logo SOV

Fujiya & Miyagi

Lightbulbs

Fujiya & Miyagi - Lightbulbs
Chronique Album
Date de sortie : 01.09.2008
Label : Full Time Hobby/PIAS France
45
Rédigé par Chloé Thomas, le 19 septembre 2008
Bookmark and Share
Après deux albums déjà cultes parmi un petit cercle de connaisseurs, le troisième opus de Fujiya & Miyagi devrait être celui de la consécration. Sans avoir l'air d'y toucher, Lightbulbs contient des propositions rares qui poussent la pop moderne dans des directions neuves.

Originairement formé de David Best et de Steve Lewis comme un duo techno, le groupe de Brighton avec son nom japonais et ses airs de Krautrock construit des chansons simples et feutrées, très électro d'une certaine façon mais sur lesquelles le murmure de David Best et ses jeux sur les mots, les sons, se place comme en porte-à-faux avec l'habituelle pauvreté lyrique de ce style de musique. Est-il encore possible d'être un songwriter à l'époque des boîtes à rythme? Oui, sans hésitation. Mais la fonction de songwriter se transforme pour évoluer vers une poétique de la répétition qui colle à l'esprit post-moderne de cette musique électrique.

Les textes se concentrent sur des scènes miniatures de la vie quotidiennes, jolies et mélancoliques mais aussi extrêment cruelles, comme s'il s'agissait de mettre les humains en cage pour mieux les observer se débattre. Le malaise qui en découle est appuyé par les ambiances sonores parfois inquiétantes (dans leur répétition même) qui sous-tendent des histoires apparemment anodines. Les mots compliqués, pickpocket, encyclopedia ou knickerbocker deviennent des motifs rythmiques au même titre que les mélodies au synthé ou les beats obstinés.

Malaise il y a, donc, et tant mieux: la musique trop confortable est rarement intéressante. Mais l'album contient aussi une légèreté étonnante, qui tient à la douceur toujours maintenue des lignes sonores (et de leur volume) et à l'humour très anglais qui baigne l'ensemble, avec un sens de l'auto-dérision bienvenu.

Uh, fondé sur un simple mot équivoque et en même temps uniformément méprisant, est un exemple de ces pistes amères et pourtant dansantes que savent produire Fujiya & Miyagi. Il ne s'agit pas ici de se complaire dans la simple répétition ad nauseam d'un phonème, mais de construire autour de lui et à partir de lui un ensemble narratif et musical cohérent – comme une prison qui se tisse peu à peu et force à revenir toujours à tout le dégoût contenu dans ce "uh".

Les "r" roulés sur Rook to Queen's Pawn Six
Minimalisme qui laisse cependant de larges larges de créativité: la simplicité est sans aucun doute la meilleure arme du groupe. Pussyfooting par exemple parvient à broder un désespoir pathétique autour d'une histoire banale, jouant sur l'ambiguité d'un terme (marcher à pas de loup avec toi; mais aussi tergiverser sans vouloir se mouiller, avec toi) et sur le bizarre d'un son.

En apparence, cet album est tout ce qu'il y a de plus normal, il ne veut surtout pas faire de vagues et reste d'une extrême discrétion. Par là même, il est l'un des objets les plus heureusement gênants qu'il nous ait été donné d'entendre ces derniers mois.
tracklisting
    01. Knickerbocker Glory
  • 02. Uh
  • 03. Pickpocket
  • 04. Goosebumps
  • 05. Rook To Queen's Pawn Six
  • 06. Sore Thumb
  • 07. Dishwasher
  • 08. Pterodactyls
  • 09. Pussyfooting
  • 10. Light Bulbs
  • 11. Hundreds And Thousands
titres conseillés
    Uh, Pussyfooting, Pickpocket, Pterodactyls
notes des lecteurs
Du même artiste