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Peter Hook

Peter Hook Presents Joy Division Orchestrated (Dreams EP)

Peter Hook - Peter Hook Presents Joy Division Orchestrated (Dreams EP)
Chronique Album
Date de sortie : 01.10.2021
Label : Townsend Music
3
Rédigé par Bertrand Corbaton, le 3 octobre 2021
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Peter Hook est le genre de gars qui ne laisse pas vraiment indifférent. De par sa personnalité, mais aussi par son passé de membre fondateur de Joy Division, formation phare de Manchester. Après le décès de Ian Curtis qui sonnera la fin du groupe, il reprend du service avec les autres membres pour former New Order, autre entité marquante du son rock de Manchester. La vie au sein de New Order va parfois être difficile pour Hooky qui, en plus de ses problèmes d'addictions, va peu à peu voir le fossé artistique se creuser avec Bernard Sumner, jusqu'à une inévitable fin qui va sérieusement entamer ses rapports avec ses anciens amis.

Mais ce bon vieux Peter retombe toujours sur ses pieds et s'éclate à faire le DJ, conter sa vie au sein de ses groupes successifs et du Madchester dans de passionnants ouvrages, ou faire sonner sa basse dans des collaborations comme dernièrement avec Gorillaz, ou encore en formant des groupes comme Monaco. Il y a surtout la formation de Peter Hook And The Light, qui sillonne le monde depuis des années pour jouer le répertoire de Joy Division. Ainsi, plus que quiconque, Hooky s'apparente à un véritable gardien d'un temple, où serait concentré tout l'univers de ce groupe aussi bref que marquant dans l'histoire du rock.

C'est un peu à ce titre qu'il faut appréhender ce Peter Hook Presents Joy Division Orchestrated (Dreams EP). Tout est dit, ici, le furieux bassiste vient nous présenter quelques titres de ce groupe légendaire orchestrés par Tim Crooks avec son Manchester Camerata. Les deux hommes ont déjà œuvré ensemble sur ce thème pour des représentations live en 2019. L'idée était donc de graver en studio les réarrangements de certains morceaux, pas forcément les plus connus, histoire qu'il reste quelque chose de cette aventure.

Le travail ne manque pas de qualité, et on ne peut s'empêcher d'éprouver une certaine curiosité d'entendre ces mélodies sous une nouvelle forme. Les morceaux sont bien évidemment choisis en fonction de leur propension à accepter le modelage orchestral. En ce sens, Atmosphere et New Dawn Fades paraissent être des choix judicieux tant leur texture s'adaptent facilement à l'exercice. Dans le cas de New Dawn Fades, Tim Crooks a l'intelligence de ne pas s'entêter à tout effacer au profit d'un orchestral trop dense et envahissant. Ainsi, la ligne de basse d'origine est conservée et le thème rythmique est joué à la guitare sèche.
A Means To An End est peut-être l'exercice le plus réussi. Il est retravaillé de telle sorte à faire penser à une petite pièce jazzy, le tout joué dans l'ambiance feutrée d'un vieux club enfumé. On est à mille lieues de l'idée de départ du titre d'origine. Il n'empêche, l'arrangement doublé par cette voix chaude fonctionnent parfaitement.

Il eut été difficilement concevable de voir sortir une compilation de Joy Division sans Love Will Tear Us Apart. Deux versions sont présentées, les deux étant très similaires, une seule version aurait suffi à notre bonheur. Cette version piano chantée par Peter Hook lui-même est agrémentée de la touche orchestrale dosée, qui ne nuit pas à l'ensemble, et évite sagement le too much. Une dernière version d'Atmosphere, où s'entend la basse de Hooky termine cet EP. Mais ici aussi, il était peut-être nécessaire de faire un choix tant les deux arrangements sont proches.

Voici donc comment ce Dreams finira inévitablement dans toutes les discothèques des fans de Joy Division. Pourtant, au-delà de l'aspect de collection, on s'interroge sur l'intérêt artistique de la démarche. Bien évidemment, la corde sensible, la nostalgie joue a fond et le travail de Tim Crooks est indéniablement remarquable. Bien sûr, enregistrer ces versions jouées en live en 2019 peut s'entendre.
Dans un même temps l'écart entre nos souvenirs et le résultat est assez monumental. Par exemple, l'angoisse dramatique qui se dégage du New Dawn Fades original est totalement lissée pour devenir la vulgaire bande son d'un film américain à gros budget. Quant à Atmosphere, si son traitement réagit bien à l'adaptation orchestrale, on ne peut s'empêcher de frôler le pompeux grandiloquent malgré tout. Joy Division méritent-il cela ? D'aucuns préféreront sans nul doute les reprises live de Peter Hook And The Light, qui semblent une bien meilleure façon de faire revivre le mythique groupe.

Mais après tout, puisque c'est Peter Hook le gardien du temple...
tracklisting
    01. Love Will Tear Us Apart (Piano Version)
  • 02. Atmosphere
  • 03. New Dawn Fades
  • 04. A Means To An End
  • 05. Love Will Tear Us Apart (Alternate Version)
  • 06. Atmosphere (Tom Toms Version)
  • 07. Dreams EP (Full Version)
titres conseillés
    A MEANS TO AN END
notes des lecteurs