Chronique Album
Date de sortie : 18.09.2026
Label : Nice Guys
Publié par
François-Xavier Espiau, le 17 septembre 2026
Les anglais du Kent, Tokyo Tea Room, explorent avec leur second album Feel Forever le thème le plus universel qui soit : l’amour. Leur ville natale de Margate au sud-est de l’Angleterre a été un moteur propice à leur rêveries oniriques et feutrées pour aborder ce nouvel opus, toujours difficile à appréhender tant l’attente est souvent grande. Le groupe emmené par Daniel James Elliott rend ses lettres de noblesse à la dream pop, genre trop souvent galvaudé et détourné de ses origines et surtout quelque peu oublié depuis quelques années – le post-punk raflant la mise.
D’entrée, on est saisi par le titre Hypnotised qui incite à se laisser dériver le temps de dix titres sans emphase laborieuse ou pénible. Au mi-temps de celui-ci, c’est même un changement d’ambiance sonore qui nous procure le sentiment d’être au plus proche du groupe et de sa musique, dans leur home studio à l’atmosphère étouffée. Le ton est donné pour la suite : cela sera à la fois intime, personnel et dans le même temps parfaitement universel.
En terrain alors familier, les titres s’enchaînent naturellement pour nous raconter une histoire simple de musique et la chanteuse Beth Dunn qui porte un prénom illustre dans le monde du trip-hop, mais avec son timbre bien à elle, ajoute sa voix à cette lancinante torpeur. Entre claviers synthétiques très marqués et batterie à la régularité métronomique du jazz, il est même possible de trouver certaines similitudes avec Daft Punk sur les titres You're Mine et Temporary Love et cela n’est finalement pas étonnant, car ils ont manié eux aussi, bien avant, l’art de la mixité musicale.
Les orchestrations sont subtiles et trompeuses, comme dans Last Time, où le mélange des genres perturbe nos repères sensoriels musicaux : trente années de musicalité se retrouvent condensées en moins de trois minutes. Entre électro et dream pop, la boucle est bouclée. Pour compléter, si l’amour est le fil rouge de ce cheminement, il est bien disséqué au travers des titres des morceaux et résument à eux seuls des étapes d’une relation amoureuse (Feeling High, All Night , Leave You, Last Time...) et c’est à la fois simple et terrible : réduire à quelques mots les sentiments et les situations d’une vie sentimentale. Universel.
Regardant vers un passé révolu tout autant que vers l’avenir, où la dualité de la ville de Margate, ses vestiges victoriens et sa vitalité de la vie artistique, a irrigué et influencé l’album, on peut se sentir décontenancé par une forme de linéarité à la première écoute, mais il n’en est rien. Se dévoilent conjointement, patiemment, une mélancolie soyeuse et des claviers lumineux terriblement contemporains, mais seulement à celles et ceux qui prennent le temps de rentrer dans ce voyage onirique, idéalement le soir à la nuit tombée, en voiture le long d’un bord de mer. Les arrangements délicats confèrent à l’ensemble une belle surprise en cette pré-dépression automnale à venir...