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Michael Kiwanuka

Love & Hate

Michael Kiwanuka - Love & Hate
Chronique Album
Date de sortie : 15.07.2016
Label : Polydor
4
Rédigé par Cassandre Gouillaud, le 18 juillet 2016
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Depuis l'acclamation et les éloges générales de son premier album, Home Again, Michael Kiwanuka aura passé du temps loin des projecteurs. Trois ans de travail et une collaboration avec les influents Inflo et Danger Mouse plus tard, le prodige de la soul nous revient avec Love & Hate. Un effort qu'il a pu prendre le temps de mûrir, et qui nous donne à voir un tableau bien différent du premier.

L'album s'ouvre de la plus énigmatique des manières ; un morceau peu commun aussi bien pour les standards de l'époque que pour ceux de l'artiste. Cold Little Heart est un titre qui approche les dix minutes, dont une bonne moitié sont instrumentales. Des choeurs presque fantomatiques sont alors entrecoupés de slides ne pouvant qu'être assimilés à ceux d'un David Gilmour. En une moitié de morceau, Michael Kiwanuka prend le pari de nous annoncer d'emblée prendre une direction diamétralement opposée à celle de Home Again. Il nous introduit également sans plus de cérémonie son morceau le plus ambitieux à ce jour, qui se permet de virer subitement vers une démonstration de soul à mi-chemin. Les mots que chante la voix légèrement éraillée de l'artiste sont pleins d'émotion et de détresse « Bleeding, I'm bleeding / My cold little heart / Oh I, I can't stand myself », faisant naître dans cette composition le dernier fil conducteur de cet effort : une sensibilité ô combien poignante.

Love & Hate est une oeuvre d'introspection et de recherche de soi-même, qui prend vie dans une soul à coeur ouvert. Michael Kiwanuka touche dans l'entraînante Black Man In A White World à la place qu'il se voit occuper en tant que personne et artiste noir évoluant dans des sphères où il est constamment mis en minorité - jusqu'à ses propres concerts, où, de son propre aveu, il constate un public essentiellement blanc. Falling, elle, fait écho à une douloureuse expérience amoureuse. L'artiste, loin d'avoir pour objectif de se faire porte-parole ou défenseur d'une cause, met avant tout en lumière des expériences personnelles et semble revendiquer la musique comme exutoire.

La richesse musicale de ce second effort doit aussi être soulignée, tant Michael Kiwanuka parvient aussi bien à naviguer entre soul et folk qu'à y incorporer des éléments de gospel (Black Man In A White World) et des cordes qui sont bien plus présentes que sur son prédécesseur. Elles viennent notamment sublimer la magnifique, quoique minimaliste Love & Hate, sur laquelle l'artiste livre également l'un de ses plus beaux travaux de voix. Sa puissance, soutenue par les choeurs, nous rappelle une nouvelle fois à cette sensibilité exacerbée qui jaillit à bien des reprises sur cet album. Le travail émotionnel est manié à merveille, ne tombant jamais dans la caricature, et nous offrant au contraire une partition sincère et juste de bout en bout. Preuve en est dans la douce ballade I'll Never Love et la touchante The Final Frame, qui clôt l'album.

Michael Kiwanuka a t-il trouvé les réponses à ses tourments ? Rien ne peut l'indiquer, mais leur expression permet une très belle addition à la discographie du Londonien. Il s'écarte du destin des Bill Whiters ou des Ottis Reading qu'on avait pu lui promettre à la sortie de Home Again pour suivre une voie bien plus singulière. À y réfléchir, ce n'est pas une si mauvaise nouvelle.
tracklisting
    01. Cold Little Heart
  • 02. Black Man In A White World
  • 03. Falling
  • 04. Place I Belong
  • 05. Love & Hate
  • 06. One More Night
  • 07. I'll Never Love
  • 08. Rule The World
  • 09. Father's Child
  • 10. The Final Frame
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    Cold Little Heart, Love & Hate
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