Est-ce que vous connaissez Adwaith ? Peut-être, sans doute et sûrement le meilleur groupe de rock du Pays de Galles sur les dix dernières années, porte-étendard avec Gruff Rhys et ses animaux poilus du chant en langue galloise, et double vainqueur du Welsh Music Prize pour leur premier et deuxième album. Ce dernier intitulé Bato Mato qui, si on en croit mes goûts extrêmement sûrs en matière de rock n'roll, était le meilleur album de l'année 2022 devant Yard Act et Fontaines D.C.. Bref, un groupe légendaire au Pays de Galles et quasi-inconnu partout ailleurs et qui, à la suite de la parution de son troisième disque, Solas, a raccroché les baskets pour une durée indéterminée.
Et si je viens de vous écrire un paragraphe entier sur l'histoire d'Adwaith, c'est que le groupe désormais en pause était un trio signé chez Libertino Records (ndlr : le label de Gruff Rhys) et formé de Hollie Singer au chant/guitare, Heledd Owen à la batterie et Gwenllian Anthony à la basse et aux claviers. Gwenllian comme dans GWEN, car si les deux premières ont choisi de retourner à une vie plus calme et plus simple, l'ex-bassiste/claviériste du groupe a instantanément repris le flambeau et arrive un an seulement après la mise en stase du trio avec son premier album solo, évidemment chez Libertino Records.
Un album titré UMA, enregistré dans le studio personnel de l'expérimentateur gallois Tim Lewis (nom de scène Thighpaulsandra, dix ans aux claviers pour Spiritualized) et produit comme tous les albums d'Adwaith par Steffan Pringle, aussi producteur des HIMALAYAS. Même label, même producteur, un tiers du même groupe, et une artiste qui explique dans l'excellent making-of de son album (disponible sur YouTube) avoir voulu s'écarter d'Adwaith et vivre son chemin en solo, elle qui n'a connu depuis ses dix-sept ans que la vie d'artiste en trio gallois. Mais les habitudes ont la vie dure, et vous dire que ce premier album de GWEN n'est pas la suite spirituelle du dernier album d'Adwaith serait un énorme mensonge, au mieux une affirmation complètement délusionnelle.
A la différence près que cet album est un album de bassiste-claviériste, et ce n'est pas son introduction POP! qui dira le contraire. Ligne de basse saturée pour ouvrir, groove du démon, « fuck that I'm done » chante Gwenllian mais l'artiste n'en a clairement pas fini avec nous. Voix saturée et ligne de basse pour annoncer GOTH, transformée au cours de la chanson en une trame de voix aériennes empilées et brillantes guitares vaporeuses, en un mot Adwaith. Du Adwaith distordu, grésillant, plus électro, plus torturé, balançant comme dans les meilleurs moments de Solas, un troisième album qui on s'en rend compte maintenant imposait de manière croissante la patte de sa bassiste dans un groupe au bout du chemin.
Un chemin qui, par Achub Yr Iaith, nous rappelle avec son titre que, chez Libertino Records, on vise autant à faire de la musique qu'à « sauver le langage » gallois en lui apportant du soutien à l'export. Et UN, DAU, TRI! nous voici enfin à cette partie de l'album où je vais arrêter de vous saouler avec le nom d'Adwaith. Le un, deux, trois gallois marque l'entrée dans ce qui semble être l'univers personnel de GWEN et pousse les curseurs de l'électronique industrielle toujours plus loin. Une prod brute et minimaliste qui laisse place à la déflagration Tina Ar Y Crusher, et si Tina traîne dans le concasseur désormais nous aussi. Basse saturée signature, les synthés dégueulent des murs, les guitares se font torturer et tordre le cou, GWEN fait table rase du passé à la disqueuse et termine à la presse hydraulique. Le temps du presque calme et envoûtant d'Umami, l'onctuosité japonaise est renversée dans l'électro-rock bouillonnant de Meddal, un ramen à la galloise qui goûte le fil de cuivre en fusion. Une expérience mécanico-chimique signée en bas de la page par la litanie de synthés Breichiau Tyner Y Môr, et voici pour le premier album de Gwenllian Anthony.
GWEN en lettres majuscules sur le fronton du rock gallois, et UMA comme première pierre d'une nouvelle histoire, la suite directe de la trilogie Adwaith dans un tout nouveau format, drivé par la basse et les expérimentations électroniques. La preuve que le rock occupe toujours une place de choix dans la mythologie gallois, et un gros diolch yn fawr à Gwenllian Anthony pour le service rendu à la nation !