, ils sont dans la lignée des King Gizzard & The Lizard Wizard, mais dans une exploration de sonorités plus nettes et beaucoup moins distordues. Ici, le Krautrock domine et les très longs solos de basse ou de guitare rappellent les débuts des Spacemen 3 (Synchron). Ne pas chercher les chansons à textes ; Camera font une musique faite pour danser et se laisser porter par une aura mystique qui entraîne le public de la chaufferie dans des danses transcendantales.

Tête d'affiche de la soirée, le groupe Anglais Clinic a quarante minutes de retard sur l'horaire prévu. Il est plus de 23h30 quand les quatre musiciens de Liverpool, habillés en chirurgiens (leur marque de fabrique, renvoyant aux Residents) pénètrent sur la scène principale. Froide et martiale, la musique de Clinic mélange les Spacemen 3 et un soupçon de The Fall avec leurs guitares fuzz et leur synthé glacial (Miss You). Adrian 'Ade' Blackburn, Brian Campbell, Jonathan 'Hartley' Hartley et Carl Turney qui accompagneront le groupe TOY, le lendemain à Porto, sont des fans de la musique de la cote ouest américaine des années soixante et du groupe, 13th Floor Elevator. Les masques anti-contagieux qu'ils ne quitteront pas donnent une coloration sourde aux chants d'Adrian Blackburn. Quant aux tempos et claviers hypnotiques, souvent crades, ils empruntent à feu Suicide, décidément souvent à l'honneur, ces derniers temps (Lion Tamer). Ambiance étrange et psychédélique avec les Clinic, mais un psychédélisme largement teinté d'une modernité toute anglaise avec sa ligne de basse qui peut s'avérer funky. Le public, rincé par la chaleur et la différence de température entre les deux salles semble comblée par les cinq sets qui viennent de se dérouler en un temps record.

Il est très tard lorsque le public quitte la Machine du Moulin Rouge après une troisième soirée du Paris International Festival Of Psychedelic Music très réussie, tant au niveau de la programmation que de la fréquentation. Une belle introduction à la quatrième soirée et The Horrors qui joueront le lendemain, dans la salle toute proche du Trianon.
artistes
    Rendez-Vous
    Wall/Eyed
    Jessica93
    King Gizzard & The Lizard Wizard
    Camera
    Clinic