C'est une Américaine et deux Espagnols qui entrent dans un bar londonien... Allez, celle-là, on vous la fait une fois par mois. Pourtant, c'est bien ce qui s'est passé pour green star. Les trois membres initiaux se sont rencontrés autour de leur volonté de fonder un groupe et de leur amour pour Sonic Youth et Swirlies. Autant dire qu'ils apprécient les guitares Jaguar et le bruit, ce que ce second EP ne va pas s'arrêter de démontrer.
Il est difficile de chroniquer l'EP d'un jeune groupe, qui est à la fois en recherche et en présentation. Six chansons qui peuvent aussi bien être des essais de directions possibles qu'une démonstration de tout ce qu'ils vont faire par la suite. Si ce silver + dust est un manifeste esthétique, sa couleur est précise mais manque encore des nuances qui en feront une véritable palette. Si c'est une façon de montrer le point de départ de la structure, il est par contre d'une grande solidité pour construire par-dessus.
Le déferlement noise physique et étouffant d'atomic paradise en ouverture donne le ton : lorsque tous les instruments se déchaînent, le niveau de saturation de l'espace sonore est impressionnant, quoiqu'un peu fatiguant pour une entrée en matière.
Il y a déjà un début de formule dans ces chansons, plus noires que leur premier EP mais aussi plus linéaires dans leur traitement, dont l'enchainement de teeth et moth flame est le meilleur exemple. Une guitare claire surmontée d'une voix voilée sur le couplet, puis la tempête sonore du refrain, avec une mélodie vocale descendante très proche.
you won't be long n'est pas non plus très loin du schéma qui commence à dangereusement se reproduire, mais joue à son avantage des trois voix dont dispose le groupe, celle de la bassiste Lilah Boback et des guitaristes Alberto De Torre et Pedro Soler. Le refrain à la guitare héroïque vient enflammer les braises soufflées sur le couplet et asseoir sa puissance. Heureusement, cette récurrence n'enlève pas son efficacité et la capacité du groupe à allier la dimension épique de ses refrains à la froideur de ses couplets.
On pourrait même parfois avoir une vague impression d'écouter The xx version grunge : alternance de voix masculine et féminine proche du chuchotement, des chansons comme une échappatoire et un dispositif très simple voire minimaliste avec lequel ils arrivent à créer une atmosphère décharnée à l'aide d'une production travaillée. C'est un effet de langage tellement éprouvé qu'il en devient presque banal pour ce type de groupe, mais il y a là les graines de l'énorme potentiel live dans ces déchaînements shoegaze.
silver + dust tente une approche de biais avec une guitare acoustique inaugurale et des cordes sur le second couplet, mais c'est, in fine, la même formule avec l'alternance de puissance et de calme tendu qui se déploie. En l'état, si l'expérience de l'EP est concluante en elle-même, le (encore très jeune) groupe n'ouvre pas encore suffisamment de perspectives pour comprendre s'ils comptent, ou pas, faire évoluer leur recette.
Dans tous les cas, gardons l'oreille attentive, parce que pendant qu'une danseuse bassiste, un premier guitariste cinéaste et un autre producteur musical parlent dans un bar, un batteur organisateur d'évènements vient de pousser la porte...