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DEADLETTER

Interview publiée par Jean-Christophe Gé le 27 février 2026

C'est la dernière ligne droite avant la sortie de l'album, le groupe préparer sa tournée et jongle entre les rendez-vous, les batteries de téléphones jamais assez chargées et la réseau mobile plus que capricieux à la campagne. J'attrape George Ullyott, le bassiste, et Alfie Husband, le batteur, dans un jardin du North Yorkshire. Comme il se doit en février, il fait froid et humide.

Désolé de t'interviewer dans ces conditions, ça va ? Tu as l'air d'avoir froid et d'être trempé...

George : Ça va, ne t'inquiète pas. Alfie va nous rejoindre, il doit d'abord descendre d'une échelle.

Parle moi d'Existence Is Bliss, j'ai écouté l'album mais je n'ai aucun contexte...

George: Nous avons commencé à l'écrire dès que notre premier album a été terminé. Même un peu avant sa sortie, mais entre la promo, les vidéo clips et les tournées, nous n'étions pas très disponible créativement. Ça nous a pris six à huit mois en tout. Nous nous sentions beaucoup plus libres car nous n'avions pas à jouer ces morceaux en live tout de suite. Nous nous sommes aussi un peu isolés pour écrire entre nous, sans avis extérieur, ce qui était sympa.

Tu as ressenti des contraintes sur le premier album ?

George : Non, pas vraiment. Mais pour beaucoup c'étaient des morceaux que nous jouions depuis longtemps sur scène, donc c'était un peu comme un Best Of de nos quatre premières années. En revanche, Existence Is Bliss, c'est vraiment un tout, les morceaux sont nouveaux et de la même veine. Tu peux l'entendre, nous sommes plus sereins. Le premier disque était un peu précipité, mais celui-ci laisse plus de place pour respirer, avec plus de dynamique. J'aime penser qu'il y a plus d'espoir et de joie dedans.

Je le trouve plus sombre, en fait...

George : Ah oui, c'est intéressant, pas moi. J'y ressens plus de chaleur, en partie grâce à de nouveaux instruments que nous n'avions pas utilisés avant, notamment des synthétiseurs et des boîtes à rythmes. C'est peut-être lié à mes goûts musicaux, je n'aime pas trop les groupes à guitares, je préfère cet album au précédent.

Tu écoutes quoi en ce moment comme musique ?

George : J'écoute beaucoup Tyler, The Creator, le dernier album de Slick Rick, et aussi beaucoup de Duke Ellington ces derniers temps. Mais ça ne reflète pas forcément ce que tout le groupe écoute. Alfie, toi tu écoutes quoi ?
Alfie : Un gars qui s'appelle Oliver Night, il a sorti un album il y a quelques mois. C'est un mélange de hip-hop, de house, de techno, un vrai mix des sons UK du moment. Il faisait partie d'un collectif de Roots Manuva appelé Banana Klan. C'est excellent.

Pour revenir à votre musique, quel est le fil conducteur entre les chansons de l'album ?

Alfie : Je ne peux pas trop commenter les paroles, mais d'après ce que j'ai entendu Zach dire, c'est un peu comme prendre sa vie en main, ne pas juste exister mais vivre. Musicalement, c'était beaucoup plus collaboratif cette fois, entre le groupe et le producteur. Je pense qu'on l'entend dans la musique, c'est plus libre. Même si tu trouves que c'est sombre, je pense que ça garde la même "obscurité" que le premier, mais en plus... réfléchi peut-être. C'est surtout davantage un travail de groupe, la musique est meilleure quand plusieurs esprits travaillent ensemble.

Qui a produit Existence is Bliss ?

Alfie : Ben Romans-Hopcraft. Il joue de la basse dans Warmduscher. Pour le premier album nous avons travaillé avec un producteur connu (ndlr : Jim Abbiss, qui a travaillé avec Adele, Arctic Monkeys, Kasabian, Editors...) et nous étions un peu à sa merci. Mais avec Ben c'était toujours très collaboratif, tout pouvait se discuter. C'était fun.

Comment avez-vous choisi Ben ?

Alfie : Nous avions fait quelques démos avec notre ingénieur du son. Une nuit, Ben est passé chez nous après un concert, et nous les lui avons faites écouter. Il a tout de suite beaucoup aimé, et nous a dit qu'il aimerait travailler dessus. Tout le monde dans le groupe était chaud pour collaborer avec lui. Nous avons d'abord fait deux singles, To The Brim et It Comes Creeping. C'était enregistré dans le studio d'un copain, un truc assez bricolé près de Crystal Palace dans le Sud de Londres, mais le son était super. Nous étions vraiment contents du résultat alors nous avons réservé un studio plus grand et plus pro pour finir l'album à Willesden, dans le Nord-Ouest de Londres. C'était cool, il y avait plein de bons restaurants autour. Jay-Z a enregistré son premier album au même endroit, nous nous sommes demandés si nous mangions dans les mêmes lieux que lui [rires] !

Vous n'aviez pas joué les morceaux en live avant de les enregistrer, comment cela a-t-il influencé le son de l'album ?

Alfie : Toutes les chansons ont été écrites ensemble durant des répétitions, donc elles avaient déjà un feeling live. Mais pour l'enregistrement, nous étions beaucoup plus libres, tout pouvait être changé, c'était très positif. J'ai adoré cette liberté.

Mais vous pensiez à leur rendu live en les écrivant ?

Alfie : Oui, toujours. Quand nous écrivons, c'est toujours une question de feeling. Si ça nous plaît dans le local de répétition, ça marchera sûrement sur scène.

Quel est votre chanson préférée sur Existence is Bliss ?

Alfie : Probablement It Comes Creeping ou Songless Bird. J'aime aussi beaucoup le dernier morceau, Meanwhile In A Parallel, c'est un morceau très contrasté et intéressant. C'est fun à jouer, ça me rappelle un peu l'excitation de Deus Ex Machina sur le premier album, avec ses changements de tempos.
George : Au début j'aurais dit It Comes Creeping, mais en écoutant plusieurs fois l'album, j'aime beaucoup What The World Missed, le cinquième morceau. C'est plus une ballade, un morceau qui change pas mal de ce que nous faisons d'habitude. Plus je l'écoute et plus je l'aime. L'écoute de l'album est une expérience différente de la performance live, tu n'as pas besoin de penser à ce que tu joues et tu peux complètement te laisser porter par la musique. C'est une étape importante aussi quand tu composes.

L'album commence avec une chanson appelée Purity One. Il y a une Purity Two ?

George : Peut-être... Je ne sais pas si je peux en dire plus là-dessus.

Tu as dit que l'écriture d'Existence is Bliss a commencé juste après l'enregistrement de Hysterical Strength. Avez-vous déjà commencé à écrire le prochain album ?

George : Pas vraiment en groupe, mais Zach écrit tout le temps, nous n'arrêtons jamais. Nous nous réunissons la semaine prochaine pour répéter le deuxième album pour la tournée, et nous passerons sûrement du temps à écrire à ce moment-là. Donc, ça commencera la semaine prochaine !

Zach a enregistré un album solo entre les deux albums. Les autres membres ont-ils des projets parallèles ?

George : Oui, Nathan a son propre projet et joue aussi avec plusieurs groupes, notamment Sam Grassie. Will et moi avons un petit projet acoustique, Alfie s'y est joint également. Nous avons enregistré une chanson avec son frère aîné hier. Zach a aussi participé à un tribute à David Byrne. Donc chacun est bien occupé, j'espère qu'on aura cinq side albums bientôt [rires].

Quand tu composes, comment décides tu ce qui sera pour DEADLETTER et ce qui sera un projet personnel ?

George : Pour moi, c'est simple : si je joue de la basse, c'est que j'écris une chanson pour DEADLETTER, je n'écris pas ma musique à la basse. C'est aussi une question d'espace dans la musique, il faut de la place pour deux guitares et un saxophone. C'est un feeling plus qu'une décision consciente, est ce qu'il y a l'énergie que j'associe à DEADLETTER.

Pour terminer, parlons de la pochette de l'album. Elle est très différente de ce que vous faisiez avant, avec des photos en noir et blanc. Quelle est l'histoire de cette pochette et que représente ce glaçon que j'ai vu sur votre merchandising ?

George : Nous avons appris une leçon avec le premier album. Nous ne pensions pas assez à tout ce qui accompagnait la sortie, la pochette, le design, le merchandising, etc... Après un mois de débat avec un artiste près de chez nous dans le Nord-Est de l'Angleterre, nous avions fini par lui laisser le contrôle. Il nous a envoyé cinq images, et nous en avons choisi une. Pour celui-ci, nous avons décidé de collaborer dès le départ avec une amie, Karen Page. Elle faisait une expo où elle congelait des objets. Nous avons trouvé ça génial, nous avons pensé à ce que nous pourrions congeler, et nous avons fini par congeler la pochette de l'album. Les couleurs sont vraiment frappantes. Je suis très content du résultat, ça fait du bien de s'éloigner du noir et blanc que je trouvais trop contraignant. Pour les curieux, la vidéo de Hotel Hambourg extrait de l'album solo de Zach a été tourné dans une expo de Karen, une salle recouverte de magazines.

Merci, avez vous quelque chose à ajouter ?

Alfie: Oui ! Si vous avez de l'argent, achetez notre disque !