Chronique Album
Date de sortie : 02.10.2026
Label : BMG
Publié par
Emmanuel Stranadica, le 26 septembre 2026
C'est au rythme d'un album studio tous les quatre ans que Johnny Marr, bientôt soixante-trois ans, vient abreuver nos oreilles. Après l'album résolument electro Fever Dreams Pt1-4 de 2022, le mancunien est de retour avec son cinquième disque, The Age Of Everything. Derrière ce titre se cache son constat d'un monde submergé par la technologie mais paradoxalement avec également ce sentiment d'immenses possibilités grâce à celle-ci.
Sur scène, l'Anglais avait déjà commencé à distiller quelques extraits du disque, notamment lors de son passage à l'Elysée Montmartre à Paris il y a presque un an de cela, en octobre 2025. Ce concert très convaincant avait permis de découvrir trois nouvelles chansons. La vibrante Ophelia où les riffs de guitare trouvent une place de choix sur un rythme entrainant. Spin, premier simple extrait de The Age Of Everything et ouverture de l'album, conquérante avec un groove de basse puissant appuyé par les lignes de guitare de Johnny dans laquelle il exprime un tournoiement de choses qui vont trop vite : « Getting lost in the thoughts racing from behind. There's too much coming and too much time ». Et enfin It's Time, petite sœur musicale de Girl Afraid où l'on retrouve la patte et les arpèges du maestro. Il y a quelques mois de cela, son ex-compère de The Smiths lui répondait en démarrant son dernier album, Make-Up Is A Lie, avec You're Right, It's Time. Etonnante correspondance entre deux personnes qui ne se parlent plus, même si le hasard y est sans doute pour beaucoup.
Au-delà de ces trois chansons toutes parues en singles, Johnny Marr n'a pas tout dit, loin de là. En effet The Age Of Everything contient d'excellentes compositions telles que Beyond The Rain aux sonorités hispaniques, la poignante How Come qui, non sans rappeler certains passages de New Town Velocity, montre combien sa voix se positionne plus aisément dans les compositions. Car le Britannique, même s'il se retrouve souvent en guest à la guitare, notamment sur le dernier album de Gorillaz, a aussi pris la position de chanteur et il s'en sort très bien, n'en déplaise toujours à certains. Johnny Marr aime aussi par moments durcir le son de son instrument fétiche. Le tempo de In And Out Of Love rappelle une chanson figurant sur The Queen Is Dead, dans un style un peu plus musclé. That Feeling oscille entre rock et dub, avec des sonorités électriques lorgnant du côté de The Messenger, extrait de l'album du même nom. Enfin, on trouve également de petites perles où son indéniable talent de songwriter brille de tous ses feux. La superbe Just Once More, l'incandescente Fire With Fire, sans oublier la sombre et magnifique conclusion All In A Life.
Avec The Age Of Everything, Johnny Marr renoue avec le rock dans un disque joliment abouti. Terminé l'expérimentation electro audacieuse présente sur l'album précédent, les dix compositions regorgent ici de sons de guitare bien affutés dont l'Anglais a le secret. On lui pardonnera quelques « oh oh » un peu en trop, mais qui n'entachent en rien un album qui vaut sacrément le détour et qui enchantera notre fin d'année 2026.