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mary in the junkyard
Everett Dolphin

Paris, La Bellevilloise - 5 octobre 2026

Live-report par Jérémi Desplas

C'est une effervescence réjouissante qui règne dans une Bellevilloise à guichets fermés pour mary in the junkyard, groupe qui a produit l'un des succès les plus inattendus de l'été au vu de l'étrangeté de sa musique avec son premier album Role Model Hermit. Ajouté à cela l'imprévisibilité du groupe en concert (entre costumes, sauts dans le public, et on en passe), l'impatience règne pour leur premier concert à Paris en tête d'affiche.


La première partie est assurée par Everett Dolphin, seul à la guitare et qui alterne entre différents registres, parfois avec une intensité bien réelle comme sur sa première chanson. Certains fonctionnent mieux que d'autres, la configuration très réduite n'aidant pas forcément, mais l'émotion prépare bien le terrain pour les stars du jour.

Une fois la plus que plus que dispensable musique d'entracte dissipée, mary in the junkyard prennent place. Le batteur David Addison est en retrait, presque noyé dans les flashs qui empêchent de distinguer son magnifique t-shirt Pavement, tandis que Clari Freeman-Taylor et Saya Barbaglia sont sur le devant de la scène, alternant entre les instruments. Clari porte des ailettes d'ange, et les lumières parfois intenses dans l'espace cloîtré de la Bellevilloise nous plongent dans une atmosphère rappelant celle de la scène finale de Twin Peaks : Fire Walk With Me. Le set commence avec les mêmes morceaux qui ouvrent l'album : Mantra III et Blood. La batterie est puissante et précise, soutenant parfaitement les chansons, la coordination entre les membres est de mise. L'atmosphère sombre et le son fort et enveloppant permettent d'amplifier l'intensité et la tension présentes sur l'album.


L'enchaînement est réussi avec tuesday, tout premier single du groupe, à l'agressivité marquée et au crescendo bluffant. La plupart des morceaux les plus rock étant placés au début (comme sur l'album), c'est Myrtle qui prend le relais, puis ghost et son côté Big Thief prononcé. Bien que le public soit moins remuant que ce qu'il pourrait être, cet enchaînement de morceaux à la fois puissants et mélodiques mais chacun dans son registre propre donne parfaitement à voir l'agilité et le talent du groupe.

Le groupe présente ensuite de nouvelles chansons, notamment Windy Willows : les guitares saturées sont toujours bien présentes mais le tempo est plus lent, jusqu'à un décollage final très réussi. Les nouvelles chansons sonnent différemment du premier album, laissant présager un successeur avec une atmosphère bien à lui également, et que les morceaux dévoilés ce soir annoncent prometteur. New Muscles et son désormais habituel faux combat entre Saya et Clari confirme sa place parmi les meilleures chansons de leur répertoire malgré sa complexité, tandis que Jane, leur tout dernier morceau en date, est plus introspectif et laisse entendre l'influence trad-folk.

Le groupe fait ensuite voter le public pour savoir qui de Seek and Destroy et drains sera joué en premier, le morceau sur l'album gagnant de peu. Les deux chansons sont tout aussi efficaces l'une que l'autre, malgré cela le public manque un peu de répondant pour provoquer les sauts dans la fosse (et éventuellement les dents cassées) que le groupe espérait en interview et dont il est capable devant des assistances pourtant plus réduites. Bien sûr ce n'est pas l'essentiel et ce concert a plutôt permis de nous plonger complètement dans l'ambiance magique et mystérieuse de la musique de mary in the junkyard, mais c'est comme si toutes ses facettes n'étaient pas entendues de tous.


Plus expérimentale, la fin du concert nous emmène vers plusieurs sommets : tout d'abord Thou Shalt Sprout qui se révèle davantage dans cet espace confiné, en finissant dans un grand mélange sonore, si bien qu'on ne comprend plus très bien qui fait quoi mais c'est assez impressionnant. Ensuite le chef-d'œuvre Crash Landing, joué avec un harmonium et dont le delay exceptionnel nous plonge d'emblée dans un film. Vient ensuite l'étonnante mais enthousiasmante this is my california, et enfin, comme sur l'album, la singulière Mouse, dont toutes les bizarreries de la version studio sont parfaitement reproduites.

C'est une soirée hors du temps que nous ont offert mary in the junkyard, lesquels ont tenu autant de promesses qu'ils nous en ont fait pour l'avenir. On en sera sans faute.