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Coldplay

Viva La Vida Or Death And All His Friends

Coldplay - Viva La Vida Or Death And All His Friends
Chronique Album
Date de sortie : 16.06.2008
Label : EMI
35
Rédigé par David, le 16 juin 2008
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Le soleil n’est toujours pas arrivé dans nos contrées mais le nouveau Coldplay, annoncé par la rumeur comme revigorant et euphorisant, déboule dans les bacs tel un événement interplanétaire. Album (ridiculeusement) surprotégé au niveau des écoutes presse, tournant annoncé après la trilogie qui leur a permit de mettre le monde entier à leurs genoux ainsi que producteurs aguerris (Brian Eno et Markus Dravs) à leur coté, alors qu’en est-il vraiment: album de l’année ou grosse déception? Honnêtement, il faudra certainement plusieurs mois d’écoute avant de pouvoir prétendre répondre à cette question…

Dès l’intro instrumentale Life In Technicolor, on comprend effectivement qu’avec ce Viva La Vida Or Death And All His Friends le gang de Chris Martin a décidé d’évoluer, de s’éloigner non pas des recettes musicales (qui restent une nouvelle fois les mêmes) qui on fait leur succès mais plutôt de l’ambiance générale et des sonorités utilisées par le passé: terminées les atmosphères plutôt sombres et mélancoliques et virage à 180 degrés vers un monde multicolore et varié, peut-être un environnement plus mature et serein que Coldpay aspire enfin a cotoyer. Pourtant, alors que chaque "premier morceau" des 3 albums précédents était instantanément culte, celui-là paraît un peu fade et sans saveur en comparaison… sauf que les écoutes successives n’arrêtent pas de bonifier cette chanson si simple et si universelle.. et ce ne sera pas un cas isolé!
Car si quelques morceaux plus classiques ramènent l’auditeur en terrain connu (le très bon premier single éclaireur Violet Hill ou la très calme Strawberry Swing sonnant un peu comme à l’époque de Parachutes), un énorme temps d’adaptation est nécessaire afin de pénétrer ce nouveau millésime du groupe anglais, tant les effets utilisés et la production choisie peuvent apparaître comme pompeux, prétentieux voire ridicules à la première écoute: vous allez me dire, le génial (et pourtant très décrié) X&Y avait subit les mêmes décharges de haine contre lui à sa sortie sauf que là, les détracteurs de Viva La Vida.. seront à coups sûrs beaucoup plus nombreux!
Ainsi, pour résumer, la découverte des intro de Viva La Vida ou de Lovers In Japan nous font plus penser à Mylène Farmer qu’à David Bowie ou Arcade Fire et si le début de l’ambitieuse 42 lorgne avec succès du coté de Radiohead, une coupure "dansante" étrange nous fait plutôt rebasculer du coté (obscur?) des groupes phares des années 80 comme U2 ou Simple Minds… du déjà-entendu donc avec en plus une connotation datée et un peu ringarde.

«Alors chroniqueur à deux balles, finalement tu le kiffes ce nouvel album de Coldplay ou c’est une grosse bouse?»
Du calme le jeune, j’y viens.
Comme tout les albums très "produits", un énorme travail de décryptage est nécessaire afin de savoir si les effets choisis nuisent finalement à l’ensemble ou apportent une cohérence nécessaire à des morceaux ambitieux et souvent à la limite de la chute libre dans le canyon du mauvais goût. Et miracle, sur une bonne partie des morceaux, après (j’insiste encore!) un nombre incalculable d’écoutes, l’horizon s’éclaircit vraiment et on "comprend".
On "comprend" l’énorme travail mettant en valeur les sonorités orientales et latines de Yes ou de Cemeteries Of London, on "comprend" l’universalité et la chaleur incroyable qui se dégage de l’immense Viva La Vida (si, si, la même qui rappelle terriblement Mylène à la première écoute!), on "comprend" que la mélodie de Lost! (composition "classique" pour Coldplay) se voit transcendée par ce son d’orgue et cette ambiance tribale piquée à Peter Gabriel, on "comprend" même cette idée saugrenue qui impose par trois fois l’écoute de deux morceaux bien différents l’un après l’autre dans la même plage comme si l’équilibre fragile de l’un ne pouvait être dissocié de l’assurance prononcée de l’autre.. ou inversement.
Au final, une fois notre oreille (curieuse et aguerrie, sinon le décrochage est inévitable) acclimatée, lorsque la boucle finale de la piste cachée The Escapist relance avec brio Life In Technicolor, on se surprend à penser que l’album est parfaitement conçu, de sa pochette naïve (surtout pour les fans français!) reprenant le tableau très connu d’Eugène Delacroix La Liberté guidant le peuple à son titre simpliste nous invitant à écouter avant tout ce disque avec le cœur afin de capter une notion d’humanité qui ne peut pas vraiment passer à travers le filtre de l’élitisme musical.

Alors donc, après une trilogie parfaite qui avait fait passer Coldplay du rang de "meilleur espoir indépendant" à "machine de pop progressive de masse", ce Viva La Vida Or Death And All His Friends risque bien d’emmener le groupe encore plus haut dans le cœur du grand public et encore plus bas dans celui des fans exigeants de la première heure. A l’heure de l’écriture de ces lignes, si la comparaison en matière de qualité artistique avec les anciens disques s’avère clairement impossible, une seule chose est importante: décidément, Coldplay surprend à chaque fois, s’égare parfois pour mieux se renouveler, mais à l’inverse d’un Radiohead, (et en choisissant clairement la même option que Muse) c’est en taquinant des sphères très accessibles, naïves et universelles qu’ils cherchent à réussir leur passage au monde adulte, un monde brut et direct dans lequel les émotions (les cautionables comme les inavouables!) guideraient chacun de nous sans barrières honteuses ni séparation des genres.
Il est désormais temps pour chacun de se faire sa propre idée sur cette notion "Bisounours" que nous invite à partager Coldplay en vous préparant bien à accepter l’enchaînement des écoutes et l’abandon des préjugés nécessaires pour y parvenir… l’un des plus grands succès planétaires de pop-rock cette année sera-t’il beaucoup plus passionnant qu’il n’y paraît? Peut-être bien…
On se revoit dans 6 mois pour le debriefing…
tracklisting
    01. Life In Technicolor
  • 02. Cemeteries Of London
  • 03. Lost!
  • 04. 42
  • 05. Lovers In Japan / Reign Of Love
  • 06. Yes (/Chinese Sleep Chant)
  • 07. Viva La Vida
  • 08. Violet Hill
  • 09. Strawberry Swing
  • 10. Death And All His Friends (/The Escapist)
titres conseillés
    Viva La Vida, Violet Hill, Yes, 42
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