Chronique Album
Date de sortie : 05.06.2026
Label : One Little Independent Records
Publié par
Quentin Perriault, le 3 juin 2026
Lors d'une activité anticipée depuis plusieurs semaines, je me suis levé à 3h du matin pour réaliser l'ascension d'un mont avant le lever du soleil. Arrivé au sommet, le seul spectacle qui nous attendait était une mer de brume opaque. Le souvenir est peut-être différent de ce à quoi je m'attendais, mais, à force de raconter cette anecdote, le moment en est finalement devenu encore plus fort et important. Liminal, c'est un peu ça : accepter la brume pour y trouver une expérience qui restera.
Après une aventure plus riche en instruments en 2019, Poppy Ackroyd était revenue deux ans plus tard, à la sortie des confinements dus au COVID-19, à du piano solo. Ici, c'est dans la configuration qui l'a faite connaître qu'elle explore un nouveau pan de sa vie : piano et violon. La musicienne multiplie les couches et les boucles de ces deux instruments. Elle ne se contente d'ailleurs pas du son qui est attendu d'eux : des touches pour l'un, des cordes frottées par un archet pour l'autre ; elle les triture discrètement, joue les cordes du piano, tapote le corps de son violon, enregistre les souffles autant que les notes et en fait sortir toutes sortes de sonorités et petites percussions.
Dans la lignée des musiciens néo-classiques, plus que des paysages, Poppy Ackroyd dépeint des météos, comme prises au vol. Une pluie chaude percée de rayons lointains tombant sur un piano, des nuages en réunion menaçants d'assombrir l'horizon, la lumière d'or et d'argent d'une matinée d'hiver tombant sur un champ de blé fouetté par le vent, la brume stagnant au-dessus d'un lac enneigé... Les morceaux sont éthérés, plutôt lumineux mais toujours d'une lumière pâle et douce.
Cela se traduit musicalement par le contraste entre des pluies de notes répétées et des harmonies éparses pour mettre l'emphase sur l'atmosphère plus que sur les thèmes forts, en dehors de The Unknown et Between Two Worlds, morceaux de bravoure cinématiques de l'album. Au milieu de ces boucles souvent cotonneuses, les changements de ton, comme le passage d'un mode majeur à mineur sur Shimmer, n'en sont que plus forts.
D'une technicité indéniable avec son foisonnement de notes, toujours au service des images, et avec sa moyenne de cinq minutes de durée par chanson, c'est un album qui ne s'adresse évidemment pas à toutes les situations ni à tout le monde. Cependant, si l'on accepte d'écouter des musiques qui « sont » plus qu'elles ne « vont » quelque part, l'album saura séduire toute personne prête à mettre sa journée en pause, le temps d'un voyage méditatif au-dessus de la Terre.