Il y a parfois des albums qui semblent avoir tout ce qu'il faut : le coeur au bon endroit, des musiciens en pleine possession de leurs moyens, une production aux petits oignons, une promesse musicale qui ne peut que faire mouche... et pourtant, à l'écoute, ça n'accroche pas. C'est difficile de mettre le doigt dessus, mais quelque chose glisse. La seconde écoute ressemble déjà à la première, la sixième n'a rien changé à la seconde, et si chacune reste plaisante, on sait bien que lorsqu'on appuiera à nouveau sur pause, ça sera pour la dernière fois.
SWIM DEEP est un groupe à la trajectoire particulière, chaque album s'inscrivant jusqu'ici dans une mouvance légèrement différente aux influences fortes. Ce cinquième album est le premier qui fait exception, car il prolonge le mouvement du précédent, There's A Big Star Outside, déjà produit par Bill Ryder-Jones, ex-The Coral. Ils renouent donc avec cette approche plus mature, au risque de confondre sagesse et élégance avec peur du débordement, dont un des symptômes pourrait devenir la monotonie.
Le groupe navigue dans son propre univers parallèle où le rock anglais se serait arrêté avec The Bends de Radiohead... et où il faut imaginer Thom Yorke heureux. Les musiciens semblent retenus par une bride invisible qui les empêcherait de trop dévier de leur but : réaliser la ballade parfaite. Cela implique un certain manque de variations, que ce soit dans les tempos, la façon de chanter d'Austin Williams, voire même dans les mélodies... et autant être clair : si les chansons sont agréables au demeurant, elles n'atteignent jamais tout à fait l'objectif. On s'en approche pourtant sur la très belle Is There Something Going On, avec son riff de guitare bien senti et son entrain mélancolique apportant enfin un peu de tension.
Si ce n'est pas un problème de viser la simplicité et l'intemporalité, comme l'ont prouvé avec panache The Loft le mois dernier, ça en devient un quand l'intemporalité cache le groupe derrière lui. Ici, il est difficile de ne pas penser à The Verve, Suede et la brit-pop 90's sans que cela prenne le pas sur ce que l'on est en train d'écouter. Notes électriques en arpèges, guitares acoustiques toujours dans le fond, basse marquant la mesure en apportant parfois son soutien à la mélodie principale... Seule la batterie, peu mise en avant dans le mix, apporte par moment un certain caractère aux chansons.
Bill Ryder-Jones apporte pourtant un savoir-faire évident dans le dépouillement du premier plan (il faudra se plonger plus en avant dans la production pour découvrir des textures et harmonies discrètes mais enrichissantes). Il y a là une maitrise artisanale indéniable, beaucoup de finesse dans les arrangements, mais il manque un peu de chair, d'aspérités, de quelques nids de poule pour ne pas s'endormir sur la route trop lisse de la pop que le groupe nous propose, et arriver à emporter l'auditeur. Un disque dont la principale qualité devient donc aussi sa principale limite : une trop grande retenue qui empêche une personnalité d'émerger. Cela se fait malheureusement au détriment de chansons qui glissent plus qu'elles n'accrochent et rendent cet album peu mémorable une fois terminé.
Peut-être que pour les fans des débuts, l'évolution sera logique et appréciée. Pour les autres, sans jamais être désagréable, elle risque d'apparaitre un peu fade, voire frustrante. Au final, voilà l'album d'un groupe sympathique pour gens gentils (et c'est un partisan de la gentillesse constante et inconditionnelle qui l'écrit), ce qui, et c'est à mettre à son crédit, peut proposer une petite bulle salvatrice dans un quotidien parfois étouffant.