Pas de jeunes Anglais dandies aux allures 60s ce soir à la Maroquinerie pour la onzième édition des Nuits de l'Alligator. Programmés en première partie d'Israel Nash,
Hidden Charms s'est décommandé in extremis. Occasion rêvée pour les Français
King Biscuit de nous faire entendre leur garage blues venu tout droit de... Rouen.

Sur scène, pléthore d'instruments en tout genre : violons, banjos, boîtes métalliques, estrades, perche surmontée d'un mégaphone, guitares. Une boîte de violon au profil reptilien est même suspendue en clin d'œil pour le festival. Sylvain Choinier et Fred Jouhannet arrivent sous les projecteurs comme s'ils étaient dans leur salon, tenues décontractées de mise. Le power duo dégage une belle énergie de leur blues et les gesticulations de Fred le violoniste/homme-à-tout-faire entraînent la salle dans leur univers. Martelant l'estrade à grands coups de baskets, les King Biscuit sont quasiment des hommes-orchestres. Les morceaux qu'ils nous proposent sont souvent construits à partir d'un riff lourd à la guitare sur lequel délire un violon en transe, un mégaphone, voire un mini-ventilateur venant frapper les cordes.

Finalement, l'attention se porte d'avantage sur les expérimentations sonores du violoniste que sur le chanteur/guitariste, moins à l'aise. L'effet du micro vintage ne suffit pas à masquer un accent américain un peu douteux. Sans quoi ils seraient les dignes disciples des Left Lane Cruiser.
Le duo fonctionne bien, l'énergie est communicative, les King Biscuit attirent largement la sympathie du public. On garde cependant quelques réserves sur leurs fins peu carrées et leurs expérimentations qui paraissent de temps en temps brouillon. Le talent est sans conteste, il manquerait ce petit quelque chose pour que la musique décolle. Peut-être une batterie ?

Bon. Et puis les Texans arrivent, et quand les Texans arrivent, on sait tout de suite que ce sont eux, les vrais bluesmen.
Israel Nash a tout du groupe de rock sudiste : le chanteur à la grosse barbe et aux cheveux longs (esprit ZZ Top), l'armée de Gibson, des slides au bottleneck dans tous les sens et l'un des musiciens, Eric Swanson, est même préposé à la pedal steel. Autant dire que leur musique sent bon les US. Les titres nous plongent aisément dans un univers planant, pas loin de Lynyrd Skynyrd. Et cet univers, ils l'ont façonné dans un studio home-made au beau milieu d'un ranch pommé à Dipping Springs, Texas. Pas de technologies modernes d'enregistrement, Israel Nash veut sonner comme les vieux de la vieille, assumant le côté rétro.
Strangers et
LA Lately, titres tirés du dernier album
Silver Season, offrent de beaux moments de plénitude. Ils interprètent également plusieurs morceaux de l'album
Rain Plans, aux accents 70s. Israel Nash ne cache pas ses influences : Neil Young évidemment, Van Morrison du côté des ballades, et du côté rock : Creedance Clearwater Revival, Led Zepplin, Hendrix.

Tout cela dessine un blues très riche et travaillé. Le chanteur barbu est porté par quatre musiciens (Josh Fleischmann à la batterie, Joey et Aaron McClellan à la guitare et à la basse respectivement, Eric Swanson à la Pedal Steel) qui sont à ses côtés depuis la tournée de l'album
Barn Doors, en 2011. On aime lorsque les refrains sont doublés par deux voire trois voix. Dommage qu'Israël Nash, voûté tel Neil Young derrière sa crinière, nous tourne souvent le dos pour un face à face avec le batteur.
Les musiciens s'en donnent à cœur joie à la Maroquinerie, dans la ville de « l'amouw », pour le jour de « l'amouw ». Et les mélodies tranquilles du sud des États-Unis nous font passer une belle soirée.