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VENUS GRRRLS

To Die As Lovers May EP

VENUS GRRRLS - To Die As Lovers May EP
Chronique EP
Date de sortie : 16.10.2026
Label : Killabop
3
Publié par Quentin Perriault, le 12 octobre 2026
Heavy-goth-pop-lyrico-sororal. Voilà, la messe (noire) est dite. Quoi, vous voulez un développement ? Bon, c'est mon rôle après tout, décortiquons donc ça ensemble...

Heavy
To Die As Lovers May commence par un coup de caisse claire et Eve, le premier titre, de dérouler une note de basse ronflante, rejointe sur le pont par des sons quasi industriels avant un refrain que n'auraient pas reniés les groupes de hair-metal quarante ans auparavant. On voit facilement les différents breaks du morceau, empruntant à l'exubérance des riffs de Muse, déployer des rangs de cheveux battant le tempo. On y trouve même, un peu plus loin dans l'EP, un solo très typé rock 80's, introduit par un jeu de toms légèrement saturé, encore une fois dans la lignée du heavy metal FM pré-grunge.

Goth
Les accoutrements noirs et rouges, les clips (un peu) destroy et la mise en scène ne laissent pas de doute sur la teneur esthétique du groupe. Grace « GK » Kelly narre, d'une voix expressive et variée, du parlé chanté de Evergreen aux notes tenues à gorge déployée de Wormfood (ndlr : « nourriture de vers de terre », pour les allergiques à la langue d'Ozzy Osbourne), des contes et romances macabres. Sur Mother Knows, elle se met dans la peau de Mary Shelley, dont la légende raconte qu'elle aurait perdu sa virginité sur la tombe de sa mère, et raconte le vent d'hiver balayant son amant, la tête posée sur le marbre glacé de sa « maman qui sait ». Ambiance.


Pop
Pourtant, rien de glauque ni même de très noir dans ces chansons certes rock, mais plus théâtrales que rendant compte d'un réel malaise. Les guitares vrombissent, mais les refrains sont entêtants et mélodiques, avec des « ah ah » qui pourront être repris en chœur sur la très entraînante Carmilla. VENUS GRRRLS seraient presque le pendant pop de Witch Fever, avec qui elles ont partagé plusieurs concerts. Une filiation dans l'envie d'en découdre, mais sans cris ni hurlements, avec au contraire une maitrise surprenante de leurs effets pour un groupe n'ayant pas encore sorti un seul album. Un écrin presque accueillant qui permet de ramener dans son sillage les apprenties sorcières encore hésitantes.

Lyrico
Grâce aux modulations vocales de GK, on est à mi-chemin entre le lyrisme exacerbé d'Evanescence et l'élégance froide de Siouxsie and the Banshees. Dès qu'elle entre en scène sur les couplets, les instruments reculent discrètement pour laisser la place aux mélodies, dans lesquelles s'insèrent des notes inattendues, comme cette pointe aiguë sur le refrain d'Evergreen, qui en enrichit considérablement la couleur. La production, solide, est elle aussi d'une maitrise voire d'une propreté qui tranche un peu avec l'approche grunge revendiquée par les musiciennes. Il n'y a pas beaucoup de matières laissées sous les ongles parfaitement vernis une fois la terre grattée. Les refrains sont poussés et dramatisés par des guitares ouvertes, mais aussi des chœurs ou des claviers qui décloisonnent de façon presque grandiloquente le champ sonore. Cet équilibre constant entre envolées, guitares rugissantes, production sophistiquée et chant prenant souvent le dessus est ce qui empêche la balance de tomber dans le pompeux, que l'on peut parfois frôler.


Sororal
Le nom du groupe est déjà un manifeste en soi : la déesse de l'amour et de la beauté féminine dont un des attributs est la pomme, fruit métaphorique central dans la chanson Eve (vous aurez fait le lien) mis côte à côte avec le mouvement punk féministe des riot grrrl, le tout passé par la casse majuscule. Elles revendiquent une esthétique ésotérique entrée dans la réalité : vous pensiez les sorcières disparues, elles sont pourtant dans votre rue depuis le début et comptent bien vous le faire savoir. Reprenant des codes du glam rock dont les figures masculines s'étaient approprié l'androgynie, il n'y a plus de permission à donner ou d'excuse à faire : les filles sont prêtes à prendre le rôle de rockstar à bras le corps.

D'accord, vous dites-vous certainement, mais une fois qu'on a explicité le son, l'imaginaire et l'esthétique, qu'est-ce que ça vaut, musicalement ? Le groupe résume plutôt bien l'EP lorsqu'elles en présentent le premier titre : « Eve est l'enfant de Nine Inch Nails et Fleetwood Mac, qui aurait grandi avec une passion profonde pour les femmes ». Ces cinq chansons présentent un groupe très en forme, qui a digéré plusieurs décennies de rock à guitare et se les approprie avec une modernité pop, sans en casser les codes.

Pour l'instant, elles ne sont clairement pas la Venus qui guidera les pèlerins du rock en 2026, mais en dehors d'une production un peu trop propre et d'un cadre finalement très défini, l'énergie, la voix et le plaisir rock'n'roll l'emportent.
tracklisting
    01. EVE
  • 02. CARMILLA
  • 03. MOTHER KNOWS
  • 04. EVERGREEN
  • 05. WORMFOOD
titres conseillés
    Eve, Mother Knows
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