Deux ans après la séparation du groupe indie pop The Magic Gang, Jack Kaye, l'un de ses quatre membres, présente son premier EP en solo. Si les deux albums de son groupe étaient aussi sympathiques qu'arrivés au bon moment, les commentaires annonçant des harmonies aussi riches que les Beach Boys et le fameux "renouveau rock depuis les Strokes" que la presse anglaise aime distribuer tous les deux mois étaient peut-être un peu anticipés...
L'EP s'ouvre sur Dora, une balade bien composée quoiqu'un peu trop longue, dont la mélodie déjà vaguement entendue n'est troublée par aucun élément. De la britpop on ne peut plus classique, où tout semble rouler, pourquoi pas. Suit ensuite The Weight, où basse et guitare acoustique marquent les accords pendant que la batterie s'occupe du rythme binaire. Un son plus original, entre synthétiseur et guitare fantomatique, dessine une courte mélodie sur l'intro, avant que la voix de Jack Kaye, avec ce petit grain pouvant faire penser au Mark Hollis des débuts de Talk Talk, ne vienne apporter un peu de vie. La chanson est bonne en soi, l'arrangement minimaliste harmonise bien l'ensemble, le son est propre... mais cette fois, ça prend beaucoup moins. Tout semble tellement lisse et retenu que le soufflé retombe.
Ce n'est jamais une bonne chose de parler de ce que les propositions artistiques auraient pu être plutôt que de ce qu'elles sont, mais l'avantage de la musique, c'est qu'elle peut évoluer une fois en concert. Alors, espérons que l'énergie du live fasse un peu remonter le tempo, parce que ça manque clairement d'entrain. Lançons la troisième piste, If I Needed Love : dès la première seconde, guitare et basse marquent les accords pendant que la batterie s'occupe du rythme... et ce tempo !
Et puis, le pire finit par arriver : une formule. Déjà. La basse sur le temps, la batterie étouffée dans une retenue lassante, une guitare acoustique pour couvrir le fond du spectre sonore, un motif mélodique puis une contre-mélodie, un piano ou un orgue qui arrive sur la fin pour donner un petit pep's sur le dernier refrain, quelques arrangements ici et là... Bien sûr, toutes les musiques ne sont pas faites pour bouleverser ou retourner la table, mais une telle banalité au vu du potentiel bien présent confine carrément au gâchis. Là où son groupe pouvait se rapprocher, à une distance raisonnable, de The Libertines, cet EP aurait du mal à rivaliser même aux chansons les plus simplistes du groupe de Pete Doherty, qui, ici un son de guitare, ici une batterie s'excitant, là une voix aux accents inattendus, ont toujours un petit grain de folie pour esquiver les attentes, et, surtout, sentir la vie battre de l'autre côté de l'enceinte.
Ce constat est aussi triste qu'incompréhensible : derrière les relatives platitudes musicales qu'il nous sert, on sent bien que se cachent des chansons qui n'attendent qu'à s'épanouir. La voix est agréable, tente quelques détours intéressants, comme sur If I Needed Love et son refrain franchement entêtant, les instruments sont bien joués, les mélodies malines... Mais la sauce a du mal à prendre. La maitrise se transforme en ennui poli, comme si la retenue était l'apanage des auteurs. Tous ces éléments rendent vite l'EP lassant, et l'absence de débordement finit par introduire l'absence de nécessité.
Les chansons, au demeurant troussées avec soin, peuvent faire penser qu'un avenir est toujours envisageable pour Jack Kaye, mais en l'état, si lui ne compte pas se mouiller un peu plus, ses prochaines productions risquent d'être des douches froides. Un EP énervant, tant il donne autant envie d'écouter la suite que de ne plus écouter ces chansons sous cette forme.