Le Nancy Jazz Pulsations. Alors là, vous vous dites, mais que vient faire un magazine de rock anglais dans un festival de jazz, qui plus est à Nancy ? Alors figurez-vous que, de un, le rédacteur de cet article est vosgien depuis trente-six générations (et 0,1% égyptien, mais chut) et a fait ses études à Nancy, mais surtout que cette année la programmation du festival s'enrichit d'autres styles. Un peu d'électro, un peu de pop, et puis ces quelques soirées rock qui nous ont fait revenir dans la belle capitale des ducs de Lorraine. Aujourd'hui c'est donc l'Autre Canal, LA salle rock de Nancy, qui accueille pour la tournée de leur cinquième album Temples, rockeurs britanniques d'un autre temps, celui des lampes à lave, des chemises à jabot et des fleurs dans les cheveux.

Mais d'abord
Metro Verlaine, car même si loin de Paris (1h30 en train) le métro est toujours la porte à côté. Le groupe qui en live réunit quatre musiciens se contentera pour cette tournée du duo originel Raphaëlle au chant et Axel à la guitare, contraintes techniques et budgétaires oblige. Des circonstances qui limiteront le potentiel rock du duo mais qui n'entacheront pas les très bonnes chansons blouson de cuir d'un groupe qui en est quand même à son quatrième album. Et sortir quatre albums en France quand on vient d'Evreux et qu'on fait du rock, c'est une petite prouesse qui mérite d'être applaudie. Entre The Kills et Téléphone, les chansons font passer de Waterloo à Manchester, Raphaëlle filme le public et porte un t-shirt CBGB, Axel fait référence aux soixante ans du passage de Jimi Hendrix dans le coin, il y a des bières d'Evreux au stand de merchandising et ça se termine sur une presque reprise de Joy Division. Tout ça pour dire que si vous aimez ce genre de rock, allez donc voir Metro Verlaine au Point Ephémère à Paris en novembre, c'est du circuit court.

Mais passons maintenant à ce qui nous a amené dans la grande salle de l'Autre Canal en pleine semaine alors qu'askip on a un taf' :
Temples. Un cinquième album,
BLISS, qu'on aime bien mais qui change du rock psyché habituel, un mardi soir à Nancy, et donc un public plutôt clairsemé pour une grande salle comme celle-là. En plus le groupe ne tient la DA années 60 que grâce à son chanteur James Bagshaw et son batteur Rens Ottink, quand leurs deux autres membres se donnent des airs de grungy kids. Bref, tout fout le camp chez Temples. Tout ? Non. Car une poignée d'irréductibles chansons font toujours vibrer la foule et onduler les vestes à frange. Le combo d'ouverture
Certainty et
Cicada capte l'attention, pour embrayer sur un tunnel du dernier album qui laissera le public plus dubitatif. « Qui nous a déjà vus ? » : visiblement trois personnes dans la salle, dont votre serviteur, et heureusement que
Gamme Rays nous offre une belle fin bien rock pour réveiller un peu son monde.

Le même effet se produit par les premières notes de
Paraphernalia, et la fin de concert se passera infiniment mieux que son début. James Bagshaw descend faire le rockeur au contact de la foule,
Jet Stream Heart sera la seule chanson de
BLISS à recueillir l'approbation collective, et voici la douze-cordes de sortie pour
Shelter Song, le tout premier single du groupe. Souvenez-vous, c'était en 2012 (moi je passais le bac, mais on n'est pas là pour parler de moi). Des chansons qui auront rappelé la statut de Temples dans l'univers du rock « moderne », avec un public qui crie bien plus fort que prévu pour avoir un rappel. Vient ensuite
The Golden Throne et, pour finir, la version rallongée de
Mesmerise : on reste trois ans à taper dans les mains, ça nous fait notre sport, et au bout du compte une belle soirée qui s'engageait pourtant assez mal.
Pas sûr que le groupe garde un souvenir impérissable de cette nuit à Nancy, mais nul doute que les gens présents auront profité de la résilience du quatuor qui n'aura fait que monter en puissance au cours de cette heure et demie pop, rock et psychédélique.