Chic ! Samedi soir, on est invité à aller danser en écoutant Nathan Fake. Et surprise, ce n'est pas à une heure du matin au Rex Club, mais bien à 21 heures à la Gaîté Lyrique. Forcément, à cette heure le public est encore bien sage et, pour le mettre en mouvement, le Britannique ne compte visiblement pas sur son sens de la harangue. Penché sur ses machines, il ne quittera presque jamais des yeux son ordinateur. On savait que Nathan Fake n'était pas le plus grand des showmen et il ne cherche à aucun moment à forcer sa nature.

Il faut dire qu'il a de quoi laisser la vedette à son dispositif avec les trente-six écrans recouvrant les quatre côtés de la salle. La première impression est saisissante. Les images nous entourent, le son aussi, et
Caldera, extrait de son excellent nouvel EP à paraître fin octobre, ouvre un set dont on ignore encore où il nous emmène.
Yucon et
Aiwa prolongent cette entrée atmosphérique. On regarde partout, on écoute avec attention, mais la salle, elle, ne bouge guère. Passé l'effet spectaculaire du dispositif, un doute s'installe : allons-nous danser ce soir ou simplement assister, debout, à une très belle exposition d'art numérique ?
Nathan Fake ne paraît pas pressé de répondre. Sa sélection prend le temps de circuler entre les périodes de sa carrière, sans suivre un parcours chronologique ni dérouler le programme promotionnel d'
Evaporator : quatre titres seulement en sont issus.
Vimana,
HoursDaysMonthsSeasons et
Degreelessness dessinent peu à peu un trajet plus ample. Même
The Sky Was Pink, passage presque obligé après plus de vingt ans, ne vient pas réclamer son moment de triomphe. Il s'insère dans le mouvement du set.

Puis survient une longue interruption technique. De quoi rompre le charme, pourrait-on croire. Mais à la reprise,
Hypercube donne une autre impulsion à la soirée. Les rythmes se font plus insistants, les corps commencent à suivre. Avec
Amen 96, puis surtout
Stepping Stone et
Outhouse, la Gaîté Lyrique finit par se rappeler pourquoi nous étions venus ce samedi soir. On danse enfin, et l'on réalise que Nathan Fake nous y amenait depuis le début, boucle après boucle, sans jamais nous intimer de lever les bras.
Memory Hole vient refermer le concert en douceur, laissant la musique se dissoudre après cette dernière poussée. Nathan Fake n'aura presque pas adressé un mot au public. Il avait trente-six écrans pour attirer notre regard, mais sa plus belle réussite aura été de nous faire progressivement oublier de les regarder.