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James Johnston / Steve Gullick - We Travel Time
Chronique Album
Date de sortie : 26.02.2021
Label : God Unknown Records
4
Rédigé par Lena Inti, le 23 février 2021
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Prenez d'abord James Johnston. Peintre. Chanteur, organiste et guitariste des mémorables Gallon Drunk. Ajoutez-y un grand nom de la photographie dans le monde musical, Steve Gullick, ayant côtoyé de nombreux musiciens renommés tout au long de sa carrière. Son univers est fait de contrastes, d'ombres et de silhouettes qui nous font voyager dans des atmosphères souvent minimalistes et pleines de contrastes. Ses séances photo avec des groupes et musiciens influents des années 90 l'ont poussé à former dans les années 2000 un groupe de rock (Tenebrous Liar). Les deux ensemble, vous obtenez un duo sobrement intitulé « James Johnston / Steve Gullick », qui a discrètement concocté un voyage sombre et sublime, quasi spirituel.

La pochette représente le tablier de peintre de James Johnston, en partie couvert de traces de peintures, photographié par Steve Gullick dans l'atelier. Nous sommes sur cet album bien loin du swamp rock caractérisant le son de Gallon Drunk ou encore du garage sombre de Tenebrous Liar. Il s'agit ici de tout l'inverse, ou presque.
Lorsque le disque commence, avec First Light, nous nous asseyons au bord de la plage. Nous fermons les yeux et écoutons le bruit des vagues. Respirons à pleins poumons l'air de la mer. Écoutons les cris stridents des mouettes qui nous survolent. Puis le violon s'y mêle, bientôt rejoint par un piano délicat. C'est extrêmement apaisant. La structure du titre suivant, Blue Rider, beaucoup plus mélancolique, rappelle certains morceaux de Max Richter, avec des notes répétitives et puissantes de plusieurs instruments qui s'entrelacent progressivement – ici le violon, la guitare, puis les harmonies vocales, simples mais touchantes. Malgré l'impression de voyage dans un film dramatique, l'environnement n'est jamais très loin et l'on peut entendre ici des sirènes de voitures qui semblent lointaines. Nous sommes sur un fil entre le rêve et la réalité.

Sur Seven Seas, chanson sur l'amour et la rage, nous nous délectons des harmonies entre les deux artistes, où l'on croirait entendre un dialogue entre la mer et eux. Poised To Fall est un autre petit bijou de l'album, qui se démarque légèrement de par l'utilisation du banjo, ajoutant du relief au morceau, et soulignant la délicatesse du violon de James Johnston. Steve Gullick s'est contenté d'ajouter des bruits de guitare ambiant en arrière-plan afin de ne pas surcharger la composition et conserver un aspect minimaliste, tel que c'est le cas tout au long de l'album.


Le titre central, Stormy Sea, est le premier single tiré de l'album. Le piano y est entêtant, presque menaçant, imitant le danger d'une mer très agitée. Les voix des musiciens s'entremêlant en léger décalage, tels des échos, évoquent des chants de marins. Les accords de guitare, rapides et tremblants, font penser à la pluie se mêlant aux embruns au milieu d'une mer déchaînée. On regrette seulement que ce sublime titre ne dure pas plus longtemps. Sur Big Star Falls, nous retrouvons une ambiance quasi instrumentale qui semble provenir de la bande originale d'un film, comme les deux musiciens ont pu l'exprimer eux-mêmes récemment. L'atmosphère y est mystérieuse, assez inquiétante, et accentuée par des harmonies fantomatiques.
Tout au long de l'album, nous sentons beaucoup de respect mutuel entre les deux musiciens. Les accords de piano de Steve Gullick sont souvent très simples, éthérés, parfois légèrement dissonants. Le violon joué par James Johnston reste minimaliste. Les deux musiciens prennent le temps et se laissent de l'espace. Sur Idiot Moon, on croirait entendre un dialogue presque chuchoté, murmuré. Sur We Sail, à nouveau, les accords de violon et de piano se tournent autour. Ce dernier semble battre une mesure qui fait penser à un bateau qui tangue au gré des vagues du large. Les harmonies vocales ajoutent de la légèreté au tout. We Travel Time, titre éponyme le plus long de l'album, s'étire sur sept minutes s'achevant dans une averse, et clôt l'album tout en douceur.

Cette collaboration est donc une réussite et fait naître un album sublime. Le fait d'enregistrer des idées séparément et de se les envoyer ont permis aux deux artistes de se laisser du temps et de l'espace, au contraire d'un enregistrement en studio, qui peut mettre une certaine pression. La force de ce disque cinématographique réside donc dans le dépouillement et le minimalisme.
tracklisting
    01. First Light
  • 02. Blue Rider
  • 03. Seven Seas
  • 04. Poised To Fail
  • 05. When I’m Down
  • 06. Stormy Sea
  • 07. Big Star Falls
  • 08. John
  • 09. Idiot Moon
  • 10. Swing Me
  • 11. We Sail
  • 12. We Travel Time
titres conseillés
    First Light - Poised To Fall - We Travel Time
notes des lecteurs