Après plusieurs singles s'essayant à des genres différents (R'n'B, reggae, pop…), Master Peace a déboulé en 2024 dans le paysage britannique avec un explosif premier album à l'énergie punk, lumineux et gorgé d'une vitalité adolescente débordante. Pour son retour dans les bacs deux ans plus tard, un EP salué et une première partie de Franz Ferdinand dans sa valise, changement de style : il garde son approche hybride, mais avec cette fois une emphase particulière sur le R'n'B.
Mélanger les genres est à double tranchant, le résultat peut soit réunir tout le monde, soit se mettre à dos les puristes et ne convaincre que ceux qui « d'habitude n'aiment pas, mais là oui ». Divulgâchons tout de suite le résultat de ce if i don't love you, who will ? : avec son bagout imparable, il saura réunir tout le monde et pourrait même finir par convaincre les plus réticents.
Comme le précédent, il y a une énergie juvénile contagieuse dans cet album, mais en deux ans, nous sommes passés du lycée à l'université, toujours avec le même bouillonnement, mais plus canalisé, moins exubérant, partagé avec des personnes d'horizons encore plus différents. La section rythmique a une place prépondérante dans tout le déroulé de l'album, avec une basse relâchée et juteuse à souhait, guidée par des beats hip-hop secs, éclipsant des guitares qui ont remplacé les fuzz et distorsions précédentes pour des chorus et spring reverb. Le son est puissant et enveloppant, toujours en mouvement, dégageant une chaleur qui invite à le suivre, bien que manquant un poil de dynamisme à cause de sa compression constante.
Alliant l'approche funky du rap californien ensoleillé avec la pop sautillante des groupes trustant les lecteurs mp3 de poche des années 2000, le petit prodige s'approprie tout ce qu'il touche. En ces temps d'IA voleuses d'âmes recrachant des collages que, par définition, elle ne comprend pas, sentir cette diversité passer dans un filtre humain est d'autant plus rafraichissant et à même de connecter les inspirations autant que les êtres. On pourrait par exemple entendre des B.O entières de jeux de skate de l'ère PS2 dans des chansons comme falling in love with your friends ou never moved on ?, ou une séquence de pool-party dans un un teenage movie américain avec back at me. Passé la surprise du virage stylistique, les mélodies vocales se révèlent être solides, évidentes sans être simples et s'insérant parfaitement dans la zone du cerveau qui aime changer la déco régulièrement, mais en restant dans un endroit que l'on connait.
Généreux, rigolard et accueillant, Peace Okezie chante avec le taux de relaxation du gars le plus cool de la fac, qui, en plus, est autant copain avec les punks que les danseurs urbains et les littéraires fumeurs de substances diverses et variées. Pour preuve, les trois featurings venus d'univers différents : Thomas Day et sa pop-folk, Diamond Cafe et ses synthétiseurs groovy, Muni Long avec ses vibes de R'n'B classique.
À peine pourrait-on être décontenancé par un changement trop brutal par rapport à la musique qu'il nous proposait il y a de ça encore un an, ou par une compression générale du son peut-être fatigante à la longue, mais si on accepte de se laisser guider, c'est un nouvel univers plus accueillant que prévu qui pourrait s'ouvrir à nous. Dix chansons au groove ravageur immédiatement engageant.
tracklisting
01. SAVE YOUR LOVE XX
02. NEW BOYFRIEND
03. FALLING IN LOVE WITH YOUR FRIENDS
04. BACK AT ME
05. ACT LIKE YOU KNOW (FEAT. MUNI LONG)
06. LOVE HATE (FEAT. THOMAS DAY)
07. STAY ON ME ! (FEAT. DIAMOND CAFE)
08. ONE OF ONE
09. SUCKER PUNCH !
10. NEVER MOVED ON ?
titres conseillés
falling in love with your friends, Love Hate (feat Thomas Day), ONE of ONE