L'année 2004 fut probablement la plus riche en albums indie rock. Le haut de la vague s'agissant de ce mouvement qui nous faisait entrer dans le 21ème siècle au son des guitares affirmées, le retour d'un rock plus accessible qui accordait une grande place à la mélodie. A cette époque entre Franz Ferdinand, The Libertines, The Hives, Arcade Fire, Interpol, The Killers et on en passe, les kids du nouveau millénaire se construisaient une culture musicale solide, ces groupes semant alors les graines de ce qui allait prendre le pas vingt ans après, le revival post-punk.
Bref, il y avait du monde au balcon et il était difficile de ne rien rater en termes de nouveaux groupes. Certains sont donc passés sous les radars, et The Race en font partie. Et pourtant, votre webzine rock favori était déjà à l'époque sur le qui-vive avec les reviews des deux premiers albums du groupe de Reading, Be Your Alibi! suivi en 2009 de In My Head It Works. Formés de Dan Buchanan, Jessica et James Del Rio, Graham Moorcroft et Andrew Aitken, les Anglais avaient ravi la rédaction mais n'avaient malheureusement par la suite plus donné signe de vie.
Nous sommes donc heureux d'entendre à nouveau parler de The Race en 2026. Ces derniers ont décidé de se reformer en 2024, toutes et tous après avoir suivi leurs propres chemins et fondé leurs familles respectives. Une réunion d'anciens camarades qui ont envie de revenir sur le devant de la scène, liés par leur amour d'une pop rock tissée dans la dentelle. Ce n'est pas pour rien que leur EP s'intitule Family, et nous y retrouvons quatre morceaux qui évoquent le temps qui passe mais les liens d'amitié qui ne s'étiolent pas. Les membres s'étant reformé uniquement pour le plaisir de rejouer ensemble (leurs enfants ne les ayant jamais vus à l'œuvre, l'occasion était à ne pas manquer), cet EP est donc auto-produit.
L'atmosphère y est douce et grave à la fois, comme peuvent l'être les témoignages sur le temps qui file. Nos amis quarantenaires y font état de leurs sentiments sur ce qui est commun à tous, construire sa vie et faire face aux nombreux obstacles auxquels on se retrouve confrontés. Le résultat est quatre morceaux d'une grande élégance, les Anglais n'ayant semble-t-il pas perdu leur sens raffiné de la composition. Le chant de Dan Buchanan est toujours aussi fluide, on ose même y retrouver quelques points communs avec celui de Chris Martin (mais fort heureusement seulement cela), un autre membre de la génération des vingtenaires de l'an 2000. C'est doux et triste et en même temps racé grâce aux guitares bien présentes. Une formule certes classique mais au combien efficace pour passer un très agréable moment.
Seize ans d'absence mais pas une once de leur talent perdu, The Race font un joli retour sur nos platines avec ce Family EP, assumant parfaitement leur nouvelle maturité. Une pop rock délicate et solide, de quoi espérer retrouver un jour le groupe sur une scène française en souhaitant beaucoup de succès à ce come-back inattendu.