chronique festival
Roskilde Festival
Roskilde,du 30 juin au 3 juillet 2011
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Jour deux et ça ne va pas vraiment mieux, sauf au niveau de la programmation où les têtes d’affiches s’égrènent petit à petit, avec les concerts attendus de Bright Eyes, The Raveonnettes, Portishead ou encore M.I.A.

Le dilemme Nicolas Jaar ou Bright Eyes de bon matin – à quatorze heures du matin pour être précis – a finalement eu raison du premier. Le café froid et les frites au réveil se marient avec merveille à l’americana de Conor Oberst. Et on l’y retrouve, engoncée dans cette glorieuse musicalité du folk-rock américain, paré d’un bon mélange de personnalité, d‘intimité et de force. Même si parfois, Oberst amalgame rock et puissance, et énergie et intensité, les chansons post I’m Wide Awake, It’s Morning bénéficient d’une agréable densité à laquelle s’ajoute le grain de sa voix soufflée. On ne sait jamais vraiment quelle frange de l’americana Conor Oberst souhaite incarner – entre le spectre du Boss et la contemporanéité d’un « Illinoise » - mais il parait aussi bien talentueux qu’irritant, par cette volonté de vouloir symboliser un héritage qu’il voudrait porter à lui seul.
S’il existait bien des prophètes en leur pays, il pourrait s’agir des Raveonnettes. Les deux danois sont pour ainsi dire des superstars du rock, et sont ainsi programmés sur la scène principale. Alors que Sharin Foo cristallise tous les focus internationaux du groupe, c’est bien Sune Rose Wagner qui semble être la figure des Raveonnettes au Danemark. Malgré quelques hésitations, et une coupure de courant dès le début du concert, les deux retrouvent leur aplomb avec un Love In The Trashcan bruitiste et électrisé. Les Raveonnettes en concert sont beaux à voir, représentant ce rock en noir et blanc, délivrant ce rock sous forme de western languissant et langoureux. Contrairement à la plupart des duos rock mixtes, la tension ne se nourrit pas de l’un vers l’autre, mais de l’un avec l’autre, une sorte de bestialité non pas humaine, mais fraternelle et instinctive. Leur univers contre le nôtre, leur esprit contre le vôtre. C’est un romantisme sombre, comme une filiation spectorienne, où se mélangent amour, désespoir et beauté formelle, sur fond de bruit et de saturation provoquant l’épure.

 

SOV

 

Un petit tour s’ensuit avec la prestation du duo hip-hop Atmosphere. Du rap appliqué et laid-back, aussi bien érudit que détaché. Slug, le MC, sait tout du moins tenir une salle, interagissant, interloquant ; son flow fluide et aiguisé a ainsi fait l’unanimité d’un public venu nombreux . Car face à eux se produisent notamment Mastodon, dont la présence sur scène s’est tout de suite fait remarquée. Son affreusement fort, rythmes effrénés, identité metal qui tranche avec l’ensemble de la programmation. Le metal progressif des américains divise le parc de Roskilde en deux, les autres s’étant empressés de se réfugier dans les bras chaleureux, et les pas de danse contagieux de Femi Kuti. La musique africaine s’introduit donc pour la première fois de cette édition dans le festival. Entraînant, marquée par un héritage fort, Femi Kuti s’agite et s’en donne à cœur joie de faire danser ce public scandinave qui ne demande pourtant que ça.
Petit passage dans la toute nouvelle salle fermée de Gloria, où se produit How To Dress Well (Tom Krell), un des chouchous de Pitchfork. Une première impression convoquant un certain kitsch à un sens artistique maniéré pouvant agacer, mais Krell parvient à poser ses bases et à nous convier dans son univers fait de synth-pop, d’ambiant et de Prince. Sa voix en falsetto emplit l’espace laissant se dissiper cette détresse presqu’indécente, une souffrance fataliste, mais diffuse et redistribuée, comme élément indispensable de la vie.

 

SOV

 

Sans le vouloir, Tom Krell offre une excellente introduction à la tête d’affiche principale de Roskilde : Portishead. Il y avait une appréhension évidente, mais dès les premières notes de Sour Times retentissant, tout doute se voit effacé pour laisser place au plus beau concert du festival – cela même s’il reste encore deux jours. Mortifiant, envoûtant, sans compromis, le concert de Portishead approche le sans-fautes, grâce à une Beth Gibbons à l’attrait fatal, nous plongeant dans ses profondeurs avec une justesse et une finesse incomparable. Que ce soit la radicalité des chansons de Third, ou l’incendie magnifié de Dummy, Gibbons trésaille, souffle, susurre, déclame avec une grâce sans égale. Geoff Barrow y est également pour beaucoup, gardant autant que possible cette voix en lévitation, avant de la triturer, la maltraiter, l’ensevelir à coups de boîtes à rythmes fracassantes, ou de nappes noisy insondables. Rares sont les groupes à pouvoir prétendre happer un si grand public avec aussi peu de compromis. Portishead sont de ceux-là.

 

SOV

 

Vient le tour de M.I.A. de prendre la relève. Bien qu’à mille lieux de l’intemporalité de Portishead, la musique et le son très concret de l'anglaise sont probablement parmi ce qui s’est fait de mieux au cours de cette dernière décennie. Et sur scène, M.I.A. ne déçoit pas. Avec un spectacle constant, et une proximité avec son public inégalable, c'est une énergumène. Les fans d’Iron Maiden qui auront lu mon compte-rendu de la journée d’hier auront droit à mes plus sincères excuses, car la video d’introduction de cinq minutes présentant les différentes divinités hindouistes remporte finalement le titre du « WTF » de Roskilde.
M.I.A. ne recule devant rien, et ne se prive de rien, poussant les boucles agressives de ses chansons jusqu’à abstraction, se donnant corps et âme pour transformer la fosse de la scène Orange en dancefloor géant. Elle harangue et provoque, joue de son image et de son rôle (intronisation sur scène accompagnée de pseudos-paparazzis, détournements de panneaux diffamatoires envers elle-même...). Grande prêtresse d’un jusqu’au-boutisme qui peut rebuter, M.I.A. est tout de même – et ne l’oublions pas – une artiste formidable. Qu’il s’agisse de Bucky Done Gun, Boys ou le désormais hymne Paper Planes, il n’en fallait pas plus pour enchanter n'importe quel public. Pourtant, M.I.A. aime aller encore plus loin.

Il est de nouveau six heures du matin, et demain je vous raconterai mes aventures avec The Tallest Man On Earth, TV On The Radio, Arctic Monkeys et les Strokes. Vi ses !
Kris, 2 juillet 2011

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