Connaissez-vous Ryan Ashley Melbourne-Hurley, alias RY-GUY, et sa pop arty teintée de soul et de psychédélisme, venue tout droit de South London, terre promise des artistes hybrides et aventureux ? Si vous aimez l'élégance soul de L.A. Salami, la décontraction malicieuse de Dean Blunt, le cool de Bakar ou simplement l'énergie de Wu-Lu, vous allez adorer RY-GUY. S'il n'affiche encore que quelques centaines d'auditeurs mensuels sur les plateformes de streaming, cette anomalie devrait vite être réparée par les quinze minutes de like a river, tant son irrésistible talent en éclabousse chaque seconde.
Titre le plus immédiatement efficace du disque, Dunja aborde la résilience des femmes issues de minorités ethniques face à l'oppression masculine, à la violence et au patriarcat (« I am through with all those western views, look what they put you through »). Un morceau lumineux et déterminé, parfait pour vos playlists de printemps, aussi léger que politique. Change Is Gonna Come, « thriller soul » en forme de clin d'œil au classique de Sam Cooke (A Change Is Gonna Come, 1964), s'attaque au sujet délicat de l'euthanasie avec un relâchement suave et un sens évident de la mélodie. Deux petits classiques instantanés.
Avec son flow traînant et son riff de guitare saturée, Push Me In The Water montre une autre facette de RY-GUY grâce à sa manière très souple de faire cohabiter indie-pop et soul sans hiérarchie. Sa technique impressionne, la voix flotte, retombe puis repart, avant qu'Oil In My Hair ne referme l'EP dans un registre plus intime avec un duo vocal féminin-masculin tout en délicatesse.
Si sa musique semble couler de source, le bagage du monsieur est solide. Formation classique au piano, immersion dans la soul des maîtres, d'Otis Redding à Jimi Hendrix pour le versant psychédélique, et culture soundsystem caribéenne liée à ses origines guyanaises et barbadiennes, RY-GUY a digéré ces influences pour en tirer une formule personnelle, diverse et déjà étonnamment intemporelle.
Dans un monde parfait, Ryan Ashley Melbourne-Hurley serait promis à un avenir doré. Mais entre absence de label, loi des algorithmes et troisième guerre mondiale, on ne peut plus être certain de rien, mon bon monsieur. Alors autant profiter du moment présent et consacrer vos quinze prochaines minutes à l'écoute de like a river. Et puis recommencer.