Ce soir, le Loto a organisé une grande soirée avec 20 000 de ses gagnants. Pour entrer dans l'O2 à Londres il fallait avoir tiré plusieurs gros lots : celui donnant le droit de participer à la prévente, celui permettant de mettre une place dans son panier, et enfin, le plus classique, celui du paiement pour des places dont les tarifs commençaient à 75£, plus les frais bien sûr.
On peut penser ce que l'on veut de la manière dont cette tournée a été organisée, il faut surtout admettre que nous vivons dans un monde assez fabuleux où un groupe qui joue une musique aussi exigeante arrive à remplir quatre fois la plus grande salle de spectacles de Londres. D'ailleurs un petit tour sur une grande plateforme de streaming vous apprendra qu'il y a plus d'un million de personnes qui les y écoutent. Ça me fait d'autant plus aimer cette ville !
Dès l'arrivée à North Greenwich, l'ambiance est à la fête, le public est conscient de sa chance, les vidéos et setlists des dates précédentes ont contribué à faire monter les attentes. Entre chanceux, l'ambiance est à la camaraderie, comme si nous avions tous gagné bien plus que l'accès à un concert. En entrant dans la salle, je découvre la scène centrale, dans un cylindre recouvert de grilles-écrans, une version XXL de celle qu'utilisaient The Smile pour
leurs premiers concerts. L'O2 en paraît d'autant plus gigantesque avec ses gradins plongeant sur quatre niveaux.
A 20h15 les lumières s'éteignent. Des flashs lumineux apparaîssent par intermittence, accompagnés de notes qui rappellent l'instrument de communication avec les extra-terrestres dans
Rencontres Du Troisième Type. On entend des notes d'un synthé vintage censé jouer du violon, et quelques notes de guitares blindées d'effets. Voir le public massé autour de la scène circulaire donne une impression d'attente mystique.
A 20h30 les parois de la scène s'allument, nous découvrons de très nombreuses machines et instruments placés au centre. Un robot humanoïde parle sur des nappes sonores sombres. Le groupe monte par une trappe pour prendre possession de la scène. Dès le premier riff de
Planet Telex le son paraît énorme et fulgurant. C'est la première fois que je trouve le son correct à l'O2 dont l'acoustique est généralement épouvantable. La scène centrale qui projette la musique tout autour d'elle s'impose comme un choix parfait pour la visibilité et l'acoustique. Pour que le groupe joue face au public, les musiciens doivent se tourner le dos, ce qui n'empêchera en rien leur complicité.
Le petit arpège de guitare en intro de
2 + 2 = 5 est délicieusement pimpé alors que les écrans se lèvent pendant le crescendo. Quand le morceau décolle vraiment, le son est bien sûr énorme. Pour
Sit Down. Stand Up, Thom traverse la scène et va s'asseoir aux claviers de l'autre côté. Il fait le spectacle pendant tout le concert avec des pas de danses très personnels, mais les autres musiciens assurent. Le final du morceau avec deux batteries, une basse et le clavier est fantastique. Pour cette série de concerts Philip Selway a embarqué Chris Vatalaro qui l'accompagnait sur sa tournée solo, et comme il aime à le rappeler, il est difficile quand il faut choisir un batteur.
Lucky, qui devrait être l'hymne de la soirée, emporte tout dès son intro. Le groupe s'éclate et crée une connexion avec le public comme s'ils jouaient dans une petite salle. Au septième titre, pour introduire
Kid A, Thom calme son jeu de jambes et salue le public d'un « Bonsoir, nous sommes Radiohead, oui vous êtes bien au concert ». La rythmique complètement folle fait oublier la bizarrerie du morceau. Changement d'ambiance pour
No Surprises, Thom prend une guitare acoustique pour une version ultra-sensible de la chanson qui fait oublier que 20 000 personnes sont présentes tellement l'ambiance est intimiste.
Pour
Videotape j'ai même l'impression que le noyau se resserre autour de Thom, Jonny et Colin, qui lâche sa basse pour des machines. Sept ans après son dernier concert, le groupe retrouve sans peine la complicité de ses débuts entre vieux potes de lycée.
Weird Fishes/Arpeggi est revisité avec trois guitares et un tambourin qui lui donnent beaucoup d'énergie.
Idioteque apparaît dans une version (encore plus) destructurée, avec essentiellement deux batteries, quelques notes de synthé, la voix et Ed à quatre pattes qui joue avec ses effets.
En intro de
Everything In Its Right Place Thom joue quelques mesures du
Unravel de Björk. C'est soit qu'elle est là ce soir, soit qu'il l'a joue quand je suis là comme lors de leur passage à Paris en 2012. Ed est toujours au sol avec ses effets, il est rejoint par Jonny, heureusement que Philip, à la batterie, assure pour donner une structure à ce bazar musical totalement jubilatoire.
Puisque la rythmique est si importante, on apporte un mini kit de percussions à Jonny pour
Bloom dans une version à trois batteries, une formule éprouvée par Soulwax. Sur
Daydreaming, Philip vient quand même nous rappeler qu'il est également bon pianiste. La salle est baignée d'une lumière rouge assez vive pendant
Let Down, comme si le groupe voulait nous voir vibrer sous leur déluge de mélodie. Ils enchaînent avec un autre titre de
OK Computer, une agréable surprise, puisque c'est la première fois qu'ils jouent
Climbing Up The walls sur cette tournée. L'intro est renversante et le solo de guitare dantesque, Thom est quant à lui en trance.
Body Snatchers souffle le chaud et le froid, prenant des formes fragiles ou très fortes dans les différents passages du morceau. Le groupe disparaît, laissant le public sous le choc. Ils n'ont pas joué
Jigsaw Falling Into Places ou
There There que j'attendais au vue des précédentes setlists, mais je suis comblé, c'est leur concert et ils peuvent bien faire ce qu'ils veulent. Les écrans sont redescendus sur la scène.
Le groupe revient très vite pour
Fake Plastic Trees, les gradins sont debout ! Et ma mansuétude est récompensée puisqu'ils jouent
Jigsaw Falling Into Places alors que
Paranoid Android prend des accents de bossa nova. Le morceau me renvoie sur mon canapé regardant son vidéo clip sur MTV en 1997. Je me relève bien vite pour danser comme un dératé, j'ai dû attraper le même virus que Thom. Un orgue complètement dingue vient mettre une nouvelle touche de folie dans ce classique.
Le groupe calme doucement le jeu.
All I Need est un morceau qui reste calme avec Thom au piano et Jonny jouant du clavier d'une main et du xylophone de l'autre. Pour
You And Whose Army?, un autre morceau calme, Thom est filmé en gros plan alors qu'il semble manger son microphone. Le délire est parfaitement orchestré, ça fait sourire, mais ça prend aussi les tripes quand le morceau décolle. Dernière envolée avec
Just et un monumental
Karma Police ! « I lost myself, I lost myself, I lost myself » résonne comme un mantra, Jonny est particulièrement inspiré au piano, on aimerait que la chanson ne s'arrête pas, que le concert dure encore un peu. Thom semble bien d'accord et a du mal à reposer sa guitare mais les lumières se rallument,
Oh Brother de The Fall résonne dans la sono et la déclaration universelle des droits de l'Homme défile sur les écrans.
Radiohead ont donné un concert exceptionnel de bout en bout, porté par une scénographie aussi sobre que géniale, tout en prenant un immense plaisir à jouer. Je ne peux pas croire qu'ils vont s'arrêter là.