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The Crookes
Patterns

Paris, Flèche d'Or - 2 mai 2014

Live-report par Xavier Turlot

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Vendredi dernier à la Flèche d'Or se produisaient The Crookes, à l'occasion de la sortie de leur troisième album intitulé Soapbox. Ce premier concert continental de la tournée du groupe de Sheffield était l'occasion de retrouver le quatuor décidément très productif emmené par le charismatique chanteur George Waite.

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La soirée s'ouvre avec un groupe belge venu de Gand, Amatorski, venu défendre l'album From Clay To Figures. Le trio fait dans la pop ultra minimaliste, légèrement teintée d'électronique. La chanteuse installée derrière un clavier sur le côté de la scène possède une voix douce et moelleuse, qu'elle pose sur des instrumentations très dosées. Le batteur jongle entre pads et caisse claire pour livrer un rythme assez syncopé et déconstruit, avec un jeu très retiré ; le troisième musicien alterne quant à lui entre guitare, basse et clavier au gré des compositions lentes et soyeuses. Leur musique très intimiste et poétique est définitivement de qualité, mais le dépouillement associé au faible niveau sonore n'aide pas trop à faire décoller la prestation. Déjà qu'il fait encore jour... Toujours est-il qu'ils donnent fermement envie d'écouter attentivement leurs deux albums.

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C'est ensuite au tour de Patterns, groupe de pop de Manchester ayant sorti son premier album en en janvier dernier, intitulé Walking Lines, de faire son entrée. Dès le premier morceau, le chanteur pose une voix faible et fausse sur un amas de clichés musicaux : une batterie sans idées entre math-rock mal joué et dance-punk rose bonbon, une basse invisible et une nappe de guitare pseudo-shoegaze noyée de réverbérations. Quand au chanteur, il prend la peine entre deux envolées vocales médiocres de balancer quelques accords sur son ampli mal réglé. Les compositions insipides s'enchaînent, la foule clairsemée discute devant les quatre anglais qui se déhanchent sans naturel avec un ridicule rare, incapables de susciter un semblant d'intérêt. On se croirait à la finale d'un bal de lycée ; Patterns n'est tout simplement pas un groupe correct.

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Une vingtaine de minutes suffisent pour oublier cet incident et accueillir la tête d'affiche. Les quatre membres de The Crookes déboulent intégralement vêtus de noir et avec grande classe, attaquant instantanément leur set avec un single de leur album fraîchement arrivé : Don't Put Your Faith In Me. Un chanteur avec du charisme, en voila un : George Waite monopolise immédiatement toute l'attention avec son style très particulier. Vivant sa musique avec une tension palpable, il ne peut tenir en place plus de deux secondes et ne cesse de faire des va-et-vient sur scène. L'anglais fait de gigantesques hochements de tête à chaque fois qu'il sollicite un peu plus sa voix, ce qui parfois entraîne sa bouche tellement loin du microphone que l'on peut perdre quelques mots en route. Ses lignes de basse sont exécutées avec une précision exemplaire, entourées par deux guitaristes qui se partagent rythmiques et lignes mélodiques avec un grain très british.

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Avec leur pop anglaise par excellence, les Crookes ne débordent pourtant jamais du côté du garage, restant dans leurs terres très léchées et très propres, avec des compositions carrées aux mélodies soigneusement travaillées. Quelques succès des précédents albums, puis vient la sublime Howl tirée de Soapbox, une chanson fragile à la beauté époustouflante dont l'équilibre entre la ligne de guitare entêtante et la voix de Waite qui la rejoint au détour d'un refrain est bluffant. Un très grand morceau.
Les chansons, toutes assez courtes, s'enchaînent très rapidement. Les Anglais prennent grand plaisir à se produire sur scène, et cela se ressent dans l'exécution des titres qui vont toujours droit au but. Ce subtil mélange de pop et de rock est toujours d'actualité sur le nouvel album, la recette n'a pas changé d'un iota, la preuve sur Before The Night Falls et la très « smithienne » Echolalia.
Les Crookes restent l'un des groupes les plus classiques actuellement en tournée, fans de cette esthétique ultra britannique qui paraît hors d'atteinte du temps. American Girls ne manque pas de se faire particulièrement remarquer par le public, grâce à son refrain difficile à louper et sa touche très estivale.

Un autre très grand moment du concert se produit quand George Waite se retrouve tout seul sur scène, équipé d'une Telecaster au son métallique, et explique à l'audience que « La France a tellement donné à l'Angleterre, c'est maintenant à notre tour d'en donner un peu, je vais vous jouer une chanson de Sheffield ». L'interprétation de la poignante The I Love You Bridge jette un voile de silence religieux sur la Flèche d'Or, suspend le temps et permet d'admirer le talent d'écriture du leader à son apogée. Il n'y a plus qu'à la géniale Backstreet Lovers de leur tout premier EP et au tube majestueux Afterglow de fermer la marche pour parvenir au concert parfait.

Évidemment, le public conquis réclame un rappel. Le groupe revient, saute au beau milieu du public et interprète The Cooler Thing avec pour seule aide une guitare acoustique et un claquement de doigt, reléguant tous les artifices de la scène aux oubliettes. Que demander de plus ?
setlist
    PATTERNS
    Non disponible

    THE CROOKES
    Don't Put Your Faith In Me
    Chorus Of Fools
    Where Did Our Love Go?
    Yes, Yes, We Are Magicians
    Howl
    Maybe In The Dark
    Before The Night Falls
    American Girls
    Sal Paradise
    Echolalia
    Sofie
    Outsiders
    The I Love You Bridge
    Backstreet Lovers
    Bears Blood
    Afterglow
    The Cooler Thing
photos du concert
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