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LICE

WASTELAND : What Ails Our People Is Clear

LICE - WASTELAND : What Ails Our People Is Clear
Chronique Album
Date de sortie : 08.01.2021
Label : Settled Law Records
35
Rédigé par Lena Inti, le 8 janvier 2021
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LICE nous viennent de Bristol et sortent ce 8 janvier leur premier album au nom quelque peu énigmatique : WASTELAND: What Ails Our People Is Clear.

Il rappelle en effet le titre d'un film, ou bien d'un roman. Et ce n'est pas un hasard, car la plume du groupe, Alastair Shuttleworth, a distillé dans cet album de nombreuses références cinématographiques et littéraires. Les thèmes et personnages des chansons en sont inspirés.
Des travaux du romancier américain William Burrough à celui du peintre et écrivain britannique Wyndham Lewis (la pièce « Enemy Of The Stars ») en passant par David Lynch (« Ghost Of Love ») ou encore Shakespeare, ce concept album nous plonge dans un univers de science-fiction où l'on suit des personnages étranges complexes.
Ce disque sans espace-temps défini est peuplé de métamorphes, de voyageurs temporels ou encore d'ectoplasmes. L'histoire suivra trois personnages principaux dont les titres de certaines chansons sont tirés : Le Convoyeur (Conveyor), R.D.C. et Dr Coehn. L'intrigue ? Certains d'entre eux nous concoctent l'auto-destruction de la race humaine. Rien que ça.

Musicalement, et avant même d'avoir glané toute information sur le projet, on est transporté (et quelque peu désarçonné) par le côté expérimental poussé parfois à l'extrême. La curiosité l'emporte cependant et plusieurs écoutes sont nécessaires afin de comprendre à quoi on a affaire.
L'album débute par Conveyor, qui s'ouvre avec des bruits de pas puis une sorte de pétarade de moto qui est causée par le « noise-intoner », instrument étrange construit par le groupe et inspiré par le peintre et compositeur Luigi Russolo. Il s'agit d'une sorte de grande boîte en bois avec une manivelle en métal, produisant des bruits de claquements, crissements et autres sons stridents, utilisés sur de nombreux titres du disque. Des riffs de guitares lourds et bien saturés déboulent sur la suite du morceau, accompagnés par une batterie pas du tout subtile mais rudement efficace. On découvre ensuite la voix du chanteur, Alistair, métallique et dissonante. Il pose le cadre du Wasteland, où il présente les thèmes de l'album. L'ensemble est extrêmement jouissif et fait penser à Girl Band.

Le titre suivant, Imposter, pose une ambiance sombre et apocalyptique avec des échos de voix lointaines. On trouve appui un instant sur un rythme davantage familier qui fait presque danser. Mais c'est sans compter sur la suite du morceau, qui marque des arrêts, entrecoupés de riffs de guitares et de basse à la stoner rock, et des éclats de voix dont on peine parfois à distinguer les paroles.
La voix du chanteur et parolier, parlons-en : elle est parfois aussi dissonante que les guitares, monte dans les aigus puis redescend parfois dans des murmures comme sur Espontáneo. L'intro et le « pont » (si tant est que l'on puisse dire que ce morceau suive une structure classique...) de ce morceau de cinq minutes pourraient figurer sur une B.O. de film d'horreur. Ce titre aux influences diverses pioche à la fois dans le passé, et dans des sons plus contemporains dans la lignée de groupes tels que Squid ou Girl Band.

R.D.C. fait partie avec Conveyor des petites pépites de l'album. Chant, guitare et voix se répondent et suivant pratiquement la même mélodie... par moment. Les parties instrumentales sont aussi plaisantes que lorsque le chant (ou plutôt les cris) revient. On s'imagine déjà pogoter sur ce titre quand les concerts reviendront.
Sur d'autres morceaux, comme Pariah, le « noise-intoner » fait son grand retour, dans un tourbillon de bruits de travaux, entrecoupés de parties ressemblant à des improvisations jazz. Sur Arbiter, Alistair scande presque les paroles, en rythme avec la batterie, la basse et les gros riffs de guitares lancinants. Ce titre critique la presse musicale britannique qui n'offrirait pas suffisamment de visibilité aux nouveaux artistes.

Il s'agit donc d'un groupe aux influences variées, s'inscrivant incontestablement avec des IDLES, The Fall et autres Fat White Family dans le renouveau punk de ces dernières années. Pour autant, il n'est pas certain que le groupe se reconnaisse dans ce mouvement. Ce disque est une satire, comme ils le présentent, et même une « satire de la satire ». Qu'est-ce que cela signifie ? Eux seuls le savent, probablement. Dans tous les cas, il s'agit d'un album complexe. On pourrait même le qualifier d'ovni tant on ne sait jamais où les morceaux vont nous mener.
L'autre particularité du projet, c'est l'histoire racontée tout au long du disque. Et la manière dont elle l'est. Les chansons commencent sous forme de prose, qui est peu à peu déconstruite à coups de répétitions, et qui se transforme finalement en véritable pièce de théâtre sur le dernier magnifique titre Clear. L'album est en effet accompagné d'un livret avec les paroles et références littéraires, servant de guide à l'auditeur. Il est vivement recommandé de le parcourir tout en écoutant l'album.

En fin de compte, si certaines chansons sont difficiles à digérer, LICE savent nous emporter, nous faire nous questionner sur ce que l'on est en train d'écouter, et nous surprendre dans le meilleur sens du terme. Une chose est sûre, ce disque ne laisse pas indifférent.
tracklisting
    01. Conveyor
  • 02. Imposter
  • 03. Espontáneo
  • 04. R.D.C.
  • 05. Pariah
  • 06. Persuader
  • 07. Arbiter
  • 08. Serata
  • 09. Deluge
  • 10. Folla
  • 11. Clear
titres conseillés
    Conveyor – R.D.C. – Clear
notes des lecteurs