Interview : The Twilight Sad
Ce soir, The Twilight Sad, jeune formation alliant la furie du post-rock à des compositions pop, sont à Paris pour un concert à la Flèche d'or. Leur album sort en France le jour même et je fais la rencontre de leur bassiste, Craig Ozel, un grand dadais souriant et loquace. Son accent écossais à couper au couteau et son franc parler sont en totale inadéquation avec son physique de gentil barbu à lunettes. Avant de commencer l'interview, on discute musique. Il me parle de The Fall. Longtemps. C'est sa formation préférée à en juger par ses connaissances sur le sujet. On commence à dériver sur David Bowie et là, je sens que je risque de ne jamais m'arrêter. Je le ramène au sujet qui nous intéresse, à savoir son groupe, et c'est avec un vrai enthousiasme (communicatif, de surcroît) qu'il se livre sur sa jeune éxperience de la vie d'artiste musical... Le public français ne vous connais pas encore. Comment appréhendez vous le concert de ce soir ?
Oh, tu sais, on est connus à peu près nulle part (rires). Donc ce soir je pense que ça va être vraiment sympa. On a joué nos plus gros concerts à Glasgow des samedi soir devant deux cent personnes. C'est probablement le public le plus important qu'on ai eu jusqu'à présent. Donc on est toujours très heureux de jouer devant un public nouveau, aussi clairsemé soit-il.Sur le site de votre label, Fat Cat Records, vos premiers concerts sont décrits comme très expérimentaux. Mais aujourd'hui vous venez défendre un album à la structure plus pop. Votre approche du live a-t-elle changée depuis votre passage en studio ?
Un aspect aide l'autre je pense. Et puis ces fameux premiers concerts à Glasgow en fait il n'y en a eu que trois. On a eu la chance d'être signés très vite et de partir aux Etats-Unis dans la foulée. Pour en revenir à ta question, avant on développait nos chansons sur de longues plages assez contemplatives. Maintenant on essaye d'aller droit au but, de jouer des choses plus immédiates. De toute manière quand tu enchaînes six semaines de tournée c'est quelque chose que tu ne peux pas te permettre, expérimenter chaque soir pendant des heures... A nos débuts on organisait tout. Stratégiquement. On pesait chaque décision quand à la direction à donner aux morceaux. Maintenant on se prend moins la tête, c'est trop de fatigue pour un résultat souvent inécoutable.En studio, évidemment on se permet de rajouter des pistes de guitare, on met des effets partout et on expérimente pas mal mais en concert c'est juste nous quatre et le public. On fait parvenir une vision différente de nos morceaux et c'est ce qui fait tout l'intérêt de la scène, je pense.
Et puis il y a aussi une question de budget dans tout ça. On s'en tient à une formation guitare, basse, batterie et chant car si on rajoute des choses on prend plus de risques. C'est cher une tournée loin de chez soi! Si on perd du matériel, si on le casse on qu'on nous le vole il faut le remplacer. Ce qui veut dire qu'on aura moins d'argent pour se loger ou manger ou même payer l'essence!
Grâce à votre label vous avez effectivement eu l'opportunité de jouer aux Etats-Unis alors que votre album n'était même pas encore dans les bacs. Avez vous vécu ça comme un privilège ?
Oui, on n'est pas très connus au Royaume Uni, on est plus un groupe américain pour le moment. C'est effectivement un privilège. Tu sais, il y a un territoire absolument énorme à couvrir en Amérique. C'est très étrange. Si tu conduis vers le sud pendant huit heures en partant de chez nous, à Glasgow, tu te retrouves avec ta voiture dans la mer alors que si tu fais pareil aux Etats Unis il y a de fortes chances pour que tu sois toujours dans la même ville! (rires) C'est donc finalement assez frustrant. Tu ne peut te fixer à rien, tu manques de repères. On restait assis dans notre van pendant des jours, roulant de nulle part à n'importe où. C'est très... très étrange. C'est tout le temps comme ça là bas : les groupes vont en cercle tout autour du pays et jouent et rejouent sans arrêt dans l'espoir d'avoir enfin un article dans un journal musical.Justement, beaucoup de groupes composent sur la route. N'est ce pas une atmosphère propice à l'écriture de nouveaux morceaux ?
Ecrire sur la route peut être une bonne idée car ça t'empêche de d'ennuyer et le voyage peut t'apporter pas mal d'idées mais une fois de retour au studio tu te dis : Mais c'est de la merde cette chanson! (rire). On abandonne souvent le idées qu'on a eues sur la route. Au mieux on se dit « Tiens c'était pas mal ça mais ça serait mieux si on le faisait comme ça ». Et fait les idées sur la route sont souvent incomplètes. Et puis les albums écrits entièrement sur la route je n'y crois pas trop. Regarde REM, leur album Adventures In Hi-Fi a été entièrement écrit sur la route et on ne peut vraiment pas dire que ce soit leur meilleur disque. Ce n'est pas le pire mais tu as l'impression que les idées ne sont que survolées et que rien n'a été creusé réellement. Je crois qu'un album écrit sur la route vieillit plus vite car il est fait d'idées spontanées mais périssables.Vous avez longtemps travaillé seuls vos compositions mais pour l'album vous avez sollicité le producteur Peter Katis qui a travaillé avec des groupes comme Mercury Rev ou Interpol. Comment l'avez vous rencontré et comment s'est passée votre collaboration ?
En fait c'est un ami du boss de notre label, Adam Pierce. Ils ont formé un groupe dans les années 80, les Philistins Junior. C'était du hardcore 80's mec, j'te raconte pas! Ca nous a permis d'obtenir un super prix d'ami pour la production (rires). En gros Adam est venu nous voir et nous dit « Bon, Pete Katis est enthousiaste à l'idée de produire votre album ». Alors nous on s'est dit « Ok, te toute façon Phil Spector est en prison, Rick Rubin a perdu l'oreillen alors Pete Katis va devoir s'y coller. Ok on fait avec ! » (rires). L'enregistrement c'était le bonheur. Il habite dans une espèce de manoir gigantesque dans lequel sont entreposés des instruments d'une valeur que j'ai même du mal à m'imaginer. Je n'avais jamais vu autant de materliel High Tech d'un seul coup. Son studio était rempli de tables de mixage de dix mètres de long, des écrans plasma géants, des centaines de speakers et surtout des canapés en cuir et des chambres grand luxe pour se reposer quand ça devenait trop dur d'être des artistes (rires).Sérieusement Pete Katis est un mec génial. On pouvait passer du temps avec lui à enregistrer un morceau puis il nous disait : « allez dans la salle d'arcade vous changer les idées pendant que je mixe le morceau » et ensuite on ne le voyait plus pendant deux heures et il revenait avec notre chanson et c'est comme si on l'entendait pour la première fois ! C'était une sacrée expérience.

