Près de trois ans et demi se sont écoulés depuis le dernier passage d'Ulrika Spacek à Paris. C'était en mai 2023, lors d'une soirée Gonzaï, que les Britanniques s'étaient produits à la Maroquinerie. Les voici de retour au même endroit en octobre 2026, cette fois devant une salle sold out, preuve de l'engouement du public français pour ce groupe encore insuffisamment reconnu.
Pour ce come-back, ils étaient accompagnés de
B.I.C.H.E., formation emmenée par Alexis Fugain, fils de Michel Fugain. Réduite au format quatuor pour l'occasion, incluant la participation de Margaux Bouchaudon d'En Attendant Ana, la formation des Yvelines n'en livre pas moins, pendant quarante-cinq minutes, une belle interprétation de bon nombre de chansons de son second album éponyme paru en 2025. Entre sons minimalistes, détours krautrock, échappées sixties et pop joliment psychédélique, le groupe a su enchanter ses fans dès l'entrée en matière.

Changement de plateau pour installer les instruments de
Ulrika Spacek. Samplers et pédales occupent une bonne partie de l'espace, contraignant le groupe à une place assez resserrée sur scène. Une guirlande vient aussi orner le sol. A 21h10, au son des Mamas and the Papas, Rhys Edwards et ses acolytes prennent possession des lieux. Le set débute avec
I Could Just Do It, extrait de l'excellent
EXPO, paru en début d'année. Si le groupe reste en place, Syd Kemp, lui, ne cesse d'avancer et de reculer en déversant de grosses lignes de basse. Le son est bon, les guitares crissent, la batterie est millimétrée. "Bonsoir Paris, we are Ulrika Spacek from England", lance le chanteur-guitariste avant que ne résonne
This Time I'm Present. Le son se muscle, la présence de trois guitares rendant la composition pleinement sonique, et celle-ci se marie à merveille avec les images projetées en fond de scène qui défileront tout au long du concert.
Si la setlist puise majoritairement dans le dernier disque, le groupe n'oublie pas d'aller piocher dans ses trois autres albums. On prend, par exemple, un immense plaisir à réentendre
If The Wheels Are Coming Off, The Wheels Are Coming Off et ses changements de rythme qui déstructurent le morceau. C'est d’ailleurs ce qu'on aime vraiment chez Ulrika Spacek : cette capacité à construire et déconstruire des mélodies entêtantes, à jouer sans concessions.
The Sheer Drop reste toujours géniale, avec sa petite intro électronique précédant un retour des autres instruments sur un son hypnotique. Un petit extrait de
There's A Little Passing Cloud In You, tiré de
The Album Paranoia, vient calmer quelques instants l'énergie bouillonnante de l'ensemble.

Rhys Edwards a chaud, et n'aura pas le temps de refroidir avec l'énergique
Picto. Avant d’interpréter
Showroom Poetry, il remercie le public d'être venu aussi nombreux un dimanche soir et trouve inspirant cet esprit de révolte dans les rues de Paris. Le temps passe vite :
N°1 Hum, extraite du
Suggestive Listening E.P. paru en 2018 à l'occasion du Record Store Day, enchante l'audience, tout comme
Mimi Pretend, classique indétrônable des setlists du groupe.
Le concert s'achève avec
Build A Box Then Break It, ultime retour vers
EXPO, et son rythme presque hip-hop. Le final est d'une puissance à l'image de ce que les cinq Anglais ont déversé à de nombreuses reprises tout au long de la soirée. Le groupe quitte la scène une à deux minutes avant de revenir pour un rappel unique :
Ultra Vivid, petite perle presque pop, qu'on n'avait pas entendue en live depuis bien longtemps, conclut en beauté ces 1h20 de concert. Avec cette performance brute et puissante, Ulrika Spacek ont confirmé qu'en 2026 ils comptent parmi les formations les plus intéressantes d’outre-Manche.