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SPRINTS

Paris, Cabaret Sauvage - 28 mars 2026

Live-report par Adonis Didier

Quand on a déjà tout écrit, que reste-t-il à écrire ? Quand on est déjà l'auteur de tous les papiers du monde sur SPRINTS, de leur premier concert français au POPUP! jusqu'à ce Cabaret Sauvage complet quatre ans plus tard, que reste-t-il à dire que l'on n'ait pas déjà dit ? Heureusement, le groupe sait se renouveler, et la vérité du jour n'étant pas celle du lendemain, ce concert de SPRINTS ne sera pas comme les autres. Oui, il sera meilleur !

Déjà, il y a Marathon en première partie. SPRINTS ayant déjà invité English Teacher en support, on ne dira pas que c'est la meilleure première partie de l'histoire de SPRINTS, mais pas loin. Ensuite, le groupe est de nouveau au complet après l'absence de son bassiste Sam McCann sur le début de la tournée. Une absence largement comblée par l'ex-bassiste de NewDad, Cara Joshi, mais la pauvre s'étant cassé le pied entre Cologne et Amsterdam, le remplaçant du remplaçant qui était en fait le titulaire a dû revenir. Bref, le groupe est au complet, Paris est chaud bouillant, la fosse du Cabaret Sauvage est blindée, et il y a un nouvel album à présenter. All That Is Over, le meilleur album de l'année 2025 (les rageux diront Maruja), dont la capitale n'a encore rien entendu en live si ce n'est deux chansons avant Bloc Party au festival Days Off l'an dernier, et qui commence, comme le veut la coutume, par son commencement.


Abandon avec les paroles de Descartes en intro¸ Karla Chubb rentre sur scène deux minutes après le groupe pour l'effet dramatique, et voici le meilleur concert de votre vie qui démarre, avec ce bon vieux René. Descartes met le public dans l'ambiance sans préavis, le son est dantesque, le groupe est rôdé comme jamais à enchaîner les concerts toute l'année, et le premier pogo se lancera sans trop attendre sur Feast. Un milieu de fosse qui ne s'arrêtera plus de bouger pendant une heure et quart : Beg fait sauter sous le chapiteau, Shadow Of A Doubt se fait attendre mais démolit tout sur le passage de son immense final, Coming Alive déchaîne l'océan de bras de têtes et de jambes, chaque respiration est brutale, la chanson est un marathon vocal pour Karla et un marathon tout court pour nous.

Petite pause bien méritée, Karla retrace un peu le parcours de SPRINTS pour introduire une chanson qui leur a ouvert beaucoup de portes : Literary Mind. Vous connaissez le refrain, pogo et encore pogo, explosion finale et les poumons qui brûlent, la gorge qui craque à force de hurler, Karla pose la guitare pour faire du micro-lasso sur How Does The Story Go?, et toute la foule reprend en chœur « I'm not fine ». Je ne vais pas bien, je ne vais pas bien, dans la France à Macron je ne vais pas bien, mais à un concert de SPRINTS ça va tout de suite mieux : Karla tombe le maillot de football pour un t-shirt Marathon avec un chat dessus (technique marketing). Durant Heavy, c'est n'importe quoi, certains commencent à slammer sur le public, Karla aide les femmes qui arrivent sur scène à repartir sur la foule, et puisque le nom est SPRINTS, il est temps de courir.

Vient le classique circle pit de Up And Comer, comprenez des gens qui courent en cercle pour basiquement aucune raison sinon se défouler. Ça marche presque trop bien, le groupe enchaîne ses deux petites bombes punk Pieces et Need, deux nouveaux titres qui, eux, explosent sans attendre et vont à balles du début à la fin, et Karla profite de la fin de Need pour descendre faire coucou dans la foule. La chanteuse passe avec le microphone pour que tout le monde puisse dire « Hello ! », de plus en plus fort, de plus en plus viscéral, tout le monde se fout sur la gueule pour finir, et Karla continue sa route pour demander un verre au bar. « Dou vin bwanc » en français dans le texte, enfin je crois, avant de monter sur les barrières des ingénieurs du son et de demander aux jeunes et aux combatifs de se préparer à la porter. « A Tourcoing ils m'ont lâché, vous faites pas la même hein ! », Karla blablate, le groupe reprend des riffs connus pour déconner, avant que n'arrive la question fatidique de la soirée, « Who took the bomp!? ».


Mais qui a volé a volé le bomp du marchand, Karla se jette sur la foule depuis le fond du cabaret, le groupe lance Deceptacon, Karla traverse toute la salle à bout de bras et pique une caméra sur le passage, et pour finir rejoint la scène comme elle le peut avant de poursuivre toute la chanson selfie stick à la main. Une débandade totale, la foule n'est que chaos et entropie, et c'est donc seulement après une grosse heure de concert que l'on pourra enfin reprendre notre souffle, pendant le long speech introductif à Desire.

Karla gratte sa guitare en parlant, en parlant du groupe qui vit maintenant de sa musique depuis un peu plus d'un an, du monde qui part en vrille et à la guerre, des problèmes pour les communautés minoritaires quelles qu'elles soient, les LGBTQ, les gens de couleur, ceux qui sont les deux, et puis tous les autres. Un speech qui se termine par « Un, les droits trans sont des droits humains. Deux, libérez la putain de Palestine. Et trois, faites du bruit qui putain de putain de compte ! ». Un speech entrecoupé de rires et de sourires, parce que les potes de Karla lui crient des conneries, parce que SPRINTS c'est un combat mais ce sont aussi des gens profondément drôles et humains, et puis arrive Little Fix.

La fin du concert, la chanson est remaniée comme depuis deux ans en un début lent et torturé, Karla se retient de rire face aux conneries du public et de rester dans le personnage, et puis je le sais, tu le sais, vous le savez, l'explosion. La Macron explosion pour lancer la chanson, puis deux minutes plus tard toutes les femmes sont invitées à venir sur scène, une petite nouveauté de la tournée européenne avant que Karla ne se jette comme à son habitude sur et dans la foule, et termine dans le pogo, un pogo avec que des mecs qui, je ne vous le fais pas dire, sera particulièrement peu subtil.

SPRINTS, une tornade sur disque, un ouragan en live, l'un des meilleurs groupes irlandais, et même plus, de tous les temps. Je sais, j'ai un problème avec ce groupe, mais retenez-bien ça : le vrai problème, c'est si vous n'avez pas encore un problème avec ce groupe !
setlist
    Abandon
    Descartes
    Feast
    Beg
    Shadow Of A Doubt
    Coming Alive
    Literary Mind
    How Does The Story Go?
    Something's Gonna Happen
    Heavy
    Cathedral
    Up And Comer
    Pieces
    Need
    Deceptacon (Le Tigre cover)
    Desire
    Little Fix
photos du concert
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