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Geneva
China Bears
Pelts

Glasgow, King Tut's Wah Wah Hut - 4 février 2020

Live-report par Laetitia Mavrel

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Qui aurait cru qu'après vingt-trois ans rien n'ait atténué l'émotion ressentie lors d'un concert de Geneva ? Pour celles et ceux qui ont eu la chance de voir le groupe à leurs débuts dès 1997, ce qui est resté gravé dans les mémoires est la voix extraordinaire d'Andrew Montgomery, tellement atypique à l'époque où régnaient les dandys susurrants tels Brett Anderson et Jarvis Cocker. Cette dernière accompagnée d'une pop-rock toute en douceur et en riff bien léchés à la fois, menée par cinq jeunes écossais au look plutôt réservé mais peu timorés une fois sur scène, nous avaient alors pleinement convaincus.
La débandade de leur maison de disque et le torpillage malheureux du second album Weather Underground en 2000 ont littéralement coulé Geneva, qui ont eu besoin de prendre du recul pour se préserver.

Le break a été long, néanmoins ses membres (sans le second guitariste Stuart Evans) ont acquis tout du long la maturité nécessaire pour envisager sereinement une reformation, affirmant durant tout ce temps leurs talents de musiciens. C'est surtout un réel appel des fans qui ne les ont jamais quittés grâce notamment aux réseaux sociaux qui a fini par les convaincre de revenir.

Après une petite série d'apparitions au festival Summer Of Britpop organisé par le Star Shaped Club en Angleterre l'an passé, Geneva se sont enfin donné une véritable chance. C'est donc la première fois depuis 20 ans que le groupe assure trois concerts en tête d'affiche à Brighton, Londres et Glasgow. Quoi de mieux que de s'y produire au mythique King Tut's Wah Wah Hut en Écosse, club aussi prestigieux qu'accueillant, au passage titré par la radio BBC 1 comme la meilleure salle de concert de tout le Royaume-Uni.

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En amont, nous ont été présentés les China Bears, quatuor de Bridgewater formé en 2015 par les jumeaux Ivan et Frazer. Leur son est un rock aux résonances douces, aux mélodies flirtant avec la pop mais toujours accentuées de cette guitare qui domine lors des refrains en donnant ainsi la touche indé et pêchue nécessaire.
Leur premier EP I'Ve Never Met Anyone Like You est sorti l'été dernier, ses cinq titres ont été joués et certain d'entre eux comme le très bon Stay For Good nous rappellent le meilleur (loin malheureusement) d'un Catfish and The Bottlemen et nous laissent envisager un bel avenir pour eux.

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Le second groupe de la soirée nous vient de la scène locale de Glasgow, avec Pelts. Chez cette formation plus mature que les China Bears, le son est ici plus feutré, les deux guitares rock roots flirtant aisément avec le blues, et le duo de voix féminin - masculin rendent le résultat efficace. Les titres nous évoquent du Nick Cave, en particulier ses collaborations avec PJ Harvey dont la voix de la chanteuse douce mais affirmée se rapproche un peu. L'influence américaine blues rock est présente, et donne au tout un mélange bien appréciable. Leurs singles sont déjà en écoute sur les plateformes de streaming.

Cette troisième soirée du mini-tour de Geneva affiche évidement complète. Dans une ambiance très bienveillante car beaucoup d'amis et de membres de la famille sont présents, le groupe, comme cela a été le cas à Londres et à Brighton, va proposer une setlist très intéressante car de moitié composée de nombreuses b-sides présentes sur les rééditions des deux albums et d'inédits.

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Dans un halo bleuté électrique, Andrew Montgomery nous replonge dans son univers rock lyrique en interprétant de façon aussi puissante et émouvante qu'autrefois les meilleurs titres de Further et Weather Underground. Le concert va crescendo, le set s'ouvrant sur les trop rares What You Shrink Says et Museum Mile, ce dernier étant une des perles du second album qui rappelons le n'a quasiment jamais été interprété sur scène. On sent ici une réelle satisfaction à nous livrer enfin ce qui a été le fruit d'un long travail éprouvant car la production de ce deuxième disque ne s'est pas faite sans douleur.
Promised Land, première nouvelle composition du groupe, entame aussi les festivités et tend à nous rappeler que Geneva n'est pas un groupe qui va se complaire dans la nostalgie. Ce titre est percutant, sonne très moderne et le chant est toujours impeccable malgré les années écoulées.

L'alternance entre titres très doux tels The God Of Sleep et Amnesia Valley et d'autres morceaux bien plus dynamiques comme Temporary Wings et Killing Stars est très judicieuse. Le rythme ne s'essouffle jamais, et le public s'en donne à cœur joie en bondissant aux rythmes des riffs fiévreux de la guitare de Steven Dora et de la ligne de basse toujours entêtante de Keith Graham. Aux fûts, Douglas Caskie l'imperturbable veille lui à ne jamais réduire la cadence.
Vient alors le meilleur titre de ce qui a été l'album de la révélation avec Further qui reste aujourd'hui le morceau le plus emblématique du groupe, où la voix d'Andrew atteint des sommets de précision en vous touchant profondément. Rares sont les artistes à maitriser ainsi leur organe dans le registre du rock britannique, soulignons-le.

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Un nouvel inédit nous est dévoilé avec Are You Where It Ends qui ancre le son du groupe dans un répertoire définitivement plus rock et prouve, comme il a été dit par Geneva lors de notre interview, que leurs influences et leur musicalité ne sont jamais passées de mode, ces derniers n'ayant jamais perdu pied avec les évolutions du rock actuel. Décomplexés, assumant complètement cette mauvaise passe qu'ils ont traversé, le groupe en ressort littéralement plus fort.

Vient enfin l'enchainement à nous clouer sur place avec No-One Speaks, Into The Blue et le mythique Tranquilizer où toutes les paroles sont reprises en chœur par le public et où Andrew Montgomery laisse les fans chanter à gorge déployée, ému lui aussi par cette belle ferveur.

Un petit rappel s'impose et non des moindres avec une dernière b-side, Vostok. Un morceau où Andrew interprète le premier couplet a capella, sans micro, face à un auditoire envouté, l'émotion est à son comble. Enfin, le set se termine avec le très cosmique et planant de par son excellente ligne de basse en intro Have You Seen The Horizon Lately, où malgré une voix surmenée et un effort pour la ménager le long du set, Andrew se lâche alors dans les aigües terminant ainsi de nous éblouir par ses capacités vocales.

De nombreux remerciements et une promesse de revenir clôturent le concert et l'ambiance chaleureuse perdure avec le groupe qui se plie à la dédicace au stand du merchandising. Des embrassades et quelques pintes sont alors partagées avec Geneva qui a conscience que ses fans n'ont pas si facilement tiré un trait sur eux. Pour un groupe en pleine phase de réflexion quant à la suite des évènements, ces trois concerts ont marqué un retour gagnant et récompensent ainsi l'honnêteté, la persévérance et l'amitié infaillible de musiciens qui méritent définitivement de revenir sous la lumière.
setlist
    What Your Shrink Says
    Feel The Joy
    Promised Land
    Museum Mile
    Temporary Wings
    Killing Stars
    Amnesia Valley
    The God Of Sleep
    When You Close Your Eyes
    Nature's Whore
    Further
    Are You Where It Ends
    No-One Speaks
    Into The Blue
    Tranquilizer
    ---
    Vostok
    Have You Seen The Horizon Lately
photos du concert
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