DEADLETTER sont à Paris pour défendre leur deuxième
album. Contrairement à leur EP et premier album dont les chansons ont été au fil des mois largement jouées live avant d'être enregistrées, les chansons de
Existence Is Bliss ont été écrites et enregistrées avant d'être jouées sur scène, c'est donc un baptême du feu devant le public parisien qui a trouvé bien long ces mois d'absence depuis leur dernier passage. Cela a fait monter les attentes d'un public de plus en plus nombreux à les suivre, attiré par la réputation de concerts aussi show que chauds.

Avant cela nous faisons connaissance avec
Bleech 9:3. Ces jeunes Irlandais installés dans le sud de Londres se sont rencontrés aux Alcooliques Anonymes et ont l'énergie des survivants qui n'ont plus rien à perdre. Les lumières s'éteignent, la scène est éclairée par des projecteurs rouges,
Boots, écrite par Young Fathers, pour la BO de
28 Years Later, installe une ambiance inquiétante. Le quatuor monte sur scène avec un look à la Fontaines D.C. : bassiste en survêtement fermé jusqu'au cou et bonnet malgré la chaleur estivale, chanteur aux cheveux rose et pull rock, guitariste avec lunettes de soleil et des cheveux coiffés au gel, batteur avec bob en mode lads des années 90.
Leur musique est rock, il y a de la disto partout, et les rugissements de la guitare lead ne sont pas inintéressants. Dès le deuxième titre, le chanteur, complètement habité, part au contact avec le public. Les morceaux démarrent fort, mais atteignent rapidement un plateau. Le chanteur pose la guitare pour le titre le plus rapide,
Jacky, la face B de leur 45 tours sold out à peine sorti. Il monte sur les haut-parleurs, va dans la fosse pour chauffer le public de plus en plus nombreux à danser.
Cannonball commence doucement avant de monter en puissance. Ils jouent beaucoup avec les clichés du genre entre Britpop boostée au grunge et punk rock californien des années 90. Cette énergie contenue passe bien sûr scène et ça fait le boulot. Le groupe a déjà l'attitude et l'envie, il leur reste à écrire des mélodies plus accrocheuses ou à travailler leur son pour développer une identité sonore plus marquée et émerger d'une scène déjà pas mal chargée.

C'est sur une autre bande originale qu'arrivent DEADLETTER :
The Ecstasy Of Gold qu'Ennio Morricone a écrit pour
Le Bon, la Brute et le Truand. Elle donne un air encore un peu plus spectaculaire à ce groupe de six personnes qui occupent la scène du Trabendo. L'intro de
Purity I est un peu massacrée par des problèmes de son, mais le groupe reste imperturbable. Dès l'entrée de la batterie, assez impressionnante pendant tout le set, le groupe se met en place et sort du marasme sonore.
Ce qui frappe dès les premiers titres c'est la puissance du groove des titres, largement portés par la voix et la section rythmique. Les deux cowbells et deux caisses claires montées à l'avant de la scène interpellent : elles seront utilisées à tour de rôle, voire simultanément, par Lawrence le chanteur et Nathan le saxophoniste. J'ai appris à apprécier
Existence Is Bliss qui fait partie de mes albums préférés de ce début d'année et ses morceaux comme
He, Himself, And Him ou
(Back To) The Scene Of The Crime s'écoutent particulièrement bien. Les anciens morceaux plus connus en sont d'autant mieux accueillis et quand Lawrence lance "we need more heat", la fosse est prête à entrer en ébullition. Les morceaux des deux albums s'enchaînent très bien : même si leur son et leur production sont assez différents, sur scène ils forment un même set.
Lawrence assure, très classe avec sa chemise impeccable et largement ouverte, il danse, va dans le public, danse encore et se donne corps et âme. Comme on peut s'y attendre avec six musiciens sur scène, il se passe toujours quelque chose, le guitariste à gauche se déhanche, le batteur assure, le bassiste fait les chœurs, le saxophoniste... est le saxophoniste (je trouve toujours ça impressionnant dans un groupe de rock).
Alors, certes le chanteur n'aura pas fini torse nu, mais ce que le groupe a perdu en énergie brute, il l'a gagné en puissance musicale, ce que DEADLETTER ont parfaitement retransmis ce soir.