Le 1er octobre 2026, à la Machine du Moulin Rouge à Paris, le trio londonien The Molotovs était attendu comme l'un des nouveaux visages d'un rock britannique qui refuse de rendre les armes. Mais après seulement trente minutes sur scène, la soirée a tourné court. Une performance éclair, frustrante, qui n'a pourtant pas manqué de rappeler pourquoi le groupe suscite autant d'enthousiasme.

Il y a quelque chose de réjouissant dans la trajectoire de The Molotovs. À l'heure où le rock à guitares est régulièrement déclaré moribond, le trio londonien avance sans demander la permission. Formé en 2020 autour du frère et de la sœur Mathew et Issey Cartlidge, accompagnés du batteur Noah Riley, le groupe s'est construit sur les routes, dans les rues et sur les petites scènes britanniques. Une ascension à l'ancienne, à force de concerts, de sueur et de décibels. Leur passage à la Machine du Moulin Rouge, le jeudi 1er octobre, devait confirmer cette réputation devant un public parisien venu découvrir l'une des formations montantes de la scène britannique. La soirée affichait complet. En première partie,
The Velvet Hands avaient déjà donné le ton avec un set nerveux et généreux, entre garage rock et héritage punk, histoire de mettre la salle en condition.
Quand
The Molotovs entrent en scène, le ton est immédiatement donné.
Johnny Don't Be Scared ouvre les hostilités avec une efficacité redoutable. Pas de longue introduction, pas de mise en scène superflue : le groupe préfère aller droit au but. Leur musique assume pleinement ses filiations. On y retrouve l'urgence du punk de 1977, l'élégance nerveuse de The Jam et une certaine insolence pop qui évoque, par moments, l'héritage des Libertines. Les morceaux sont courts, accrocheurs, construits autour de guitares incisives et de rythmiques qui ne laissent guère de place à la contemplation.

Mais réduire The Molotovs à un simple exercice de nostalgie serait passer à côté de l'essentiel. Le trio ne cherche pas tant à reproduire une époque qu'à retrouver son énergie : celle d'un rock direct, accessible, capable de faire vibrer une salle sans avoir besoin de tout transformer en spectacle monumental. Leur premier album,
Wasted On Youth, paru en janvier 2026 chez Marshall Records, s'inscrit dans cette logique. Il porte le titre d'une génération qui refuse de rester spectatrice, avec des chansons pensées pour prendre toute leur dimension sur scène.
Malheureusement, la fête ne va pas durer pas. Après seulement une trentaine de minutes, le concert s'interrompt. La santé de Mathew Cartlidge, déjà à l'origine de l'écourtement du concert précédent à Rouen, semble une nouvelle fois en cause. La frustration est à la mesure des attentes. Le groupe vient à peine de lancer sa machine que le silence s'impose déjà. Pour le public, difficile de ne pas rester sur sa faim : le potentiel était là, l'énergie aussi, mais la soirée n'aura pas eu le temps de véritablement décoller.
Difficile, dans ces conditions, de juger pleinement une prestation qui n'aura duré qu'une fraction d'un concert habituel. Il serait injuste de confondre la brièveté du set avec un manque d'ambition ou d'engagement. Le problème n'était manifestement pas musical, mais bien lié aux circonstances.
Paris devra donc patienter avant de découvrir ce que The Molotovs peuvent donner sur un concert complet. La frustration de cette soirée est réelle, mais le rendez-vous manqué ressemble davantage à un contretemps qu'à une promesse déçue. Trente minutes, c'est beaucoup trop court pour mesurer un groupe. C'est parfois suffisant, en revanche, pour comprendre pourquoi il mérite qu'on le retrouve.