Geordie Greep nous avait pris un peu par surprise en annonçant la fin de black midi, un groupe inventif et fou qui se sera sabordé après trois albums impeccables, ou l'art de laisser derrière soi une discographie parfaite. Rapidement la curiosité avait pris le pas sur l'amertume avec l'annonce d'un premier disque solo.
New Sound a été pour moi l'un des albums marquants de 2024, de ceux aux inspirations variées qui m'emmènent dans un univers dont je n'ai pas l'habitude. Au mauvais endroit au mauvais moment, j'avais raté son passage en décembre 2024, le
compte rendu de mes collègues n'avait fait qu'augmenter ma frustration. Dix-huit mois plus tard, il était temps d'y remédier.
La canicule est en avance cette année, il fait très, très chaud, les RER tombent comme des mouches et c'est en retard que j'arrive au Trabendo, ratant le début du set de
Parsa Sabet. L'artiste né en Iran a grandi en Malaisie avant de s'installer en France. D'une certaine manière, ça s'entend dans sa musique aux références larges qui vont du rock à la pop et au RnB un peu cringe, en passant par la bossa et la musique moyen-orientale. Il porte un casque pour suivre les parties électroniques lancées depuis sa machine, joue de la guitare, et chante. Il est accompagné par un autre guitariste au look de métalleux aux leads très mélodiques. La richesse musicale contraste avec le minimalisme du dispositif scénique. Son énergie est communicative et sur
Valery, un titre que même son père écoute, la salle est conquise et danse en rythme.
Entre les deux groupes, la fontaine à eau du Trabendo fonctionne à plein régime, parce que ce n'est pas un petit Black Country, New Road dans la sono qui va rafraîchir les esprits.
20h40,
Geordie Greep et son groupe montent sur scène sur la BO disco kitch de
The Long Good Friday, sorti en 1980. Le chanteur lance son concert en demandant d'arrêter la musique, il est d'humeur taquine ce soir. C'est parti pour
Walk Up, un tour de chauffe de trois minutes pour permettre aux sept musiciens de se mettre en place : un batteur, un percussionniste, un guitariste, un bassiste, un contrebassiste/claviériste et vibraphoniste accompagnent le chanteur-guitariste. L'ambiance est déjà folle et psychédelique, mais ce n'est que le début. Les improvisations commencent vraiment sur
Terra : le morceau voit sa durée doublée par rapport à l'album et s'enrichit d'un solo de guitare, pendant lequel le groupe chante en choeur des « balabalap balabalap balabalap » qui me font penser à du Michel Legrand sous acide. Geordie en casse une corde de sa guitare, il semble pas mal se battre avec la technologie sur ce début de set ce qui lui fera dire qu'il est un « analog guy ».
Maintenant que tout le monde est bien chaud, le groupe peut attaquer
The New Sound, qui est aussi le nom de l'album et peut-être le but ultime du groupe. Le morceau se développe sur vingt minutes avec des sons de guitare très riches, entre roucoulement et texture disto. Geordie semble ainsi aussi bien explorer les mélodies et les harmonies que le son lui-même, et en live de surcroît. Bien que ce soit un instrumental, les musiciens semblent se parler par les notes jouées, le dialogue entre le batteur et le percussionniste est particulièrement impressionnant. Le public participe également en battant la mesure ou en démarrant un pogo dans la fosse lors d'une des nombreuses reprises du titre qui semble ne jamais vouloir finir.
Sur
Blues c'est la basse qui prend le dessus. Installé au centre de la scène avec Geordie, le bassiste semble être le copilote du show. Après
Through A War, Geordie improvise sur
Lovely Day de Bill Withers, qu'il présente comme une chanson qui lui ai venu la veille dans le taxi et qui l'obsède depuis.
As If Waltz oscille entre extrême douceur sur les parties de violoncelle et de vibraphone, avec un chant tout en retenue, et les grosses guitares qui portent la chanson vers un chaos apparent. La partie improvisée est particulièrement forte.
Sur presque trente minutes
Bongo Season continue de propulser la salle en orbite, le guitariste, quant à lui, est parti dans une sorte de transe, alors qu'il se lance dans une direction que le reste du groupe accompagne à sa manière dans une tangente relié par le rythme. Comme si ce n'était pas assez, ils enchaînent sur
Holy Holy, le « tube » de l'album aux 14 millions de streams sur Spotify. C'est le seul morceau annoncé par Geordie, et le seul à avoir son merchandising dédié [ndlr : une casquette noire avec
Holy Holy brodé en jaune]. La fosse en feu, une partie du public chante les paroles, une autre pogote, et le reste fond littéralement. Au bout de vignt-trois minutes, alors le morceau n'en dure que six sur l'album, le groupe ajoute le riff de
Take Me Out. Voilà déjà deux heures que le groupe est sur scène, est-ce un appel au secours ?
Le groupe n'a plus le temps de jouer
Motorbike et finit directement sur
The Magician. Il est 22h55, les lumières se rallument et la sono joue
Heal The World pour s'assurer que tout le monde parte très vite. Ce soir, l'ex-black midi s'est fait un nom, il s'appelle Geordie Greep !