chronique album

A+E

Date de sortie : 02.04.2012
Label : Parlophone
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Difficile, à l'évocation de Graham Coxon, de ne pas mentionner le groupe qui a fait de lui le guitariste émérite qu'il est désormais ; en effet, même une dizaine d'années après leur séparation, Blur font encore parler d'eux : un retour triomphal sur la scène des Brit Awards il y a quelques semaines et un concert en clôture des Jeux Olympiques de Londres, la bande à Damon Albarn n'a de cesse d'alimenter les rubriques « News » de tous les magazines musicaux.
Cependant, même si l'ombre de Blur plane encore sur A+E, Graham Coxon est ici bien loin de toutes les interrogations quant à l'avenir de l'un des groupes phare de la britpop. Avec ce huitième album solo, il enterre définitivement les mauvaises langues pensant encore que le beau Damon est le seul à avoir réussi à tirer son épingle du jeu (si l'on met à part la carrière couronnée de succès de Mr James et ses fromages réputés).

Souvent cantonné dans le rôle de compositeur de Tender ou encore Coffee & TV, Graham Coxon enfonce le clou et prouve une nouvelle fois ses talents de songwriting sur cet album plus inspiré que jamais. Son dernier LP en date, The Spinning Top, laissait planer le doute sur ses orientations et choix musicaux ; il semblait en effet avoir délaissé les pédales et les Fender pour raconter dans une longue litanie folk l'histoire d'une vie, de la naissance à la mort. Même si le résultat était honorable, là où Coxon excelle, c'est bien dans le rock noisy.
Pour notre plus grand plaisir, il revient à ses premières amours avec dix titres étonnants de dextérité, œuvre d'un seul homme, jouant tous les instruments et mixant sur sa vieille table de mixage des années 80 afin de reproduire un son lo-fi caverneux qui crée l'ambiance si particulière de A+E.
Impossible de ne pas penser à du Blur période 13 ou à l'éponyme Blur lorsque l'on entend Seven Naked Valleys et se dire que les talents du deuxième homme ont trop souvent été sous estimés. Peu importe, essayons de mettre de côté ces parallèles probablement trop faciles.
Ici, après l'accalmie de l'album précédent, Graham Coxon rattrape le temps perdu dès les premières minutes ; ainsi, Advice, ses guitares grinçantes et son déferlement de sons sur lequel se pose le chant désabusé nous mettent au diapason. Très influencé par les ambiances binaires malsaines du post-punk (City Hall ou encore The Truth), nous nous laissons porter vers un univers oppressant sans toutefois sombrer dans la noirceur. What'll It Take vient d'ailleurs nous prouver le contraire : ce tube taillé pour les pistes de danse est un mutant où le kitsch valse avec l'indie noisy. L'effet est surprenant mais diablement réussi.
A+E est bluffant dans les structures mélodiques : les morceaux sont en constante évolution, il devient impossible de les classifier ou de les résumer ; le processus est si finement amené que l'on se rend à peine compte des glissements et à la fin, on en aurait presque oublié le début. Si le lo-fi est à l'honneur (City Hall, sa batterie binaire synthétique et ce chant en écho), Graham Coxon n'en oublie pas pour autant les séquences plus acoustiques (Ooh Yeh Yeh) ou celles tout droit sorties du rock expérimental des années 70 (Knife In The Cast).

Plutôt que de tergiverser sur un éventuel nouvel album de Blur, il paraît plus judicieux de savourer A+E qui combine les influences de Graham Coxon, héros trop souvent tenu dans l'ombre d'un Damon Albarn hyper productif. Aucun déchet n'est à annoncer et les dix titres présentés sont inventifs, déroutant, bruyants et menés admirablement par Graham Coxon en maître de cérémonie.

Amandine, 30 mars 2012

tracklist
  1. Advice
  2. City Hall
  3. What'll It Take
  4. Meet+Drink+Pollinate
  5. The Truth
  6. Seven Naked Valleys
  7. Running For Your Life
  8. Bah Singer
  9. Knife In The Cast
  10. Ooh Yeh Yeh
titres conseillés
Advice, City Hall, What'll It Take, Running For Your Life
notes des lecteurs
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