chronique concert

Paris, Zénith - 8 novembre 2010

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Récemment signé sur le label franco-japonais Kitsuné, Is Tropical, groupe britannique comme son nom ne l’indique pas, se fait tranquillement une place au soleil.

 

SOV

 

Ces anglais de Londres, enchaînent les dates dans le monde, de Berlin à Tokyo et sont en train de se faire un nom au nord du tropique du cancer. En ce 8 Novembre 2010, veille de la commémoration de la disparition du Général de Gaulle et par un temps tout sauf estival, Is Tropical ouvre le bal de la dernière soirée du Festival des Inrockuptibles Black XS au Zénith de Paris. Cela a beau être un mini festival, jouer en tiers de première partie de LCD Soundsystem, voilà qui devrait leur porter chance !
De la chance, Is Tropical n’en a pas réellement besoin. Même si l’opportunisme régit de plus en plus le milieu du rock, les sons, l’aura et l’attitude de ces trois jeunes cyber-punks suffiront grandement à asseoir leur petit succès. Leur premier album devrait sortir début 2011 mais déjà nombre de clips vidéos et de footage tournent sur le réseau, animant les soirées « binge drinking » d’une génération fan de Skins.
Is Tropical ne fait pas que partager l’affiche avec leurs respectés aînés de LCD Soundsystem, ils ont, eux aussi, trouvé une certaine alchimie entre instruments classiques électriques et machines électroniques. Certains titres sonnent même comme la relève d’anciens disparus tels les Butholes Surfers ou, plus sacralisant encore, les légendaires Suicidal Tendencies s’ils avaient connu les machines qui transforment trois musiciens en fouteurs de boxon organisé ! Le « boxon », ça l’était lundi soir au Zénith. Problèmes techniques d’entrée de jeu pour Is Tropical, son Zénithal légendairement mauvais – ne changeons rien surtout – et prestation chèrement tarifée devant une salle à moitié vide ! De quoi en refroidir plus d’un…
Un grand bravo donc aux trois trashers d’Is Tropical portant la capuche et le cheveux très long, pour s’en être vaillamment sortis et avoir tout de même fait bouger le peu de public présent, à peine réchauffé d’une température extérieure difficilement positive. On attend une autre date dans un autre lieu avec impatience.

 

SOV

 

Comme son nom ne l’indique pas non plus, Jamaica est une formation française couvée par Xavier de Rosnay, du binôme Justice. Souvent encensé pour un premier album, parfait pour la FM, reconnaissons-le, le set du groupe laisse un Zénith se remplissant très difficilement, de marbre. I Think I Like U2 est pourtant un titre plus qu’honnête circulant à grande vitesse sur les ondes radios mais qui, ce soir, se prend la rambarde de sécurité pour aller se crasher on ne sait où, entre les centaines de sièges vides et les murs d’enceintes crépitant du Zénith... un tel son dans une salle si renommée qui ne se gène ni pour pratiquer des tarifs toujours plus hauts ni pour proposer la bière toujours plus chère... à 4,5€. Quant au Twix, il revient carrément à 3,5€ !
Mais si je dérape et dérive du sujet, c'est que volontairement je me dirige vers le bar après seulement quelques titres de Jamaica, pas du tout convaincu, ni par leurs chansons, ni par leur mise en scène qui affiche leur nom sur des panneaux d’un mètre de haut posés au sol et éclairés par une lumière rouge dégradée, occupant toute la largeur de la scène. On se croirait à un concert de Yannick Noah ! Ce même Yannick Noah ayant dit un jour : « C’est en moi, c’est en toi, Jamaica tu danses en Africa ».
Lorsqu'ils attaquent Jericho, un de leurs titres phares, je vacille et m’étouffe avec mon Twix de chez Fauchon. Piller le riff de Sweet Jane à ce point là sans en parler à Lou Reed devrait être puni par Hadopi ! Seule leur prestation de musiciens requiert le respect : c’est propre et ils ont l’air d’y croire.

 

SOV

 

Avec un nom pareil, difficile de croire que The Bewitched Hands, armada de musiciens typés façon country américaine, est française. Un patronyme pareil ramène plutôt aux doux souvenirs de groupes tels les Electric Prunes, formation déjantée qui mêlait, de façon inquiétante, psyché-rock, drogues acides et chansons emplies d’hallucinations collectives !
A première vue et si l’on veut bien admettre que parfois, l’habit et la barbe font les moines, la formation Rémoise, pratiquement aussi nombreuse sur scène qu’Arcade Fire, arbore plus un look de Supertramp à ses débuts que celui des groupes de la fin des années soixante ! Barbes de six mois, casquettes de base-ball et chemises à carreaux, rien n’est épargné à un public pourtant acquis à leur cause. Le second guitariste, également chanteur, en est même un cliché avec ses cheveux au bas du dos et son ventre rebondi sur un tshirt trop large... et pourtant il n’a pas vingt ans.

Leur premier album, Birds And Drums, affichant une pochette plutôt réussie venant juste d’atterrir dans les bacs, The Bewitched Hands est un de ces jolis secrets que les amateurs de pop écoutent en boucle en solitaire, appréciant la générosité mélodique, la liberté des chœurs en sucre glace dans des chansons qui pourraient vite vous coller un sourire un peu idiot sur le visage.
Nonchalantes et parfois lumineuses, elles semblent sortir des chemins de traverses dans une Amérique rêvée que l’on traverserait en bus en écoutant Herman Dune, Cerberus Shoal et Electric light Orchestra en guise de bande-son. Dire qu’à ses débuts et encore aujourd’hui, le groupe revendiquait le nom de The Bewitched Hands Of The Top Of Our Heads ; de quoi rendre fou le graphiste de la pochette et du merchandising !
Il y a chez ceux qu’on s’autorisera désormais à appeler les Bewitched, un peu de Supergrass, un peu de Super Furry Animals, un peu des Boo Radleys et pas mal de joie. Dans une salle toujours loin d’être remplie, les problèmes de son du Zénith me désespèrent et je vais me chercher un autre verre...

 

SOV

 

A 22h, le groupe star du festival à la programmation un peu poussive cette année entre sur scène sous une ovation joyeuse d’une salle toujours peu remplie mais dont la clameur cache la misère. Les lumières s’éteignent et, cela devient une habitude, cette année tout du moins, I’m Not In Love de 10 CC joue en prologue dans les enceintes décidément catastrophiques du Zénith. De là à penser que James Murphy est fan de ce groupe il y a un pas que nous franchirons avec un plaisir malicieux. Quizz du jour : pourquoi les 10 CC ont ils choisi ce nom ? 10 centimètres cubes, c’est le volume maximum qu’un homme peut éjaculer ! À partir de là, le show peut démarrer et James Murphy de prouver que, malgré ses quarante années passées, il en a encore sous la casquette et le pied...
Nerveux, pointilleux et ultra sexy, le set de LCD Soundsytem est une performance d’electro-rock torride planant bien au-dessus de la mêlée chargée du secteur d’activité « I play electro rock with machines ». Son furieux, morceaux extatiques piochés dans le dernier et magnifique This Is Happening et titres déjà classiques (Daft Punk Is Playing at My House, Tribulations) ; la troupe d’énervés de Murphy chante, tape, secoue, et, en ce lundi soir glacial, n’aurait aucun mal à faire changer d’avis un Bob Geldorf pour le forcer à chanter « Tell me why i do like Monday » !
Mais, à peine James a-t-il empoigné son micro carré emprunté à Sinatra, que les enceintes crépitent, crachotent et écrêtent encore et encore, malgré l’attention de l’ingénieur du son qu’on devine bouillant de rage devant une telle machinerie dont on dit et écrit depuis des années qu’elle sonne d’une façon désastreuse. Le respect en est encore plus grand de voir et d’entendre Nancy, Phil, Al, Pat et James jouer comme si de rien n’était et contrebalancer les problèmes techniques par une énergie scénique unique et ubique. Magique !

La rumeur veut que ce soit le tourneur qui ait empêché LCD Soundsystem de battre le rappel qui grondait en fin de concert, une horloge immense en arrière scène égrenant les minutes pour un compte à rebours stoppant à 23h15... quels que soient les cris d'un public passablement remontée par une salle froide et un son trop fort ou grésillant. « Zénith I love you, but you’re bringing me down » !
Olivier Kalousdian, 10 novembre 2010

setlist
Non disponible
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